Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

La « Méthode Abramovic », le nouveau dogme ?

Magali Lesauvage 9 août 2013

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

L’artiste Marina Abramovic, célèbre pour ses performances extrêmes, lance à grands renforts de célébrités (notamment Lady Gaga, sa première fan), son institut d’enseignement de la performance, le MAI. Nouvelle secte new age haut de gamme ou projet artistique ambitieux ? 

The Abramovic Method Practiced by Lady Gaga © Marina Abramovic Institute.

Tout le monde connaît Lady Gaga. Tout le monde connaît Marina Abramovic. Dans le milieu de l’art du moins, et un peu au-delà, notamment depuis son exposition-événement The Artist Is Present, au MoMA de New York, en 2010. L’artiste d’origine serbe y réalisait une performance inédite : rester assise, immobile, tous les jours, dans l’atrium du musée, et se livrer à un face-à-face éprouvant avec les visiteurs qui défilaient un à un devant elle. On se souvient avoir vu de nombreuses personnalités (Lou Reed, Isabella Rossellini, Sharon Stone, James Franco…) planter leurs yeux dans ceux de l’artiste, parfois au bord de l’épuisement. Certains fondaient en larmes, d’autres gardaient un visage de marbre. L’important, quoi qu’il en soit, était qu’ils fussent là.

« Mi-sergent, mi-gourou »

En 2010 déjà, la démarche de Marina Abramovic posait question. Une longue enquête du New Yorker, signée Judith Thurman, pointait la « méthode » de l’artiste, enseignée à de jeunes wannabe performeurs dans sa maison-école de Hudson, dans l’État de New York, comme celle d’un professeur « mi-sergent, mi-gourou ». Trois ans plus tard, cette même méthode tend au dogme, avec pour ambassadrice une star planétaire piquée d’art, la chanteuse Lady Gaga. Celle-ci, que l’on a vue emprunter (pour ne pas dire plagier) les transformations anatomiques d’une autre artiste-performeuse, la Française ORLAN, semble depuis quelque temps être la plus fervente adepte (et la meilleure VRP) de la méthode Abramovic, qu’elle applique à son travail vocal (ou à sa capacité à épouser nue la nature, comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous). La « Méthode Marina » serait-elle donc la nouvelle lubie des stars, après le régime « suçage de glaçons » ou la cupping therapy ?

Alors que son prochain album, Artpop, prévu pour novembre, s’annonce comme une resucée post-post-post-moderne du Pop Art, avec le quart d’heure de célébrité warholien pour ligne d’horizon, Lady Gaga apporte son soutien enthousiaste au projet du Marina Abramovic Institute (MAI) de Hudson, via diverses interventions très remarquées. Celles-ci doivent permettre de générer assez de publicité pour récolter les 600 000 dollars nécessaires à la réhabilitation de l’ancien théâtre municipal de Hudson, où sera installé le MAI, dont le coût total s’élève à 20 millions de dollars (voir l’opération de crowdfunding lancée sur Kickstarter).

Un eye contact pour 1000 dollars

Cet Institut, « centre d’éducation et de performance interdisciplinaire », accueillera des œuvres de longue durée, où sera enseignée la « Méthode Abramovic ». À noter que parmi les lots promis aux participants sont garantis : un hug de Marina Abramovic contre un dollar, puis divers éléments de la méthode à mesure que l’on monte en gamme (boire de l’eau, marcher lentement, regarder dans les yeux), le tout en live stream. Pour 1000 dollars : un eye contact exclusif avec Marina via webcam, et le clou, pour 10 000 dollars : « Marina ne fera rien. Vous ne ferez rien. Vous ne serez pas publiquement remercié » (neuf personnes ont à ce jour choisi cette option).

La vidéo de présentation du projet indique qu’un contrat vous obligera à rester 6 heures sur place. Au programme, entre autres : revêtir une blouse blanche, s’asseoir pour un temps assez long face à une personne inconnue, pénétrer dans une chambre constellée de cristaux énergisants, se faire balader en chaise longue roulante dans le vaste hall où auront lieu des performances en continu, ou, si tout cela ne vous excite pas plus que cela, dormir. Pour Marina Abramovic, c’est tout simplement : « le futur ».

Si le projet évoque plutôt le manuel de la parfaite secte, on peut s’interroger sur la question de l’enseignement de la performance, et sur la volonté de laisser à la postérité des œuvres par définition éphémères. Dans les années 1970-1980, Marina Abramovic réalisait des performances (en particulier avec son compagnon Ulay), le plus souvent à forte teneur politique – comme laisser à la disposition des visiteurs d’une galerie des objets permettant de la blesser, jouer au jeu du couteau, ou manger un oignon cru. Déjà, l’artiste avait un credo : « Pas de répétitions, pas de fin déterminée, vulnérabilité, hasard, réactions premières ». L’enseignement du MAI serait plus, dès lors, l’activation d’un « état de conscience » dans une sorte de bulle spatio-temporelle où, comme l’indique Abramovic, « tout peut arriver ». Ou peut-être rien. Car l’Institut est, selon l’artiste, le lieu de « l’immatériel ». Mais il est un autre élément du MAI encore indéterminé : son tarif d’entrée.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE