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Lorna Simpson : souvenirs de la mythologie afro-américaine

Stéphanie Broisat 15 juillet 2013

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L’imagerie de Lorna Simpson, visible au Jeu de Paume dans sa première rétrospective européenne, déconcerte l’œil, qui se perd dans une œuvre vertigineuse. Entre questions d’identité, de genre, de mémoire, et plus globalement de regard porté sur l’autre, l’artiste tente de répondre aux interrogations qui  la taraudent depuis plus de trente ans.

Lorna Simpson, Please remind me of who I am, 2009 (détail). 50 portraits Photomaton trouvés, 50 dessins à l’encre sur papier, collection Isabelle et Charles Berkovic © Lorna Simpson.

« L’unique chose qui attire les gens sur une photo est le visage et son expression, ce qu’ils nous disent de la personne représentée ; on cherche à voir ses émotions, à savoir qui elle est ; on se demande à quoi ou à qui elle ressemble ; on déchiffre, on mesure. Qui est représenté et quel est le vrai sujet de la photographie ? ». Figures de dos, aux corps noirs soigneusement figés dans la blancheur éclatante de leurs vêtements. Personnages impersonnels, anonymes, partiellement absents, entourés de mots énigmatiques. Dès notre entrée dans la salle du Jeu de Paume, Lorna Simpson brouille les pistes au travers de ses clichés atypiques.

Artiste afro-américaine née à Brooklyn dans les années 1960, Lorna Simpson s’intéresse très tôt au dessin et à la poésie. Elle fréquente les cours de danse et se passionne pour les livres. « Je pratiquais toutes ces activités : le dessin, la photographie, l’écriture, sans savoir, presque jusqu’à la fin de mes études, comment faire le lien entre elles », explique-t-elle. C’est après son intégration à la School of Visual Arts qu’elle s’initie à la photographie documentaire. « Ce type particulier de rapport au monde qu’on noue en se promenant et en utilisant son intuition pour déclencher l’obturateur. Puis en regardant les planches-contacts pour trouver la composition, une façon de juxtaposer le sens et le récit ».

Moment de grâce

Lorna Simpson, Waterbearer, 1986, courtesy l’artiste, Salon 94, New York et galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles © Lorna Simpson.

C’est ainsi que Lorna Simpson n’a cessé par la suite de bouleverser les codes dans son travail toujours plus recherché. La plupart de ses photographies, accompagnées de prose, réorientent complètement le regard du spectateur. Laissé seul maître face à des personnages complexes qui ne répondent à aucun stéréotype, l’objet interroge et déstabilise. Par ces images qu’elle crée, par les sons qu’elle choisit, par sa façon de mettre en regard des photographies anciennes et la réinterprétation qu’elle en donne, elle remet en question, nuance ou repense les présupposés sur la « vérité » photographique.

Car l’image est comme une page blanche sur laquelle la photographe pose son empreinte. Qu’est-ce qui va la rendre si particulière, si parlante à nos yeux ? Que représentera-t-elle : le présent ou le passé ? Qu’est-ce qui la rendra tel qu’elle est ? Les photomatons chinés sur eBay depuis les années 2000, comme des moments arrachés à l’histoire, se font le témoin de la construction d’une identité. Au travers d’ancêtres anonymes, Please remind me who I am (Merci de me rappeler qui je suis) s’imprègne de thématiques telles que l’esclavage, la féminité et la violence, se faisant dès lors l’étendard d’une époque où le souvenir est prépondérant. « Elle le vit disparaître près de la rivière. Ils lui demandèrent de raconter ce qui s’était passé. Mais ce fut seulement pour faire fi de sa mémoire », peut-on lire sous la photographie Waterbearer. Des constellations oubliées qui tentent de briller par leurs histoires personnelles passées et d’y trouver un écho dans le présent, pour les générations futures. La mythologie noire américaine est mise en lumière, dans un subtil moment de grâce.

 

LORNA SIMPSON

28/05/2013 > 01/09/2013

Jeu de Paume

PARIS

À l’occasion de cette première rétrospective en Europe, le Jeu de Paume présente trente années du travail de Lorna Simpson. Chez cett...

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