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« Europunk » à la Cité de la Musique : le punk vit-il encore ?

Magali Lesauvage 11 octobre 2013

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Le Metropolitan Museum de New York organisait au printemps dernier une exposition de mode, Punk: Chaos to Couture. Cet automne c’est la Cité de la Musique, à Paris, qui célèbre le mouvement « no future » dans l’expo Europunk. Son entrée au musée signifie-t-elle que décidément, « punk is dead? ». Réponse avec David Sanson, auteur, musicien et commissaire associé de l’exposition.

Jamie Reid, affiche Sex Pistols, God Save the Queen, 1977 © Sex Pistols Residuals.

[exponaute] L’exposition Europunk a précédemment été montrée dans trois centres d’art – Villa Médicis à Rome, MAMCO à Genève et BPS22 à Charleroi. Est-ce une expo sur l’art ou sur la musique punk ?

[David Sanson] Europunk est à l’origine une exposition sur les arts visuels, mais pour la Cité de la Musique nous avons étoffé la partie musicale et donné plus d’éléments de contextualisation, notamment sous la forme d’une grande timeline des années 1970, où sont listés les événements politiques et musicaux, avec des images et des vidéos d’archives. La photo est là essentiellement à titre documentaire, pas comme médium artistique. Sur le parcours de l’exposition, nous présentons aussi des entretiens vidéo avec certains protagonistes du mouvement, des clips, des films (dont Punk in London, réalisé par Wolfgang Büld en 1977) et des juke-boxes permettent d’écouter la musique au casque. Une première section est consacrée aux Sex Pistols, car c’est LE groupe emblématique, une seconde au collectif d’artistes Bazooka, puis on décline des thématiques : « What The Fuck », sur l’aspect régressif et transgressif du punk, « Anarchy » aborde la question politique, puis le « Do It Yourself », et « New Wave », sur la fin du mouvement, avec Joy Division.

Pourquoi « Euro »-punk ?

L’exposition se focalise sur le punk européen, et ne concerne pas du tout le punk américain. Au risque de froisser certains puristes, pour lesquels le punk est né aux Etats-Unis. Nous avons fait ce choix car la distinction entre low art et high art nous semble moins claire dans le cas des artistes américains : par exemple Patti Smith est dans une démarche artistique, tandis que les punks européens ne se posent pas la question de savoir si ce qu’ils font est de l’art ou pas (sauf rare cas de Bazooka). C’est ce qui les distingue de mouvements comme Dada ou Fluxus, dont on a pu les rapprocher : ceux-là rejetaient l’art, mais se situaient quand même dans cette sphère. Par ailleurs, on a choisi de se concentrer sur la période 1976-1980, même si dans certain pays comme la France le punk a connu un second souffle après 1980. Mais en termes visuels, tout s’est posé dans ces années-là.

Loulou Picasso, La crème de Skydog, 1977, collection Kiki Picasso.

Vous dites que les punks rejetaient l’art, pourtant l’exposition porte comme sous-titre « une révolution artistique en Europe » : en quoi consiste cette révolution ?

Le punk n’est pas à un paradoxe près. Ses slogans sont « No Future » et « Do It Yourself » (DIY) : il n’y a pas de futur, mais c’est à chacun de l’inventer. Le punk est la dernière contre-culture à avoir vraiment bouleversé les choses. En termes visuels, c’est évident, comme on le voit dans l’exposition : ce qui a été inventé à cette époque là imprègne encore l’art, le cinéma, le mode, le graphisme, etc.

Comment présenter dans un musée un mouvement par essence éphémère et anti-système, créatif mais anarchiste et prônant la destruction ?

La question se pose en effet – et c’est la même chose avec Dada : est-ce que le punk résiste à la muséification ? L’idée n’est pas de faire une expo sur la musique punk, mais d’en présenter la production visuelle. C’est pourquoi certains groupes importants sont sous-représentés, parce que visuellement rien d’intéressant n’a été créé autour d’eux. Et puis, la musique punk en elle-même, à mon avis, n’est pas passionnante. Comme le dit la Berlinoise Gudrun Gut, interviewée dans l’expo, c’est du rock des années 1950, joué plus vite (musicalement, post-punk et new wave me parlent beaucoup plus). Mais ce qu’il faut montrer, ce sont les brèches que le punk a produit, les changements structurels engendrés, à une époque où le rock commençait à se pétrifier dans quelque chose de plus en plus spectaculaire. À commencer par le DIY : jouer d’un instrument sans avoir appris, publier un fanzine sans savoir écrire ni dessiner, créer un label pour ses amis, etc.

Bazooka Productions, Olivia Clavel, Libération, 1977.

Cela veut dire qu’on évacue la question esthétique, et la validation par le milieu de l’art ou de la musique.

Les punks ne se posent pas du tout cette question. Pour Bazooka, l’art ne se produit pas dans les musées et la galeries, mais dans des interstices, dans la rue, dans un journal, avec une photocopieuse, etc. Ils ont un côté provoc’, presque potache : même s’ils viennent d’écoles d’art, ils s’inspirent au moins autant de Crumb et de la BD.

