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La photo primale de Mark Cohen au BAL

Stéphanie Broisat 1 octobre 2013

Jusqu’au 8 décembre, le BAL présente la première exposition majeure en Europe de Mark Cohen, intitulée Dark Knees, dans laquelle le photographe américain prend comme modèle sa ville natale, Wilkes-Barre en Pennsylvanie. Retour sur la pratique d'un nomade de l’image, qui tend à donner une définition peu conventionnelle de la pratique de la photographie.

Mark Cohen, Girl holding blackberries, 2008. Courtesy Rosegallery.

Alors que les années 1970 signent l’avènement d’un nouveau genre photographique, appelé la « Street photography », Mark Cohen marque de son empreinte des clichés singuliers, où l’instinctif prime sur le cérébral. Des fragments de gestes, de corps ou de postures immortalisées dans la violence du moment. Ses sujets ? Des figures anonymes, rencontrées au gré du hasard. Arpentant inlassablement pendant près de quarante ans les ruelles de la ville qui l'a vu naître et grandir l’objectif à bout de bras, Mark Cohen saisit l’essence d’un lieu qui sera tout au long de sa carrière le principal décor de ses photographies.

Une fascination qu’il peine encore à expliquer, tant elle lui parait curieuse, même après toutes ces années d’exercices : « J’aurais adoré être comme Dorothea Lange, en prise directe avec des questions sociales, confie-t-il. Mais en restant coincé à Wilkes-Barre, je suis devenu un surréaliste. Par la force des choses. Je déambulais encore et encore dans les mêmes rues alors je me suis mis à prendre en photo la chaussure d’un type. Je ne sais pas exactement ce que je faisais. Je me laissais simplement happer par ce qui était là, devant mes yeux ».

Arrêt sur image

Ses images révèlent des moments épars du réel, réduits à de simples détails qui l’interpellent. Un t-shirt déchiré, un bout de sandwich sur le trottoir, une main tenant une cigarette. Un langage à la fois poétique et déréglé d’un monde qui repose autant sur l’appréhension que sur l’agressivité. Mark Cohen joue avec l’autre, s’approche, toujours plus près. Les barrières tombent tandis qu’il réduit à néant cet espace privé, source d’anxiété et d’inconfort, mais pièces maitresses de la qualité brute de son travail. Cela explique sans aucun doute des photographies rarement figées ou immobiles mais plutôt sans cesse en mouvement, comme l’arrêt sur image d’un film qui peut redémarrer à tout moment.

D’une certaine manière, Mark Cohen n’est pas un photographe, mais le réalisateur d’un monde réel qu’il transcende. Il nous montre à voir ce qui nous échappe, ne nous laissant aucun répit, aucune certitude sur ce que nous observons. Répétitif jusqu’à l’obsession, il tourne dans sa ville à la recherche de choses qu’il ignore et qui lui sont pourtant vitales. Pourquoi la photographie ? Pourquoi ces gens ? Pourquoi cette intrusion permanente ?

Mark Cohen, Bubblegum, Wilkes-Barre, 1975.

Comme dans la tradition de ces photographes-flâneurs que furent Walker Evans ou encore Robert Frank, la galerie de portraits de Mark Cohen est peuplée de personnages saisis dans la rue en train de jouer, marcher, trainer. Des gens pauvres, issus de la classe ouvrière, ayant souffert, en ce qui les concerne, de la chute de Wilkes-Barre, ancienne ville minière. Pourtant, les considérations sociales ou bien même la théâtralité de ses sujets ne l’intéresse pas. Ce qui le guide est beaucoup plus primal, beaucoup plus viscéral. Face à Mark Cohen, nous assistons à une autre manière de faire de la photographie. Une pratique moins pensée, moins calculée. L’instant piégé n’a à ses yeux pas de signification. Il n’est qu’un moment qu’il relâche aussitôt pour mieux l’oublier par la suite. Une démarche qui se ressent tout particulièrement dans ses photographies, qui, pour une grande majorité, n’ont jamais été développées, restant au fond d’un carton. De ces clichés, il n’en verra jamais la couleur, n’ayant pas été sélectionnés lors du simple déroulement de ses négatifs. Quant au cadrage, il n’en a que faire. Car jusqu’au bout, l’intuition est reine.

MARK COHEN

27/09/2013 > 08/12/2013

Le BAL

PARIS

LE BAL PRÉSENTE CET AUTOMNE LA PREMIÈRE EXPOSITION MAJEURE EN EUROPE DU PHOTOGRAPHE AMÉRICAIN MARK COHEN.
Mark Cohen est né en 1...

exposition terminée
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