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« 1 Picasso pour 100 euros » : un pari tentant pour une bonne action

Magali Lesauvage 26 juin 2013

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Alors qu’on fête cette année le quarantième anniversaire de la mort de Pablo Picasso, et que le musée parisien qui porte son nom prépare sa réouverture pour la fin de l’année, un projet caritatif propose de faire gagner l’un de ses dessins, estimé à un million d’euros. Au prix d’un ticket à 100 euros, l’argent récolté profitera à un projet social et culturel au Liban. Entretien avec la productrice de télévision Péri Cochin, à l’origine du projet, et Olivier Picasso, petit-fils de l’artiste.

Pablo Picasso, L’Homme au gibus, dessin à la gouache et à l’encre sur papier, 30,5 x 24 cm, 1914 © Succession Picasso, Paris 2013.

[exponaute] Comment est né ce projet ?

[Péri Cochin] J’aide depuis longtemps l’Association Internationale pour la Sauvegarde de Tyr (AIST) fondée par ma mère. On a cherché un moyen de lever de l’argent pour une cause caritative, de manière originale et en attirant un maximum de personnes à l’étranger. On a alors pensé à associer l’art à l’opération, et dans ce champ-là, qui trouver de mieux que Picasso ? J’ai donc contacté Olivier Picasso, que je connais depuis longtemps, et il a trouvé que l’idée était bonne.

[Olivier Picasso] En effet, j’ai trouvé que l’idée est originale, quel que soit l’artiste choisi. Il fallait motiver les participants, avec une idée un peu atypique. Avec tous les records que bat mon grand-père – que ce soit dans la fréquentation des expositions, les ventes aux enchères, de corpus scientifique autour de son œuvre –, tout le monde rêve d’avoir un Picasso. Et un Picasso pour 100 euros, c’est tentant.

Aujourd’hui, où est cette œuvre et à qui appartient-elle ?

[PC] Ce Picasso a été acheté par l’association grâce à un prêt auprès d’une banque, soutenu par un mécène anonyme. Ensuite il a fallu faire de nombreuses démarches administratives auprès de la Française des Jeux, qui a un monopole en France sur les loteries. Nous avons obtenu, au bout de deux ans de démarches, un arrêté préfectoral, et des autorisations des ministères de l’Intérieur, des Finances, de la Culture et des Affaires étrangères (puisque l’UNESCO est liée à l’opération). Il a fallu aussi obtenir l’autorisation de Picasso Administration, qui gère tout ce qui touche au nom de l’artiste, à son œuvre et à son image, notamment pour l’utilisation du slogan « 1 Picasso pour 100 euros ». Par ailleurs, l’œuvre bénéficie de deux certificats d’authenticité, l’un signé par Claude Picasso [fils de l’artiste, et administrateur de Picasso administration, ndlr], l’autre par Maya Picasso [fille de l’artiste et mère d’Olivier Picasso, ndlr], qui seront remis au gagnant. Pour rassurer les participants, il faut préciser aussi que l’argent récolté (un tiers des billets a déjà été vendu) est récupéré par le ministère des Finances, et supervisera le retour de l’argent sur le compte de l’association pour les deux projets qui vont être réalisés. Le site est sécurisé, le tirage au sort se fera chez Sotheby’s, avec un huissier de justice, et sera retransmis en direct sur Internet, le 18 décembre.

D’où vient-elle et quelle est cette œuvre ?

[OP] Péri a beaucoup cherché ! Son choix m’a surpris car il fallait que cela soit une œuvre assez exceptionnelle, d’une certaine importance historique, et d’un réel intérêt esthétique.

[PC] Je voulais une œuvre signée, pour que le gagnant se dise : « J’ai vraiment un Picasso », qu’elle soit en couleurs, car c’est plus séduisant, et une œuvre de qualité qui soit dans nos moyens. Elle a été achetée à une galerie, et appartenait avant cela à la succession de Bernard Picasso [fils de l’artiste, ndlr]. Elle n’a donc pas circulé et vient directement de la famille, ce qui lui donne une plus grande valeur encore. L’œuvre est estimée un million d’euros, et le vendeur a été assez sensible à notre projet pour nous la vendre un peu moins que cela.

[OP] L’Homme au gibus est une œuvre de la deuxième période cubiste de Picasso, le cubisme synthétique, pour lequel il utilise des matériaux divers, et abandonne la perspective par l’utilisation des couleurs. Elle est datée de 1914, et préfigure le costume du businessman qu’il dessine pour le Parade de Jean Cocteau l’année suivante. C’est une œuvre que mon grand-père avait souhaité conserver toute sa vie, et à laquelle il tenait sans doute particulièrement.

Vous proposez l’acquisition de 50 000 billets à 100 euros, dans le but de récolter la somme de 5 millions d’euros. Quels sont les projets que vous souhaitez soutenir avec cet argent ?

[PC] Le premier est un projet social de village artisanal dans lequel seront employés des femmes, des jeunes et des handicapés, afin de leur donner une certaine autonomie. L’idée est de faire revivre les techniques anciennes de Tyr, ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO – verre soufflé, terres cuites, couleur pourpre issue du murex, etc. Le second projet se fait en collaboration avec la mairie de Beyrouth, pour la création d’un Institut de recherche et d’histoire sur toutes les villes de la Méditerranée que les Phéniciens de Tyr ont fondées. Cet Institut fera du e-learning, sur Internet, grâce à des enseignants du monde entier.

L’œuvre risque d’être revendue aussitôt qu’elle aura été gagnée !

[PC] Peut-être, mais c’est grisant d’avoir une telle œuvre chez soi, pas seulement en pensant à la salle de ventes ! Tout dépend du profil du gagnant, que ce soit un amateur d’art, un joueur… Sachant qu’il y a beaucoup de chances de gagner (une sur 50 000), et que le nombre de billets acheté n’est pas limité : certains ont acheté dix billets. Et même si on perd, on sait qu’on a fait une bonne action.

Le site de l’opération : www.1picasso100euros.com.

 Propos recueillis par Magali Lesauvage.

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