Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Mike Kelley, l’enfance mise à nu

Stéphanie Broisat 16 juillet 2013

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Artiste tourmenté, Mike Kelley fait partie de ces inclassables dont les œuvres énigmatiques fascinent. Le Centre Pompidou revient sur l’itinéraire de ce Californien d’adoption aux multiples visages, à la fois peintre, sculpteur, vidéaste et musicien. Un voyage unique aux confins de l’irrévérence et de « l’inquiétante étrangeté » de l’enfance.

Mike Kelley, Ahh… Youth!,1991, coll. MJS, Paris, courtesy Metro Pictures, New York and Mike Kelley Foundation for the Arts © Estate of Mike Kelley.

31 janvier 2012 : l’artiste Mike Kelley est retrouvé mort dans sa baignoire à South Pasadena, Californie, suite à un suicide au gaz et aux médicaments. Alors que les grands musées de Californie s’étaient réunis pour célébrer la folle histoire de la production de la côte ouest, l’Amérique perd une figure emblématique de cette scène artistique hors norme. Comme on le rappelait en apprenant sa mort, « Mike Kelley, c’était la culture pop versée dans l’art, la terreur du monde contemporain refoulée dans l’ironie, la douceur appliquée à l’anarchisme, le sabordage de la culture normative ».

Né en 1954 à Detroit d’une mère fervente catholique et d’un père au caractère violent, Mike Kelley connaît une enfance marquée du sceau du désenchantement, dans une Amérique d’après-guerre en crise. Un univers étouffant, qui poursuivra l’artiste tout au long de sa carrière, dispersant de-ci de-là une symbolique à la frontière du sale et du morbide, mélangée à la douce candeur enfantine. Sa voix s’élevant contre des institutions jugées trop fermées, il est tout naturel qu’à l’adolescence, l’artiste se lie au mouvement punk et se passionne pour la contre-culture. En 1978, il rejoint le California Institute of the Arts de Valencia et s’affirme désormais comme plasticien. L’épopée californienne peut alors commencer.

Tripes à l’air

Mike Kelley et Paul McCarthy, Heidi, 1992, vidéo, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne-Centre de création industrielle, Paris.

L’exposition organisée au Centre Pompidou revient sur une centaine d’œuvres réalisées de 1974 à 2011, s’articulant autour des temps forts de la production de Mike Kelley. Véritable monstre de culture à l’érudition exceptionnelle, il produit un travail tour à tour élitiste et populaire. Amoureux des mouvements artistiques dits minoritaires, Kelley s’attache à la réhabilitation de genres laissés à la marge pour offrir une nouvelle interprétation de l’histoire culturelle, et tout particulièrement musicale. Par ce biais, Kelly interroge la place de l’artiste et de son art, au travers de la musique punk comme son primal, qui trouve écho par exemple dans la représentation des entrailles d’un rat. Les tripes à l’air, la créativité est débridée et sans limites, infantile et pure. Il y oppose dès lors un monde d’adultes rangés, aux sentiments aseptisés et artificiels, où la valeur marchande est prépondérante et dénonce l’emprise des modèles, comme le suggère la série d’œuvres Extracurricular activities.

Mike Kelly pointe également du doigt la religieuse, devenue mère de tous les vices, dans  une scène de la Nativité où trône un Jésus à la figure noire, observé de loin par une Vierge perdue dans une forêt inquiétante, au regard apeuré. Des clichés d’enfants de chœur cohabitent avec des représentations du diable, tel un fantôme tapis dans l’ombre, tandis que des couvertures de romans érotiques trônent sur le mur.

L’enfance, puis l’adolescence, à la fois naïves et sexuées, sont aux prises avec un poltergeist, nom volontairement effrayant faisant référence aux esprits frappeurs de films d’horreur. Car dans la cosmologie de Mike Kelley, les énergies sont à l’œuvre : des esprits viennent s’emparer des êtres mais elles sont aussi influencées par la science-fiction, avec des personnages aux contours étranges, nourris par l’univers des comics. Dans l’exposition, ceux-ci se chargent de renouer avec la mémoire, comme dans la récente série Kandors (2008), inspirée par la ville mythique de Superman. Une manière pour l’artiste de boucler la boucle avant de disparaître.

MIKE KELLEY

02/05/2013 > 05/08/2013

Centre Pompidou

PARIS

Décédé prématurément en janvier 2012, l’artiste américain (né en 1954 à Detroit) a laissé derrière lui une oeuvre complexe, prot...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE