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Féminité et émotion brute à Avignon

Magali Lesauvage 22 juillet 2013

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À Avignon, l’exposition Les Papesses rend hommage à cinq grandes artistes que réunissent la pratique de la sculpture et le thème de la violence infligée au corps. Visite au Palais des Papes et à la Collection Lambert, pour une vision trash de la féminité.

Louise Bourgeois, Cell (Arch of Hysteria), 1992-1993, détail, Séville, Centre andalou d’art contemporain.

On compte, dans l’histoire, une papesse. Et encore usurpa-t-elle sa véritable identité. Et encore fut-elle lapidée. Et encore, tout ça n’est sans doute qu’une légende. Venue d’Allemagne vers 850, Jeanne suit son amant étudiant à travers l’Europe. À la mort de celui-ci, elle intègre la curie romaine, dissimulant son sexe. Savante et pieuse, elle est élue pape. Plus tard, elle accouche en public à Rome, lors de la Fête-Dieu – à cheval pendant une procession, selon certains, en pleine messe, selon d’autres. Jeanne est immédiatement lapidée par la même foule qui deux ans plus tôt la portait sur le trône pontifical. Depuis, la tradition veut qu’un ecclésiastique vérifie le sexe du pape au travers d’une chaise percée, avant de prononcer le « Duos habet et bene pendentes » (Il en a deux, et bien pendantes).

Cette histoire de douleur et de courage est à l’origine du titre de l’exposition Les Papesses, au Palais des Papes et à la Collection Lambert en Avignon. Une expo qui réunit cinq artistes femmes nées le long d’un siècle qui va de 1864 à 1964, de Camille Claudel à Berlinde De Bruyckere, en passant par Louise Bourgeois, Kiki Smith et Jana Sterbak. Des artistes dont le principal médium est la sculpture, et dont l’œuvre résonne d’un pathos certain, dans un lieu, résidence des papes au XIVe siècle, où les femmes n’étaient pas désirées.

Jana Sterbak, Corona (para Francisco de Quevedo), 2007, argent, courtesy galerie Toni Tàpies, Barcelone ; Camille Claudel, Paul Claudel en jeune Romain, 1884-1887, bronze, Avignon, musée Calvet.

Les Papesses serait donc une revanche sur le sort livré aux femmes d’excellence depuis la nuit des temps, filant le discours sur le statut de l’artiste femme comme usurpation d’identité : si Claudel, Bourgeois, De Bruyckere, Smith et Sterbak sont les « papesses » de l’art, cela signifierait qu’elles tiennent un rôle qui ne devrait pas être le leur, selon la loi, et qu’en tant que femmes, elles représenteraient la « part du diable » dans l’art.

Cette lecture de l’exposition peut sembler simpliste, mais force est de constater que la violence, qu’elle soit symbolique ou clairement visible, qu’elle soit contre la domination masculine, les conventions ou les terreurs intimes, est ce qui réunit l’œuvre de ces cinq artistes. Une violence qui se traduit principalement dans les corps : malmenés par les sculptrices Camille Claudel, Berlinde De Bruyckere et Louise Bourgeois, dématérialisés par Kiki Smith, dénoncés dans leur instrumentalisation par Jana Sterbak.

Vue de l’exposition Les Papesses au Palais des Papes, Avignon, 2013.

Scindée en deux lieux – le sévère palais gothique de la papauté, et le lumineux hôtel particulier XVIIIe de la Collection Lambert –, l’expo aligne un nombre impressionnant de chefs-d’œuvre mêlant les auteures – hormis Kiki Smith qui a demandé à être exposée à part, peut-être par crainte de la comparaison, ce qui a plutôt pour conséquence de desservir son travail, par trop anecdotique et « joli » par rapport à celui de ses consœurs.

La démonstration est magistrale. Dans la nef du Palais des Papes, l’araignée Maman de Louise Bourgeois côtoie les corps tronqués de Berlinde De Bruyckere, rampant désespérément à la verticale, vers la voûte. Les sphères de verre de Jana Sterbak apportent une note de légèreté face à la matière bleuie des membres de cire de l’artiste belge. Plus haut, l’accumulation de matelas (The Real Princess) de l’artiste tchèque, célèbre pour sa fameuse « robe de viande », dialogue avec le lit de pain installé dans une cellule (Bread Bed), pointant l’ambivalence du statut féminin de princesse/prisonnière. À l’extérieur, les mains enlacées de Louis Bourgeois répondent à l’émotion brute des bustes de bronze de Camille Claudel.

À la Collection Lambert, certaines juxtapositions sont tout aussi somptueuses, comme cette couronne de lauriers en argent de Jana Sterbak (Corona) flottant au-dessus du chef de Paul Claudel en costume romain, jeune dictateur au regard clair sculpté par sa sœur, ou l’Arch of Hysteria de Louise Bourgeois et la sculpture hybride Born de Kiki Smith, tout en tension et en étrangeté. En continu revient l’image d’un corps contraint, souffrant, d’une expressivité déchirante : une vision de la condition et de l’inspiration féminines loin des clichés aimables, et assez terrifiante.

LES PAPESSES

09/06/2013 > 11/11/2013

Collection Lambert

AVIGNON

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Exposition terminée
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