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L’expo-piège : Markus Schinwald au CAPC de Bordeaux

Magali Lesauvage 15 juillet 2013

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Le CAPC – musée d’art contemporain de Bordeaux fête ses quarante ans de manière grinçante. Perturbante, semée de pièges, l’exposition de Markus Schinwald met le spectateur mal à l’aise, malmène les corps dans l’architecture, bouleverse les repères. Visite sous la contrainte d’une expo-expérience pour visiteur-cobaye.

Vue de l’exposition de Markus Schinwald au CAPC de Bordeaux, 2013 © F. Deval, mairie de Bordeaux.

On pénètre dans les expositions de l’artiste autrichien Markus Schinwald comme le ferait un cobaye dans un vivarium : sur ses gardes, en tension constante, surveillant ses arrières. Investissant l’immense et majestueuse nef du CAPC – musée d’art contemporain de Bordeaux, l’artiste reproduit grandeur nature la maquette que l’on a pu voir cet automne au Palais de Tokyo, grande boîte vitrée dans laquelle se baladait un énigmatique iguane bleu. Divisé par de grands barres métalliques qui soutiennent des cimaises placées à plusieurs mètres de hauteur, le vaste espace n’offre pas de sens de circulation précis, incite à l’errance plutôt qu’au cheminement logique – contrairement à ce que l’on avait pu expérimenter au pavillon autrichien de la Biennale de Venise en 2011, dans lequel Markus Schinwald imposait une sorte de gymkhana au visiteur, obligé de lever le nez, plier les genoux ou se hausser sur ses pieds pour observer les œuvres disséminées dans d’étroits couloirs.

Chez Markus Schinwald, le corps du spectateur est réduit à son statut de bipède primitif, son regard à un œil reptilien scrutant l’espace à la recherche d’un objet à ingérer. Metteur en scène autant que plasticien, l’artiste dessine un théâtre mécanique dans lequel des marionnettes d’enfants se cachent derrière un rideau de scène pour jouer un mauvais tour (en l’occurrence produire des bruits de bottes anxiogènes). Il réalise une exposition de peintures placées trop haut pour que l’on puisse les voir convenablement, et dispose des corps haut perchés qui nous confisquent le rôle de regardeurs. Nous voilà pris au piège de l’architecture, comme cet individu que l’on voit dans une somptueuse vidéo chorégraphiée, Orient #7,  le pied coincé dans l’anfractuosité d’un mur.

Markus Schinwald, Orient #7, vidéo, 2007.

Univers concentrationnaire pour corps mécanique

Les rares peintures visibles à qui s’impose la contrainte de se tordre le cou, montrent des portraits de style Biedermeier (période du XIXe siècle germanique caractérisée par son conservatisme bourgeois), auxquels Markus Schinwald a fait ajouter des prothèses grotesques, des voiles aveuglant ou des excroissances monstrueuses, faisant ainsi ressortir des défauts effacés par une époque trop normative. Au sol, esseulées, des sculptures en céramique sans forme, de taille vaguement humaine, représentent des corps en négatif, fantomatiques.

Œuvre d’art total, l’exposition de Markus Schinwald est une objectivation du corps contraint, de l’asservissement à la norme et aux espaces imposés. Une sorte d’univers concentrationnaire pour corps mécanique, où l’on se sent plus observé qu’observateur, mais où, paradoxalement, la liberté – de voir, de circuler, de sentir – naît de la contrainte même. S’échappant vers les coursives qui surplombent la nef, on retrouve son rôle d’observateur pour contempler les lignes tracées dans l’espace – mouvement que l’on comprend a posteriori comme un calcul de l’artiste imposé aux marionnettes que nous sommes.

MARKUS SCHINWALD

15/05/2013 > 15/09/2013

CAPC – musée d’art contemporain de Bordeaux

BORDEAUX

Le CAPC a proposé à Markus Schinwald de concevoir un projet pour la nef, renouant ainsi avec la tradition des visions spécifiques qui ont...

Exposition terminée
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