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Trois artistes, trois visions de « My Joburg »

Magali Lesauvage 7 août 2013

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Après My Winnipeg en 2011, la Maison rouge, à Paris, continue sa série d’expositions consacrées à des villes « périphériques » et aux artistes qui en font des microcosmes uniques de création. Dans le cadre de l’année de l’Afrique du Sud en France, et alors que l’état de santé de Nelson Mandela préoccupe, My Joburg tente de saisir l’esprit de la scène artistique contemporaine de Johannesburg, et présente près de soixante artistes, quelque peu noyés dans le panorama. Focus sur trois d’entre eux.

Steven Cohen, The Chandelier Project, 2002. DR.

Steven Cohen

C’est dans une salle de spectacles (celle du Centre Pompidou) que l’on découvrait pour la première fois le performeur Steven Cohen, grand échalas pailleté, haut perché sur des talons vertigineux plantés sur des crânes humains. Hésitant entre la scène et la galerie d’art, l’artiste sud-africain de cinquante ans promène depuis une vingtaine d’années son profil aigu et demi-nu de funambule dans des performances queer, qu’il réalise dans le contexte classique des lieux d’art, mais aussi, par exemple, dans celui du township de Soweto, à Johannesburg.

C’est ici qu’eut lieu la performance The Chandelier Project (2002), qui l’a rendu célèbre et qu’il décrit comme « à la fois une épreuve et une transformation sacramentelle, un imprévisible rite de passage au ralenti, kabbalistique ». Juif blanc dans un pays africain chrétien, étranger parmi des étrangers, exhibant sa différence de « White Miss », comme il le dit, Steven Cohen reprend dans cette performance d’une intense poésie la douleur du chemin de croix, et réactive le sentiment d’ostracisme de l’apartheid, sublimé dans une féérie baroque et pathétique. Poignant.

David Goldblatt, Mrs Miriam Mazibuko watering her garden, Extension 8, Far East Alexandra Township, Johannesburg, 2006, digital print. Courtesy Goodman Gallery, Johannesburg.

David Goldblatt

Si on peine à découvrir dans l’exposition de la Maison rouge une réelle originalité de la scène artistique de Joburg, c’est peut-être parce que la ville elle-même, véritable patchwork communautaire et paysage urbain difficile à appréhender – marqué notamment par un impact de météorite géante et d’anciens terrils – constitue une entité complexe, difficile à embrasser. Ainsi les images de Johannesburg, nombreuses dans l’exposition, écrasent-elles les œuvres alentour par leur brutalité fascinante.

C’est le cas de celles de David Goldblatt, né en 1930 (avant même que l’apartheid ne soit officialisé, en 1948), qui photographie Johannesburg depuis plus de soixante ans : « Pour moi Joburg est comme une démangeaison, déclare-t-il. Je gratte ici, je gratte là, mais rarement deux fois au même endroit ». Objectives, les photographies de David Goldblatt superposent les cadres et les cloisons géométriques, pour mieux rendre visible le chaos de la vie qui s’y démène, et échappent au pittoresque comme au misérabilisme.

Sue Williamson, Better Lives – Albert And Isabelle Ngandu, 2003, impression sur papier. Courtesy Goodman Gallery, Johannesburg.

Sue Williamson

Mêlant le poétique et le documentaire, l’écrivaine et artiste Sue Williamson crée des images où s’entrechoquent histoire universelle et histoires individuelles. Sa série de vidéos et de portraits d’immigrés africains, Better Lives (2003), précède la vague de xénophobie qu’on dut subir ces populations en 2008, et montre des individus posant calmement devant l’objectif, sur fond d’image documentaire.

La photographie Who is Johannes? (2009) de la série Other Voices, où l’on voit un groupe de personnes défiler dans la rue en portant cette phrase, pose quant à elle clairement la question de l’identité indéfinissable de Johannesburg. Qu’est donc la « ville de Johannes », née il y a à peine 130 ans, « fondée suite à une ruée vers l’or, explique Sue Williamson, nommée d’après on ne sait trop qui, et où les gens qui affluaient pour faire fortune ne donnaient plus jamais de nouvelles » ? Une énigme qui continue à fasciner les artistes.

MY JOBURG

20/06/2013 > 22/09/2013

La maison rouge

PARIS

Une exposition inscrite dans le cadre de la saison sud-africaine en France. Apres My Winnipeg (Manitoba, Canada) en 2011, la Maison Rouge po...

Exposition terminée
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