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L’intensité poétique de Pierre Huyghe au Centre Pompidou

Magali Lesauvage 26 septembre 2013

Le Centre Pompidou consacre à l'artiste français Pierre Huyghe, 51 ans, une rétrospective en forme de déambulation rêveuse. La poésie fulgurante qui se dégage de ses œuvres en fait l'une des plus belles expositions de l'année.

Pierre Huyghe, Zoodram 4, 2011, Collection Ishikawa, Okayama, Japon. Courtesy Pierre Huyghe ; galerie Marian Goodman, New York ; Esther Schipper © Guillaume Ziccarelli © Adagp, Paris 2013.

Qu'est-ce que le beau en art contemporain ? Le concept de canon esthétique ayant été balayé depuis bien longtemps, où trouver la beauté quand l'œuvre d'art est devenue, pour une bonne part, le témoignage d'un processus, et non une fin en soi ? Dans l'intensité, répond Pierre Huyghe. Dans cette « réalité augmentée » qui est peut-être le canon du XXIe siècle. Comment ? En faisant s'épancher le pigment hors des cadres, en invitant le vivant à croître et se déplacer dans le musée, en ajoutant des espaces réels ou fictionnels (une chambre de plus dans l’Étoile noire de Star Wars, un white cube mobile, une vidéo projetée dans une cimaise...), en se laissant guider par ses perceptions (son Umwelt, ou environnement sensoriel propre).

Pénétrant dans la Galerie Sud du Centre Pompidou, vous risquez de rougir (comme tout le monde). Plus avant, vous allez vous arrêter, observer, revenir, vous égarer et ne plus jamais vouloir partir. Matrice, biotope, jardin d’Éden où se déplacent comme bon leur semble une chienne à patte rose et des araignées de mer... : ça n'est pas une exposition. C'est une invitation à la rêverie solitaire et à l'errance contemplative. Des choses se passent là, elles sont imperceptibles mais délivrent des décharges de beauté fulgurante. Le temps est ralenti – celui nécessaire à une colonie de fourmis pour tracer une ligne sur le mur, la milliseconde où la lame d'une patineuse fend la glace noire, le temps infini qui voit se déplacer, sans l'éveiller, la Muse endormie de Brancusi habitée par un bernard-l’hermite, ou encore la durée qui transforme en ruine contemporaine la sculpture minimale qui ornait autrefois la cour du collège de Pierre Huyghe. L'artiste, qui dans les années 1990 créait avec d'autres l'Association des Temps Libérés, rend le temps élastique, plastique.

La matière du rêve

Immersive, l'exposition de Pierre Huyghe se vit comme une expérience, à la manière de celles menées à l'Opéra de Sydney, en 2008, où l'artiste plongeait le spectateur dans une véritable jungle, ou au musée mourant des Arts et Traditions Populaires, en 2010, où se jouèrent en huis clos d'étranges rituels calendaires. Travaillant la matière cinématographique comme un matériau plastique, Huyghe – qui ne fait pas du cinéma, mais crée à partir du cinéma – la déconstruit : il produit un remake d'un film basé sur une histoire vraie, mettant en scène son protagoniste réel (The Third Memory, 2009) ; il s'approprie (avec Philippe Parreno) un personnage de manga, Annlee, pour révéler sa vacuité mélancolique (No Ghost Just a Shell, 1999) ; il tourne une scène manquante à un film (L'Ellipse, 1998).

Vue de l'exposition de Pierre Huyghe au Centre Pompidou, 2013.

Explorant divers domaines (cinéma, musique, danse), Pierre Huyghe étend le domaine de l'art : il expose le vivant pour mieux faire bifurquer le(s) sens, crée littéralement des chemins de traverse (dans un champ californien), fait déborder l'espace muséal dans la rue, explore une cave de cristal, « dévole » dans un magasin en y ajoutant des objets, organise une expédition dans les glaces à la découverte d'une île nouvelle, fait place à l'entropie en additionnant un essaim flou d'abeilles à une sculpture. « Ce sont les organismes qui meurent, pas la vie », dit Gilles Deleuze, ajoutant : «  Il n’y a pas d’œuvre qui n’indique une issue à la vie, qui ne trace un chemin entre les pavés ». Pierre Huyghe est cet artiste qui trace des chemins, mais n'impose rien.

This is not a time for dreaming est le titre d'un film de 2004, mettant en scène une marionnette de Le Corbusier en butte au refus de l'université d'Harvard d'avaliser son projet architectural. « Ça n'est pas le moment de rêver » : le rêve, chez Pierre Huyghe, n'est pas une matière molle au goût suranné, c'est une réalité tangible, celle que l'on trouve en grattant la surface des choses.

PIERRE HUYGHE

25/09/2013 > 06/01/2014

Centre Pompidou

PARIS

Proposant une lecture inédite de l’oeuvre de l’artiste, l’exposition présente une cinquantaine de ses projets et permet de prendre t...

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