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Marché de l’art : à New York, une arnaque à 80 millions de dollars

Magali Lesauvage 18 septembre 2013

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Faire peindre pendant des années de fausses toiles dans un garage du Queens et les vendre aux plus prestigieuses galeries de Manhattan, c’est possible. Récit d’une arnaque à 80 millions de dollars.

Elegy, la fausse toile de Robert Motherwell vendue par Glafira Rosales à la galerie Julian Weissmann de New York © DR.

Quatre-vingt millions de dollars, soit un peu moins de 60 millions d’euros. C’est, à titre de comparaison, le prix d’achat d’un joueur par un club de foot, la somme prévue par le conseil général de l’Orne pour la réfection de ses collèges, ou le bilan des pertes agricoles subies en Dordogne cet été suite à des orages de grêle. C’est aussi, d’après le Huffington Post, le total des sommes payées contre de fausses toiles d’artistes modernes comme Jackson Pollock ou Willem De Kooning, a avoué en début de semaine la marchande d’art Glafira Rosales devant la Cour fédérale de Manhattan.

Un scénario et une héroïne dignes d’une série télé américaine à la The Good Wife ou Damages. Le pitch : l’arnaque, qui a duré quinze ans, a vu Rosales et plusieurs complices vendre pendant des années des imitations d’œuvres de Pollock, De Kooning, Motherwell, Rothko, etc., toutes réalisées par un seul et même peintre d’origine chinoise, résidant dans le Queens. D’après le New York Times, Pei-Shen Qian est arrivé aux Etats-Unis en 1981 et a suivi les cours de l’Arts Student League de New York. Celui-ci, relativement doué, aurait trouvé là une belle reconversion, après avoir dans les années 1980 vendu ses peintures dans la rue. Même s’il ne recevait que quelques milliers de dollars pour chaque toile fausse. M. Qian, tout comme l’ancien compagnon et complice de Glafira Rosales, sont aujourd’hui introuvables.

Les 63 toiles, chaque fois présentées comme des découvertes insoupçonnées, ont été acquises par de grandes galeries new-yorkaises comme la Knoedler Gallery (fermée en 2011 après plus de 150 ans d’activité à cause de cette affaire) et Julian Weissman Fine Art, qui auraient versé directement à Glafira Rosales 30 millions de dollars (environ 22,5 millions d’euros), et sont aujourd’hui eux-mêmes poursuivis par les clients auxquels ils ont revendu les toiles. On peut s’étonner en effet que d’aussi respectables maisons s’en soient tenues à leur seule expertise pour authentifier les œuvres, dénuées de toute documentation.

Plaidant coupable face à neuf chefs d’accusation (notamment fraude fiscale et blanchiment d’argent), Glafira Rosales encourt une peine de 99 ans de prison – peine qui pourrait être allégée si elle collabore avec la justice en livrant d’autres informations. Elle doit également rembourser diverses amendes s’élevant à plusieurs dizaines de millions de dollars, abandonner à la justice sa demeure de Long Island et toutes les œuvres acquises entre 1994 et 2012. En échange de quoi Rosales ne sera pas poursuivie pour d’autres crimes, comme par exemple son mariage frauduleux avec un citoyen américain en 1986.

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