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L’art se la raconte à la Biennale de Lyon 2013

Magali Lesauvage 12 septembre 2013

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Comment raconter une histoire ? Après l’ascèse conceptuelle et minimale, l’art contemporain est-il encore capable de trouver de nouvelles formes de récit ? En bref, l’art a-t-il encore quelque chose à nous dire ? La sage mais bavarde 12e Biennale de Lyon y répond.

Vue de la Biennale de Lyon 2013 à la Sucrière (installation Prototype de paradis de Fabrice Hyber, 2013).

« Le monde est fait d’histoires » : c’est le titre que cette 12e édition de la Biennale de Lyon a failli porter. Son commissaire général, l’Islandais Gunnar B. Kvaran, répète cette phrase à l’envi. Spécialiste de la Figuration Narrative – dont l’un des plus importants représentants, son compatriote Erró, occupe une bonne place dans la Biennale –, l’actuel directeur du musée Astrup Fearnley d’Oslo en a finalement choisi un autre, suffisamment ouvert et déstructuré pour pouvoir accueillir toutes les propositions artistiques et les chemins de sens possibles. La suite de mots Entre-temps… Brusquement, Et ensuite s’inspire du post-structuralisme pour mettre l’accent sur les nouvelles formes de récit présentes chez les artistes contemporains dont la démarche répond à l’injonction d’Alain Robbe-Grillet : « Chaque roman [ou chaque œuvre] doit inventer sa propre forme ». Contre le storytelling comme stratégie de pouvoir communicationnel, et « les codes narratifs mainstream de la fiction globalisée », l’art doit être, selon Gunnar B. Kvaran, un espace de résistance.

De ce substrat théorique surgissent à la Sucrière et au musée d’art contemporain de Lyon (les deux pôles de la Biennale), des histoires, mais pas toujours des œuvres. Avec, en vedette, une poignée d’artistes dont les travaux font office de paradigmes de structures narratives : Erró, donc, et ses images de récits multiples et diffractés, Yoko Ono et la performance comme programme narratif à jouer et rejouer, Fabrice Hyber et ses story-boards déployant le déroulé-éclaté du processus créatif, les maquettes de maisons de Robert Gober reconstituant les jalons majeurs de sa vie, ou encore Matthew Barney superposant les fictions avant de les matérialiser sous forme d’objets spectraux.

Inventer sa propre forme

Entre ces figures tutélaires viennent s’insérer des artistes plus jeunes, dont les provenances (notamment Asie et Brésil) dessinent une nouvelle géographie de l’art, tandis que leurs récits se démultiplient et mutent via Internet et les réseaux sociaux. C’est le cas de la stupéfiante vidéo Entropy Wrangler d’un jeune artiste de Los Angeles, Ian Cheng, qui confie aux algorithmes d’un ordinateur la poursuite d’une histoire sans fin, ou encore du film Even Pricks du Britannique Ed Atkins, dont le récit sous forme de trailer hollywoodien suit les tribulations d’un pouce phallique en plein désarroi.

Ian Cheng, Entropy Wrangler, 2013, vidéo, capture d’écran.

Plus terre-à-terre, le Brésilien Paulo Nazareth refait le trajet de l’esclavage, parcourant à pied la distance qui sépare Johannesburg de Lyon, comme une improvisation situationniste. Dans I’m intact and I don’t care, impressionnante installation au musée d’art contemporain, la Française Lili Reynaud-Dewar déguisée en Joséphine Baker nue reprend avec humour les discours formatés liés aux questions de genres et de races pour les calquer sur sa propre vie et les tourner en ridicule. On retrouve cette forme du récit dans le récit chez le New-Yorkais Dan Colen, qui épuise littéralement les figures narratives populaires du Coyote et de Roger Rabbit en leur faisant traverser les cimaises de la Sucrière pour venir s’effondrer à l’entrée – prenant ainsi l’histoire à rebours.

Efficaces, ces œuvres combinent avec grâce le fond et la forme – qualité qui fait défaut à un certain nombre de propositions comme celles de Neïl Beloufa ou Laure Prouvost dont la complexité épuise, et qui auraient sans doute plus d’impact ailleurs que dans une biennale rassemblant quelques 80 artistes. On leur préfère la simplicité des coussins de Jason Dodge, portant la marque de dormeurs (le récit comme empreinte), ou au contraire le baroque de Ryan Trecartin et Lizzie Fitch, dont l’installation vidéo grossit le réel, dont la trivialité serait seulement digne d’une twitpic, pour en faire un spectacle visible dans les conditions du théâtre (le récit comme miroir déformant).

Entre ces deux extrêmes, les œuvres présentées à la Biennale de Lyon racontent une histoire de l’art d’aujourd’hui qui serait celle de la réappropriation du réel par les artistes. Lesquels ont encore, peut-être l’avait-on oublié, quelque chose à dire.

À suivre, un compte-rendu des événements parallèles à l’exposition internationale de la Biennale présentés à Lyon.

12° BIENNALE DE LYON

12/09/2013 > 05/01/2014

Musée d’Art Contemporain de Lyon (MAC Lyon)

LYON

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