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Images de Colombie, pour se souvenir et oublier

Magali Lesauvage 17 septembre 2013

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Parallèlement à la manifestation Photoquai, 4e biennale des images du monde (à voir jusqu’au 17 novembre), qui rassemble 40 photographes provenant d’une trentaine de pays, l’exposition Nocturnes de Colombie au musée du quai Branly montre des images d’un monde en noir et blanc, où la photo permet autant de se souvenir que d’oublier.

Miguel Ángel Rojas, El Freddy, série Sobre porcelana, 1979/2013. Courtesy of the artist and Sicardi Gallery, Houston.

Ce sont des images de silence, pour la plupart muettes, indicibles. Les quatre artistes rassemblés par le musée du quai Branly – Juan Manuel Echevarrìa, Oscar Muñoz, José Alejandro Restrepo et Miguel Ángel Rojas – sont tous colombiens, nés entre 1946 et 1959, dans une décennie qui voit la flambée de la violence dans leur pays. Une violence qui « n’a pas connu de répit » depuis, rappelle la commissaire de l’exposition, Christine Barthe. Ces quatre artistes ne sont pas seulement photographes, mais également metteurs en scène d’images, dans le sens où l’image n’est pas nécessairement un aboutissement en soi, mais aussi une matière à réflexion sur le présent, sur les événements.

Ainsi Juan Manuel Echevarrìa, 66 ans, qui ne s’est tourné vers la photographie qu’à la fin des années 1990, après avoir pratiqué l’écriture. Son travail est empreint d’une poésie liée aux mots, ou à l’absence de mots, comme dans la série La O, suite d’images muettes, paysages esseulés et monochromes urbains évoquant les zones désertées à cause des guérillas territoriales. Ou encore dans la vidéo Guerra y Pa, montrant deux perroquets éduqués à répéter en hoquetant les mots « Guerra » et « Paz ».

D’autres images bouleversent, et malgré le contexte qu’elles décrivent, échappent à tout commentaire. C’est le cas du film El Caballero de la Fe (Le Chevalier de la Foi) (2011) de José Alejandro Restrepo, bâti à partir d’images d’archives de la prise sanguinaire du palais de justice de Bogotá, en 1985 : on y voit, longeant les murs, des hommes portant une civière, ou un individu chargé de courses traversant impassiblement l’esplanade face au bâtiment où a lieu le drame : et l’artiste de s’interroger sur l’image comme témoin de paradoxes moraux insolubles.

À ces images aussi discrètes que violentes répondent les photos de presse effacées par le temps qu’Oscar Muñoz expose comme métaphores d’une mémoire usée. « Avant même que je sois né, la guerre existait déjà, explique-t-il. C’est comme si nous vivions dans un éternel présent, ou un passé présent ». Filmant l’eau qui disparaît inexorablement de la paume de sa main, ou reproduisant à la poudre de charbon des photos de presse représentant des guérilleros déposant les armes, Oscar Muñoz délave la réalité pour n’en garder que l’ombre, comme un souvenir évanoui.

Nocturnes de Colombie c’est, enfin, l’œuvre de Miguel Àngel Rojas (que l’on avait déjà pu découvrir aux Rencontres d’Arles cet été) documentant sous cape sa vie d’homosexuel dans la Colombie des années 1970. Ses photos noir et blanc, floues, prises à la dérobée dans les cinémas de Bogotá où des hommes se donnent rendez-vous, sont à la fois intimes et distancées. « Je ne regardais pas la scène, à ce moment mon désir n’était pas érotique, c’était plutôt un désir de possession, avoue-t-il. (…) Je ne pouvais jamais regarder par le viseur, et je ne pouvais pas savoir ce qui se passait. Puis, au développement de la pellicule, la scène m’était révélée ».

Des images automatiques donc, comme inconscientes. Plus tard, Rojas explique à propos de ces photos qu’il retravaille inlassablement depuis plus de trente ans : « Après tant d’années, j’ai parfois l’impression de ne pas encore être tout à fait sorti de ce théâtre. Je continue à rechercher le temps perdu ». Comment se souvenir pour oublier ? Telle est la question insoluble que ces artistes colombiens nous posent.

NOCTURNES DE COLOMBIE

17/09/2013 > 02/02/2014

Musée du quai Branly

PARIS

L’exposition ambitionne de donner un éclairage spécifique sur quatre artistes majeurs de la scène colombienne, chacun d’eux ayant bâ...

Exposition terminée
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