Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_cercle_4 RENÉ MAGRITTE

21/09/2016 > 23/01/2017

Centre Pompidou - PARIS
expo_cercle_5 CY TWOMBLY

30/11/2016 > 24/04/2017

Centre Pompidou - PARIS

LA NEWSLETTER

La fin du rêve

Magali Lesauvage 8 août 2013

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

L’exposition Helpless de Pierre Ardouvin, au Centre régional d’art contemporain de Sète, a la douceur acidulée des anciennes comptines. Une plongée dans un onirisme où la nostalgie tour à tour réconforte et glace le sang.

Pierre Ardouvin, Helpless, vue de l’exposition Helpless, CRAC Sète, 2013.

Helpless, « sans défense, désarmé ».  Le titre de l’expo est aussi celui d’une chanson de Neil Young (« And in my mind I still need a place to go, all my changes were there »). On retrouve dans les œuvres de Pierre Ardouvin la sensation que procure le souvenir déformé de sa chambre d’enfant, espace psychique autant que physique, où « étaient toutes les métamorphoses ». Ciel étoilé, mélodie lancinante, animaux inquisiteurs, assemblée de fantômes, changements d’échelle, trous dans le plafond, visions de catastrophes naturelles, draps tendus pour une hypothétique cabane : tous les éléments du conte sont là, avec une pointe d’ironie qui permet de ne pas s’enfermer dans la nostalgie mièvre et le filon éculé de l’enfance perdue. Les anciennes chambres froides du centre d’art égrènent une à une ces images nettes et précises d’un rêve qui semble ne jamais finir, au son de mélodies entêtantes.

En prologue à l’exposition, une œuvre reste en mémoire pour de bon. Helpless rappelle la fantasmagorie de la chanson de Neil Young, retournant mentalement aux lieux de l’enfance (« Blue, blue windows behind the stars, yellow moon on the rise, big birds flying across the sky, throwing shadows on our eyes, leave us helpless, helpless, helpless »). Au pied d’un immense rideau noir scintillant, éclairé violemment par une poursuite, un renard effrayé apparaît pour être notre guide. Quelque peu spectaculaire, la pièce ouvre l’espace et le temps à de nouvelles dimensions, et indique qu’il nous faut abandonner là toute rationalité. Plus loin, un portique à balançoire est brutalement disproportionné par l’éclairage qui allonge ses ombres, tandis qu’une molaire géante (arrachée à quel Gulliver ?) y reste suspendue. À l’étage, de grands tableaux, les Écrans de veille, figent sous un glacis glossy des vedutte de fin du monde, scènes de fausse joie muées en cauchemars gluants.

Pierre Ardouvin, La Roue de la fortune, vue de l’exposition Helpless, CRAC Sète, 2013 © Florent Gardin.

Dans cette sorte de parc d’attractions fantasmatique, on voit et on se fait voir d’oiseaux hantant un enclos (La nuit je mens, encore une chanson, cette fois-ci de Bashung), on tourne autour d’un énorme insigne Marcel (papa !) pivotant sur un socle/scène au son de Mourir sur scène de Dalida. On est, à la fois regardeur et regardé, actif autant physiquement que mentalement. Neil Young, Bashung, Dalida : les chansons populaires ne sont que les comptines de l’âge adulte. Comme dans l’enfance, elles rassurent et effraient en même temps, impriment dans l’inconscient les images qu’on y a immédiatement projetées. La mémoire est une mécanique automatique, irrationnelle, sur laquelle nous n’avons aucun contrôle. Un souvenir émeut toujours malgré soi.

La force des œuvres de Pierre Ardouvin est d’activer des émotions liées à des souvenirs qu’aucun spectateur ne partage avec un autre. Ainsi, la toute dernière pièce de l’exposition, La Roue de la fortune fait résonner des échos multiples. De modestes chaises en plastique blanc sont disposées en cercle, de manière plus ou moins régulière, autour d’un podium circulaire tournant, coloré comme le « camembert » du fameux jeu télévisé. Une mélodie lancinante tourne elle aussi en boucle, délayant une atmosphère triste et gaie à la fois, vaguement lynchienne. La scène est plongée dans une lumière grise, le temps semble étiré, comme à la fin d’une fête quasiment désertée. Les chaises vides appellent l’absence, tandis que le mouvement perpétuel de la roue, lent et pesant, déjoue cette image de l’entertainment populaire pour prendre la forme d’un hypnotique mandala, propre à la méditation et au recueillement. La roue tourne, la boucle est bouclée. Le rêve prend fin, l’enfance aussi, et nous sommes désarmés.

HELPLESS

28/06/2013 > 22/09/2013

Centre régional d’art contemporain Languedoc Roussillon

SÈTE

L’exposition monographique de Pierre Ardouvin donne à voir la diversité d’une pratique qui sonde les interstices de la mémoire collec...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE