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« L’Art en question », le webdoc qui fait aimer l’art

Magali Lesauvage 1 août 2013

Comment rendre l'histoire de l'art plus accessible ? Comment « rentrer » dans une œuvre et comprendre la démarche d'un artiste ? Par le webdoc !, répondent les producteurs de la série L'Art en Question, produite par le site Canal Éducatif à la Demande (CED), et qui a obtenu en mars dernier le prix du public au WebProgram-Festival de la Rochelle dans la catégorie « web-arts ». Rencontre avec le réalisateur Erwan Bomstein-Erb.

[exponaute] Les documentaires sur l'art ne sont pas nouveaux, on se souvient notamment de la fameuse série d'Alain Jaubert pour ARTE, Palettes. Qu'est-ce qui vous a motivé à lancer ce projet ?

[Erwan Bomstein-Erb] J'ai enseigné la philosophie dans des classes technologiques, et je me suis rendu compte que l'art était moins considéré que les sciences, qu'on le taxait systématiquement de snobisme. En même temps, je n'étais pas satisfait de ce qui se faisait à la télévision en matière de documentaires sur l'art, qui jouent souvent sur l'anecdote, et prêchent des convertis. Sur Internet, c'est différent , on peut consommer des contenus « à la demande », et toucher un public très large. Il y a derrière le projet une certaine notion de philanthropie (CED a un statut associatif), et on sait que 60% de ceux qui regardent les vidéos sont des enseignants, qui peuvent ainsi pratiquer auprès de leurs élèves la « classe inversée » : on regarde le webdoc à la maison et on en parle ensuite en classe. Le ministère de l'Éducation nationale, comme le ministère de la Culture, sont d'ailleurs nos partenaires.

Comment ont été conçus les dix épisodes de la série ?

On a soigné le scénario de chaque épisode, en s'inspirant de l'écriture scénaristique du cinéma – domaine dans lequel travaille Rémi Diaz, l'un des fondateurs de CED. Par exemple, pour La Nuit étoilée de Van Gogh, nous avons travaillé à partir du thème de la ville moderne, et établi, en collaboration avec Côme Fabre, conservateur du patrimoine, un véritable storytelling. Étant donné qu'on trouve déjà toutes les infos sur Internet, il est nécessaire que le commentaire soit le plus original et le plus riche possible, mais qu'il y ait aussi une part d'irrévérence (contrairement à ce que l'on lit dans les notices de musées).

Comment faire en sorte de créer un contenu original au sujet de tableaux ultra-connus ?

La première question que l'on se pose, c'est : quel est le vrai sujet du tableau ? Ce qui est rarement évident. Par exemple, La Liberté guidant le peuple de Delacroix est un emblème de la démocratie, mais il a été peint par un artiste plutôt réactionnaire. Le tableau de Bruegel représente des paysans, mais il est peint par un citadin, pour un citadin : il y a, de manières figurative et littérale, une supériorité de l'auteur par rapport à son sujet. Ainsi, il faut à chaque fois trouver un angle de discours qui couvre tout le champ de ce qui est visible. Ensuite on observe l'œuvre comme dans une enquête policière, à la recherche d'indices.

Google est votre partenaire, via le Google Art Project : comment est pensée la réalisation ?

Pour la réalisation, on travaille à partir des photographies d'œuvres en gigapixels disponibles sur Google Art Project. Là encore, le discours construit est nécessaire, et l'innovation seule, qui permet de pénétrer à l'intérieur des œuvres avec une infinie précision, ne suffit pas. On a déjà réalisé dix épisodes d'une dizaine de minutes, en dix mois – pour l'instant, Google a numérisé seize œuvres en très haute définition –, et par la suite, on va réaliser une série sur la vie moderne, et aborder l'art contemporain. Le prochain épisode, sur Les Moissonneurs de Bruegel, sort le 2 octobre [à voir dans la rubrique « Écoute Voir » du 8 juillet, ndlr]. Une campagne de dons a été lancée pour que L'Art en Question puisse continuer (on a besoin de 20 000 euros), mais avec nos 500 000 vues sur YouTube, on a plutôt bon espoir.

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

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