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Dernière traversée pour l’artiste Allan Sekula

Stéphanie Broisat 12 août 2013

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Disparition de l’artiste et théoricien Allan Sekula le 10 août dernier. Principalement connu pour ses photographies et ses films, Sekula a participé dès les années 1960 à la déconstruction de l’image photographique et de l’éthique documentaire. Retour sur cette figure de renom.

Image tirée du film The Forgotten Space © Allan Sekula et Noël Burch.

Né en 1951 à Erie en Pennsylvanie, c’est en 1968 qu’Allan Sekula commence à s’investir dans l’art, en suivant les cours de Marcuse à l’université de San Diego, puis de Louis Marin et David Antin, tout en dévorant des ouvrages sur la photographie. Grand amateur de Jean-Luc Godard et de Jean-Pierre Godin, Sekula se voit comme un enfant de Duchamp et de Marx, passionné par la politique et l’économie.

Son travail, interrogeant le capitalisme par le biais de l’art, a toujours cherché à mettre en avant des mondes peu représentés, comme ceux du travail et de l’impérialisme des marchés financiers. Sa série de photos depuis un train longeant une usine de produits chimiques ou les clichés de ces steaks jetés sur l’autoroute, intitulée Meat Mass, en 1972, fait sensation à l’époque.

À travers sa vie privée, Sekula rend compte de l’expérience ouvrière et de son exploitation, comme avec sa « biographie familiale » Aerospace Folkstales, montrant les effets du chômage sur les cadres, mais aussi la pression domestique imposée aux femmes. Commencent alors ses disassembled movies (films en pièces détachées), articulant l’image à différents textes.

Cependant, c’est à partir de 1975 que Sekula étend son travail de recherche autour de la photo dite d’art et des pratiques conceptuelles, utilisant l’image photographique et le photojournalisme. C’est ainsi qu’il produit des réflexions critiques sans équivalent, comme ce papier d’Artform, intitulé L’image instrumentalisée, Steinchen s’en va en guerre, pointant du doigt la transformation du sens premier de l’objet artistique. Puis dès 1980, Sekula s’intéresse à l’archivage et au marchandage de l’image, dans des analyses telles que Trafics dans la photographie, ou encore Le Corps et l’Archive en 1986 dans October. Une manière selon lui de proposer une alternative à la photographie présentée dans les musées et les galeries, et qui préparent, selon ses dires, à un « avenir antiquaire », où l’art est condamné à avoir une vision passéiste.

Parallèlement, il entame, dit-il, un long apprentissage cinématographique, marqué par un travail géopolitique, passant du Japon à l’Espagne. En ressortiront trois films marquants, The Lottery of the Sea, Tsujiki et The Forgotten Space, interrogeant la voie maritime d’un point de vue politique, économique et militaire. Le MoMA avait, trois jours avant sa mort, consacré un accrochage à sa série Fish Story, qui explore un monde absent de l’attention médiatique : celui de la mer, thème cher à l’artiste. La France, avait, quant à elle, proposé l’année dernière une exposition au centre d’art contemporain la Criée de Rennes, The Dockers Museum. Une carrière jalonnée par les combats intellectuels et artistiques, mais malheureusement longtemps boudée par les institutions culturelles.

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