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À la Renaissance, les artistes rêvaient aussi

Magali Lesauvage 8 octobre 2013

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Pour changer un peu des monographies blockbuster, le musée du Luxembourg propose une exposition « anglée » sur le thème du rêve dans l’art de la Renaissance, par essence évanescent. Malgré cela, La Renaissance et le Rêve réussit, dans un parcours très resserré, à produire une démonstration convaincante. Visite.

Pâris Bordone, Vénus endormie et Cupidon, Venise, collection G. Franchetti à la Cà d’Oro © 2013, Cameraphoto/Scala, Florence – courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali.

Courte (78 œuvres, dont environ un tiers sur papier), l’exposition laisse place à la rêverie, ménage des interstices où s’infiltre le sens. Placée sous le signe de la psychanalyse (voir les événements organisés autour : une table-ronde sur « Les œuvres d’art à l’épreuve de la psychanalyse », une conférence sur « la neurobiologie du rêve »), c’est aussi une exposition d’historiens de l’art. Aux commandes : Alessandro Cecchi, du Palais Pitti de Florence, Yves Hersant, professeur à l’École des Hautes Études en Sciences sociales, et Chiara Rabbi-Bernard, historienne de l’art. Aussi s’éloigne-t-on ici de la vision muséale et de l’obsession pour le pedigree de l’objet, pour une approche plus large du thème du rêve dans l’art, de type sciences humaines.

Sérieux mais enlevé, le propos de l’exposition n’est pas d’une originalité folle. Le thème du rêve, dont l’art est en quelque sorte une forme avenue dans le réel, traverse toutes les époques : l’antique, et sa manifestation dans de nombreux mythes gréco-romains, le Moyen Âge, parcouru de songes bibliques, le romantisme et les visions de Goya ou Friedrich, puis le symbolisme et le surréalisme qui instaurent l’empire du rêve.

Or, comme le rappellent les commissaires de l’exposition dans l’entame, la Renaissance est elle-même un « rêve de vie nouvelle », un âge où le cerveau des hommes est peuplé d’utopies et d’uchronies. C’est aussi une époque où l’ésotérisme et les pratiques divinatoires fascinent, et où l’on imagine que les songes permettent d’entrer en contact avec les puissances de l’au-delà. La Renaissance, que l’on veut souvent opposer au Moyen Âge considéré comme un âge sombre, ne sort pas vraiment des limbes de l’irrationnel : les XVe et XVIe siècles ne sont pas des siècles cartésiens, mais plutôt rationalisent l’irrationnel, agrégeant les croyances et les mythes autour d’un christianisme qui ne s’est jamais éteint. C’est le règne des allégories, des mythes métaphoriques, de l’érotisme latent à prétexte édificateur.

École de Hieronymus Bosch, La Vision de Tondal, 1520-1530, Madrid, Fundación Lázaro Galdiano.

L’artiste, alors, aurait pour mission celle de « passeur de songes ». La représentation du rêve est un véritable défi. Soit que le peintre délivre ses propres révélations : c’est Bosch et ses cruelles visions dont plusieurs, rarement montrées en France, sont offertes au regard, ou Grünewald (malheureusement absent de l’exposition). Soit qu’il tente de donner, au réveil, une image de son rêve : c’est la fameuse aquarelle de déluge de Dürer (évoquée par une reproduction), et la lettre qui l’accompagne. Se pose la question : que reste-t-il du rêve, nécessairement transformé par sa verbalisation, sa rationalisation même, dans la représentation que l’on en donne ? Dürer représente une tempête terrible et se soumet à la supériorité divine : « Dieu tourne pour le mieux toute chose », conclut-il. Aux artistes de la Renaissance se pose en effet la question du tabou de la représentation : selon le théoricien Alberti, le peintre doit « s’appliquer à représenter les choses vues », c’est-à-dire la Nature, celle que Dieu a créée. Montrer ce qui est « hors nature », ainsi les visions infernales de Bosch, relève de l’hérésie.

Pour l’aider dans sa tâche, l’artiste fait généralement appel à un intercesseur. Cela peut être une personnification (c’est la Nuit, notamment, dont Michel-Ange fixe l’image), la dormeuse ou le dormeur (saint Hélène, Vénus), ou le médiateur, comme dans l’extraordinaire Rêve de Philippe II du Greco, toile d’extase et d’horreur, pour la première fois montrée en France. Parfois sont juxtaposés le rêve et le rêveur (comme dans le songe de Jacob, la Tentation de saint Antoine, la Vision de saint Augustin, celle de sainte Hélène, etc.). Ce qui est montré est l’apparition et non l’apparence, la juxtaposition et la transition d’un monde réel à un monde imaginé réclamant toute la richesse d’invention du peintre.

D’un bout à l’autre de l’exposition est présente l’idée de transgression – nombreux sont d’ailleurs les personnages abusés dans leur sommeil, comme Endymion recevant le baiser de Diane, ici par Garofalo, ou la jeune fille dormant, noyée par l’Amour sous une pluie de pétales, par Lotto. La représentation du rêve, siège de l’indicible, est alors pour l’artiste la voie vers la liberté.

LA RENAISSANCE ET LE RÊVE

07/10/2013 > 26/01/2014

Musée du Luxembourg

PARIS

Issue elle-même d’un rêve de vie nouvelle, la Renaissance a conféré aux songes, à leur interprétation, à leur représentation, une...

Exposition terminée
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