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Controverse autour d’un tableau de Jean Metzinger

Stéphanie Broisat 24 juillet 2013

Étrange affaire que celle de ce Metzinger qui sème le trouble dans le monde de l’art. En déclarant cette œuvre cubiste non authentique, Bozena Nikiel a déclenché une controverse peu banale. Retour sur les faits.

 Jean Metzinger, La Maison, collection privée, courtesy Aguttes.

A première vue, La Maison blanche est une œuvre qui correspondrait tout en point au travail de l’artiste Jean Metzinger (à voir actuellement dans l'exposition Gleizes-Metzinger du musée de Lodève). Ce tableau, fortement influencé par Cézanne, ne peut qu’être qu’une toile cubiste, selon son propriétaire Laurent Alexandre. Afin de corroborer ses dires et d’en tirer un bon prix, ce dernier décide en 2005 de faire appel à une spécialiste de l’artiste, Bozena Nikiel. Mais très vite, des détails indiscutables viennent étayer une théorie contraire. Des détails, comme un trait lourd et des formes déformées, qui, selon elle, ne correspondraient en rien à un peintre atteignant la quarantaine, «  en pleine possession de ses moyens » et féru de mathématiques.

Contrarié par cet avis venant mettre à mal ses objectifs financiers, le propriétaire décide alors de mettre l’affaire devant la justice, arguant qu’il tient cette toile de la collection de son grand-père, Léon Velluz, membre de l’Académie des sciences. Il obtient dès lors, devant le refus de Bozena Nikiel d’obtempérer, une expertise judiciaire confiée à Roberto Perazzone, qui, quant à lui, conclut à l’authenticité. Commence dès lors une joute entre la spécialiste et le généraliste, tout deux réputés intègres. Même si les faiblesses dénotées par Bozena Nikiel sont reconnues par Roberto Perazzone, elle n’en atteste pas pour autant que cet œuvre ait pu être réalisé par une autre personne que Metzinger : « Les artistes ont des bons et des mauvais jours. Les spécialistes ont toujours eu du mal à l’admettre ».

En 2011, sur la foi de l’expertise judiciaire, les juges décrètent l’œuvre authentique, et condamnent Bozena Nikiel à verser 21 000 euros à Laurent Alexandre (qui en demandait pour sa part 140 000) et à inscrire la peinture à son catalogue. Cependant, l’escalade n’en finit plus. Le 12 octobre 2012, la cour d’appel aggrave la sanction : 30 000 euros devront être ajoutés si cette dernière refuse de délivrer un certificat d’authenticité. Des sommes d’argent totalement démesurées, qui plus est pour un tableau jugé « médiocre » et au final, à l’attribution artistique floue. Invoquant une atteinte à la liberté d’opinion et d’expression, Bozena Nikiel a décidé de passer en cassation.

 

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