Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Zilvinas Kempinas, le temps comme un sentiment

Magali Lesauvage 31 juillet 2013

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Il est des œuvres dont le principe est d’une simplicité extrême, et qui pourtant continuent à fasciner longtemps après qu’on les ait vues (et revues). C’est le cas des sculptures d’un artiste lituanien de quarante-quatre ans, Zilvinas Kempinas, à voir cet été au musée Tinguely de Bâle dans l’exposition Slow Motion.

Zilvinas Kempinas, Parallels, 2007, bande magnétique, bois, fer, courtesy of the artist, galerie Yvon Lambert, Paris, Galerija Vartai, Vilnius. Vue d’installation au musée Tinguely, Bâle, 2013. Photo : Daniel Spehr.

La première fois que l’on rencontrait l’une des œuvres de Zilvinas Kempinas, c’était en 2006 à Paris, dans une exposition du Palais de Tokyo, Cinq milliards d’années. Elle s’intitulait Flying Tape, et consistait simplement en quelques ventilateurs placés au centre d’un white cube immaculé, au-dessus desquels flottait un cercle de bande magnétique, miraculeusement maintenu en l’air par le souffle des appareils. Plus récemment, on retrouvait son œuvre Beyond the fans dans Dynamo au Grand Palais, où dialoguaient cette fois-ci deux ventilateurs et une bande, dans un mouvement amoureux infini. Sept ans plus tard, la fascination était intacte.

On pourrait croire que l’accumulation de telles œuvres lasse, que le cinétisme à trop grande échelle amenuise l’effet de surprise et d’hypnose recherché – comme ce fut le cas dans l’importante rétrospective Julio Le Parc au Palais de Tokyo, ou dans Dynamo, dont la surcharge d’œuvres affaiblissait le propos général, et peu à peu la concentration du spectateur. Mais l’exposition du musée Tinguely de Bâle prouve le contraire.

Admirateur d’Alexander Calder, Zilvinas Kempinas dit aimer chez l’artiste américain « l’idée d’équilibre au cœur de son travail ». On pourrait ajouter celle de légèreté, tant les œuvres semblent souvent ne tenir à rien, dans une fragilité et une économie de moyens extrêmes, malgré leur monumentalité. Joindre à cela l’invention simple de « trucs », comme cette lune apparaissant au bout d’un cylindre posé contre un mur (Moon Sketch), et la perfection technique de ses réalisations, et le charme agit.

Zilvinas Kempinas, Kakashi, 2012, tiges de neige © vue d’installation dans le park du Musée Tinguely, Bâle, 2013. Photo : Daniel Spehr.

Kempinas vient du design et du théâtre, où il a appris à créer une ambiance avec trois bouts de ficelle, et à instaurer dans l’épure l’autonomie de l’espace. Sa ficelle à lui, c’est la bande magnétique, découverte dans sa jeunesse lituanienne, via le système des micro-fiches. L’artiste utilise la bande comme un « objet trouvé », mais aussi comme élément disparu d’un passé récent. Dans un entretien publié dans le catalogue de l’exposition bâloise, Kempinas explique : « C’est un matériau qui appartient à deux mondes différents : celui, abstrait, des idées, de la géométrie et des mathématiques – où la ligne est infinie et capable de léviter à mi-hauteur pour toujours –, et le monde physique, de ce qui s’use, le monde réel, où la bande est juste un produit de masse industriel et familier ». Ce sont aussi des images et des sons potentiels, une mémoire invisible mais bien présente.

Art de la ligne et art cinétique en même temps, le travail de Zilvinas Kempinas se rapproche de l’art minimal, dans lequel le spectateur a le rôle d’activateur. Héritier du mouvement, l’artiste cependant ne se réclame pas de sa neutralité : « Mes œuvres sont émouvantes, souvent visuellement dramaturgiques, et également divertissantes », affirme-t-il. « Elles évoquent le moment présent, l’expérience amplifiée du présent, un moment en quelque sorte étendu, ici et maintenant », ajoute-t-il.

Ce temps que l’on éprouve comme un sentiment lorsque l’on traverse Parallels, pièce tendue à demi-mur de bandes régulières, ou encore Time Line, long couloir bordant le Rhin, que l’on aperçoit au travers du rideau de lignes noires. À l’extérieur, un « kakashi » – ces épouvantails japonais déployant des rubans colorés aux reflets aveuglants – diffracte la lumière, et appelle à la méditation avec une délicatesse vibrante, quasi imperceptible. Immergé sous les lignes scintillantes, on y contemple le paysage alentour palpiter d’un souffle léger, jusqu’à oublier l’œuvre et à s’oublier soi-même.

ZILVINAS KEMPINAS

05/06/2013 > 22/09/2013

Museum Tinguely

BÂLE

Les œuvres de Zilvinas Kempinas, artiste lituanien vivant à New York, sont à la fois minimalistes et cinétiques. Avec les moyens les plu...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE