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Vallotton : « Le public est prêt »

Magali Lesauvage 27 septembre 2013

L’exposition Félix Vallotton, le feu sous la glace au Grand Palais est très attendue par le public parisien. Pourquoi un tel plébiscite, alors que l’artiste semblait relativement mal connu du grand public ? Explications avec trois des commissaires de l’exposition, quelques jours avant l’inauguration.

Félix Vallotton, La Chambre rouge, 1898, Lausanne, musée cantonal des Beaux-Arts © J.-C. Ducret.

« Aujourd’hui, le public est prêt », affirme sans détour Katia Poletti, conservatrice à la Fondation Vallotton de Lausanne, « alors que l’exposition du Petit Palais en 1979 a été un bide : les sujets étaient trop choquants pour l’époque. Félix Vallotton est relativement ignoré en France, mais il est très célèbre en Suisse, où ses œuvres ont été achetées de son vivant, et où il a eu droit à une rétrospective dès 1909, à Zurich. D’ailleurs la moitié des prêts pour cette exposition proviennent de Suisse, et sont en grande partie privés ». Rencontrées en plein accrochage au Grand Palais, les trois commissaires Isabelle Cahn, conservatrice au musée d’Orsay, Marina Ducrey et Katia Poletti, de la Fondation Vallotton (auxquelles manque le directeur du musée d’Orsay, Guy Cogeval, pour recomposer le quatuor orchestrant cette exposition), sont passionnées par leur sujet.

Comment aborder l’œuvre d’un artiste, mort en 1925 à l’âge de soixante ans, dont la carrière dura à peine quarante ans ? « Nous n’avons pas voulu faire une démonstration chronologique, mais avons préféré l’analyse stylistique, en dégageant de grands thèmes comme la ligne, ou l’espace », explique Isabelle Cahn. « Vallotton a fait preuve dans son œuvre d’une grande homogénéité tout au long de sa vie, tout en montrant sa capacité à s’adapter, à évoluer », poursuit-elle.

Félix Vallotton, Verdun, 1917, Paris, musée de l’Armée © Dist. Rmn-Grand Palais/Pascal Segrette.

Définir le style Vallotton est donc chose relativement aisée : « Le graphisme reste toujours là, la peinture est lisse, structurée, la couleur vient en remplissage. Il est obsédé par le corps féminin et la courbe (ce dont témoigne le célèbre Bain au soir d’été de 1893, prêt exceptionnel du Kunsthaus de Zürich), mais n’hésite pas à passer à la ligne droite quand il s’agit, par exemple, de représenter la guerre. Il travaille les matières comme un peintre classique, mais sa manière d’explorer l’espace mental est d’une grande modernité », précise Isabelle Cahn. Une analyse de l’œuvre à laquelle répond la scénographie du Grand Palais (par Sylvain Roca et Nicolas Groult) : « Les cimaises obliques créent une distorsion qui répond au sentiment de malaise que l’on ressent face aux œuvres, tandis que la variation du gris pâle vers le rouge sang exprime cette idée de ‘’feu sous la glace’’ ».

Pour Katia Poletti, qui fréquente depuis une quinzaine d’années l’œuvre de l’artiste franco-suisse, « Vallotton a toujours cherché à se renouveler : il retourne à la peinture quand ses gravures et ses dessins de presse commencent à avoir du succès, dans les années 1890, puis se tourne résolument vers le nu à partir de 1905, après avoir subi le choc esthétique du Bain turc d’Ingres… ».

Félix Vallotton, Quatre torses, 1916, Lausanne, musée cantonal des Beaux-Arts, acquis grâce au Prix de la Fondation de la Banque cantonale vaudoise © J.-C. Ducret.

Indépendant, le « Nabi étranger » (né à Lausanne, il s’installe à Paris dès l’âge de seize ans, et est naturalisé français en 1900) ne fait pas partie des avant-gardes. Après une dizaine d’années passées auprès de Vuillard, Natanson et Fénéon, il emprunte une voie solitaire. Selon Marina Ducrey, auteure du catalogue raisonné de l’artiste, « c’est un drôle de type, misogyne, sauvage, à l’humour corrosif, proche des milieux anarchistes ».

De fait, une certaine froideur se dégage de l’œuvre du peintre : un « érotisme glacé », selon Isabelle Cahn, qui « à la fois fait peur et excite, attire et repousse ». Chaque toile, chaque gravure est ainsi l’image-prétexte qui permet au spectateur de se projeter, d’imaginer une histoire, même si demeure toujours une part de mystère. « On n’en fait pas le tour », avoue la conservatrice. Peintre érudit, critique d’art, Vallotton multiplie les références : c’est parce qu’on trouve chaque fois qu'on retourne à ses œuvres quelque chose de nouveau qu’il reste actuel. Son ami Vuillard dira (sans que l’on sache s’il parlait précisément du style ou des thèmes) : « C’est Vallotton qui avait raison ». L'exposition du Grand Palais le démontre de manière magistrale.

FÉLIX VALLOTTON (1865-1925)

02/10/2013 > 20/01/2014

Galeries nationales du Grand Palais

PARIS

Félix Vallotton (1865-1925) est un artiste unique qui, bien que proche des nabis, garde sa vie durant un style à la fois très personnel e...

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