Visuellement, c’est quoi l’art punk ?

C’est très difficile à définir, car il n’y a pas vraiment de ligne esthétique. Ça se situe plus dans la démarche artisanale, comme les lettrages à la manière des papiers découpés ou des demandes de rançon de Jamie Reid pour les Sex Pistols, ou les fanzines tapés à la machine ou écrits à la main, puis photocopiés. C’est un foutoir formel et conceptuel, un chaos de symboles antagonistes (le portrait de Karl Marx qui jouxte une croix gammée…), provocateurs, très trash et sexuels, comme par exemple les dessins pornos de Bazooka, à l’époque publiés par Libération, ce qui semble impensable aujourd’hui ! C’est une sorte de joyeux bordel où tout est mis au même niveau, les symboles politiques comme ceux évoquant le terrorisme, alors très présent, avec les Clash qui portent une chemise avec le logo des Brigades Rouges. Avec la new wave, l’esthétique change : on revient à un  graphisme plus géométrique, à des formes plus dépouillées, qui se réfèrent clairement à des mouvements esthétiques comme le constructivisme ou le Bauhaus. Au cinéma, il y a par exemple Eraserhead de David Lynch, qui sort en 1977, année de naissance du punk : réalisé avec peu de moyens et dans une esthétique très dark.

Vous organisez le 26 octobre une table-ronde : « Le punk, contre-culture ou sous-culture ? ». À votre avis ?

Eric de Chassey, commissaire principal de l’exposition, fait une distinction très juste : pour lui, « la contre-culture, c’est vouloir tout changer ; la sous-culture demeure dans une niche ». Le punk se situe donc plutôt dans la première catégorie : même si c’est à son corps défendant, il veut changer le monde. C’est aussi ce qu’examine l’un des intervenants, Christophe Bourseiller, dans son livre Génération Chaos, notamment les paradoxes du punk, à la fois révolutionnaire et réactionnaire. Le monde est affreux, mais chacun peut essayer de la changer : on danse sur un volcan.

Malcolm Garrett & Linder, Buzzcocks, Orgasm Addict, 1977.

Le catalogue de l’exposition est dédié à la mémoire de Daniel Darc, disparu cette année : était-il un représentant du punk « à la française » ?

Plutôt qu’un représentant, j’irais jusqu’à dire une « incarnation ». Daniel Darc et son groupe Taxi Girl ont plus été influencés par le proto-punk new-yorkais (les Stooges, Suicide), mais dans son mode de vie, son nihilisme désespéré, il était clairement emblématique du mouvement, et beaucoup plus sincère que certains rentiers du punk qui errent encore aujourd’hui.

On assiste à un grand revival du punk et des années 1970-1980. Que reste-t-il de cette esthétique aujourd’hui ?

On n’examine pas du tout dans l’exposition la postérité du punk, mais les affiches de concerts, flyers, pochettes de disques et vêtements présentés parlent d’eux-mêmes : les bases esthétiques posées par le punk ont irrigué tous les champs de la création. Il faut se méfier des revivals, du côté cool des panoplies punk arborées par certains, mais qui ne veulent pas dire grand chose. On a fait des analogies entre le rap, puis l’électro, et le mouvement punk, ce qui est assez juste : dans les années 1980-1990, il y avait encore cette effervescence, cet aspect hors-système. Mais l’idée n’est pas d’ériger le punk en modèle, car il est lié à un contexte social, politique et économique particulier : on était alors dans un monde extrêmement violent, avec trois dictatures en Europe, un terrorisme visible quotidiennement, la guerre froide, les deux chocs pétroliers de 1973, la montée de l’extrême-droite… Et la diffusion de l’information ne se faisait pas du tout de la même manière ni au même rythme qu’aujourd’hui. Mais à l’époque d’Internet, c’est intéressant de mettre le punk en parallèle avec le mouvement des hackers, des pratiques de creatives commons, avec la question du DIY, alors que les moyens de production n’ont jamais été aussi accessibles, que tout le monde fait de l’art sans le dire, poste des photos sur Instagram, enregistre des bouts de musique avec ses potes, etc. On est aujourd’hui beaucoup plus dans la production que dans la consommation d’images et de sons. Beaucoup de groupes n’existeraient pas aujourd’hui sans le punk, qui est apparu à une époque où pour jouer dans un groupe de rock il fallait maîtriser parfaitement l’instrument et faire des solos de guitare interminables. Tout le monde produit, tout le monde est un peu artiste aujourd’hui, c’est assez vertigineux. Est-ce la fin, comme certains le disent, des artistes « professionnels » ? Les réseaux de diffusion de l’art sont-ils encore pertinents ? Montrer le punk est aussi l’occasion de réfléchir à ces questions actuelles.

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

EUROPUNK...

15/10/2013 > 19/01/2014

Philharmonie - Cité de la Musique / Musée de la musique

PARIS

Né sur les cendres froides de Mai 68, dans un contexte de crise économique et de faillite des idéologies, et dans un monde en proie à un...

Exposition terminée
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