Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

« Raw Vision » : l’art en délire à la Halle Saint-Pierre

Stéphanie Broisat 18 septembre 2013

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Pour la saison qui s’ouvre, la Halle Saint Pierre a choisi de nous présenter une exposition célébrant le 25e anniversaire de la revue anglo-saxonne Raw Vision, fondée en 1989 par John Maizels. Véritable vivier de l’outsider art international, Raw Vision, 25 ans d’art brut, est l’occasion de retrouver les grands classiques qui ont marqué la pop culture et de retracer l’histoire des courants artistiques alternatifs.

Norbert Kox, Sans titre.

Présenter un art qui sort des sentiers battus est une mission toujours intéressante à mener. Dans cette optique, la Halle Saint-Pierre s’attache une fois de plus à nous faire partager des univers aussi passionnants que terrifiants. Des artistes à l’histoire personnelle souvent difficile, qui ont échoué la plupart du temps sur des bancs d’hôpitaux psychiatriques (la célèbre « Maison des artistes », par exemple, situé à Gugging, près de Vienne, a vu éclore bon nombre de talents au sein de son établissement). Ils ornent les murs sombres du rez-de-chaussée, plongé dans une douce lumière tamisée. Des esprits torturés qui nous livrent ici leur moi obscur, nourri de paranoïa, de macabre et de mysticisme, piliers d’un art anti-conformiste revendiqué par la revue culte.

« Raw Vision se penche sur une forme d’expression profondément enracinée dans l’imagination humaine et qui se manifeste à travers des créations héroïques ; une expression qui prend des formes très variées, parfois intime et secrète dans ses manifestations ou expansive, publique et épique», explique son créateur John Maizels. Une immersion dans des visions hallucinées donc, qui font la part belle à une inspiration débridée.

Art populaire contemporain

Outre les têtes de file de la pop culture représentée par des artistes tels que Joe Coleman, ancien chauffeur de taxi, l’exposition s’attarde sur les représentants incontournables de l’art brut (Henry Darger et ses enfants androgynes, Aloïse Corbaz, à l’éternelle recherche de son prince charmant, Adolf Wölfli, célèbre pseudo-théoricien religieux, August Walla, fasciné par les dieux et les démons), l’« art visionnaire » (Norbert Kox, William Thomas Thompson, Donald Pass), et le Black Folk Art américain (Bill Traylor, Mose Tollive). Des artistes qui illustrent la forme la plus inventive de l’art populaire contemporain, où se mêlent inspiration biblique, réminiscences intimes, énergies cosmiques et violences urbaines. À travers le bricolage de matériaux bruts, leurs provocations viennent faire écho au projet du facteur Cheval : « Fils de paysan, paysan, je veux vivre et mourir pour prouver que dans ma catégorie, il y a aussi des hommes de génie et d’énergie ».

Adolf Wölfli, Sans titre, 1920 © Galerie Christian Berst, Paris.

Car ici, les artistes présentés sont tous des hommes et des femmes éloignés du monde de l’art et n’ayant suivi aucun enseignement artistique : ancien mineur qui abandonne tout pour devenir peintre (suite au message d’une sœur défunte provenant de l’au-delà), analphabètes cantonnés aux basses besognes avant de se révéler dessinateurs de talent, ou retardés mentaux guidés par divers troubles obsessionnels qu’ils coucheront sur le papier. L’exposition a le mérite de nous montrer que l’art n’est pas toujours là où on l’attend.

Même si les psychiatres de l’époque jugèrent que « leur art n’est issu d’aucun talent, mais de leur maladie », leur influence et leurs travaux ont, pour certains, dépassé le simple cercle d’initiés, comme ce fut le cas pour August Walla. Jean Dubuffet, théoricien de l’art brut, disait d’ailleurs à ce sujet : « Il n’y a pas plus d’art des fous que d’art des dyspeptiques ou des malades du genou », préférant donner à ces créateurs le terme « d’irréguliers de l’art ». Des artistes qui aujourd’hui font partie du panorama de l’art contemporain, même s’ils restent encore à la marge.

RAW VISION

18/09/2013 > 22/08/2014

Halle Saint Pierre

PARIS

Hommage à la revue anglo-saxonne Raw Vision qui depuis 25 ans se consacre à toutes les formes marginales et outsider de la création artis...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE