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« Masculin / Masculin » : l’homme nu en mal de sens

Magali Lesauvage 25 septembre 2013

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L’exposition Masculin / Masculin au musée d’Orsay est l’un des événements attendus de l’automne. Mais malgré un alignement de chefs-d’œuvre, elle échoue à montrer l’intérêt de son sujet même, évacuant notamment l’aspect politique.

Jacques Louis David, Académie d’homme, dit Patrocle, détail, 1778, Cherbourg, musée Thomas-Henry © RMN-Grand Palais/DR.

On se souvient que l’exposition Nackte Männer (Hommes nus) l’an passé au Leopold Museum de Vienne avait créé un certain émoi, non seulement par son sujet et la campagne de communication sans complexes qui l’accompagnait, mais aussi du fait de l’organisation d’une soirée naturiste face aux œuvres. « Impensable à Paris », selon Xavier Rey, l’un des commissaires de l’exposition du musée d’Orsay interrogé par : le rapport à la nudité n’est sans doute pas le même dans le contexte germanique, où naquit le naturisme, qu’en France, où la pudeur masculine est plus répandue.

Discrimination positive

Montrer le corps nu de l’homme serait-il de nouveau tabou ? C’est ce que laisserait penser le fait de pointer comme concept novateur celui d’une exposition consacrée à « l’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours », sous-entendu par opposition à la « femme nue » : une sorte de discrimination positive à l’envers au profit du « masculin », qui signifierait que ce sujet même n’est pas évident.

Et pourtant. Si le corps féminin est depuis toujours l’objet de toutes les représentations, on ne peut pas dire que l’homme nu ait été évacué. Du néo-classicisme aux portraits de Mapplethorpe, le nu masculin n’a jamais vraiment disparu. Certes, la représentation du nu féminin l’excède de beaucoup : comme le rappelaient les Guerilla Girls, la grande majorité des artistes des musées sont des hommes, tandis que la plupart des nus sont féminins. Logique, si l’on considère que l’artiste projette son désir dans ses œuvres. Mais du désir féminin, il n’est quasiment pas question dans l’exposition d’Orsay. Ce que pourrait indiquer son titre, Masculin / Masculin – ou le regard en miroir de l’homme sur l’homme. Pourtant la question de l’homosexualité n’est clairement posée que tout à la fin, et du bout des lèvres, plus sur un mode intellectuel et froid que comme un désir réel (la section s’intitule d’ailleurs « L’objet du désir »).

Eadweard Muybridge, Lutte de deux hommes nus, 1887, Paris, musée d’Orsay.

 Corps glorieux

L’exposition déroule ainsi bien sagement, selon un parcours thématique aux intitulés interchangeables, une suite de nus masculins. Une bonne part sont des chef-d’œuvres comme Le Sommeil d’Endymion de Girodet, l’Académie d’homme de David, Three Figures in a Room de Francis Bacon, ou encore Regard dans l’infini de Hodler. Une part est faite au contemporain (bien moindre qu’à Vienne cependant), avec beaucoup d’œuvres de Pierre et Gilles, malheureusement réduites à leur capacité à faire écho à l’art pompier du XIXe siècle, et des figures de martyres réalistes par le jeune et très en vogue Kehinde Wiley.

L’approche est très formelle, et aborde peu l’aspect politique, pourtant essentiel dans la représentation du corps au XXe siècle : Arno Breker est là pour rappeler l’instrumentalisation de l’esthétique classique par le nazisme, mais est par exemple évacué le thème du corps masculin dans la performance (citons pèle-mêle l’actionnisme viennois, Matthew Barney ou Steven Cohen). Ainsi la dimension politique du corps masculin semble-t-elle lui être constitutive, acquise, comme si ce corps-là n’avait plus aujourd’hui à être le terrain du combat – pour son intégrité, son autonomie, son indépendance –, combat qui reste encore aujourd’hui celui du corps féminin.

Le nu masculin serait donc encore conçu comme ce corps glorieux, celui que nous assènent quasiment dans chaque salle les œuvres de Pierre et Gilles. Certes le corps souffrant est là, mais hormis chez Lucian Freud ou Ron Mueck, il est esthétisé, embelli par la souffrance même (« un Christ pour ces dames », écrit un critique au sujet d’une Flagellation de Bouguereau). L’exposition s’achève sur une immense toile de Jean Delville (six mètres de large) L’Ecole de Platon, et sur un fantasme d’idéalisme au goût un peu rance.

MASCULIN / MASCULIN

24/09/2013 > 12/01/2014

Musée d'Orsay

PARIS

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il a fallu attendre Näckte Männer [Hommes nus], organisée par le musée Leopold de Vienne (oc...

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