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L’historien de l’art Werner Spies est-il coupable d’avoir authentifié un faux Max Ernst ?

Maxence Quillon 24 juin 2013

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L’historien de l’art Werner Spies a été condamné le 24 mai dernier par le Tribunal de grande instance de Nanterre pour avoir authentifié une fausse toile de Max Ernst, intitulée Tremblement de terre, et datée de 1925. Retour sur cette ténébreuse affaire.

L’historien de l’art Werner Spies © DR.

Werner Spies, 76 ans, est un spécialiste notable de l’œuvre de Max Ernst, qui a notamment dirigé le musée national d’Art moderne, au Centre Pompidou, de 1997 à 2000. À la suite d’une plainte déposée par la société Monte Carlo Art SA, il a été condamné, avec le galeriste français Jacques de la Béraudière, à payer au plaignant « une somme de 652 833 euros, auxquels viennent s’ajouter les dépens », rapportait la Quotidien de l’art dans son édition du 27 mai.

En 2004, l’historien de l’art allemand avait annoncé qu’il inclurait Tremblement de terre dans son catalogue raisonné de Max Ernst, après avoir analysé le style de l’œuvre à partir d’une simple photographie : cet avis avait permis à Jacques de la Béraudière de vendre la toile, qu’il possédait alors, à la société Monte Carlo Art SAMais le tableau est en réalité l’œuvre d’un faussaire allemand, Wolfgang Beltracchi, condamné en octobre 2011 à six ans de prison, après avoir reconnu être l’auteur de quatorze faux tableaux. Lorsque le pot aux roses fut découvert, la société Monte Carlo Art SA a attaqué en justice le négociant et l’historien d’art. Elle avait entre temps revendu le tableau et touché une somme qu’il lui avait fallu rendre lorsque le faux fut avéré.

Werner Spies a eu beau se défendre en disant qu’il n’avait jamais émis de certificat d’authenticité, rien n’y fit. L’historien confiait au Monde, en juillet 2011, qu’il n’est pas « un expert au sens juridique du terme », mais un simple historien d’art qui s’est contenté d’écrire que Tremblement de terre figurerait à son catalogue raisonné – « ce qui n’est qu’une référence à ma propre publication », ajoutait-il.

Mais, Le Journal des arts précise que, pour le tribunal, le document rédigé par Werner Spies « conduisait nécessairement n’importe quelle galerie d’art et société spécialisée dans la vente d’œuvres d’art à considérer cette authentification comme certaine et convaincante », influençant alors « M. de la Béraudière dans son appréciation de l’auteur litigieux ». Seulement, même dupé, M. de la Béraudière se devait, « en sa qualité d’expert, d’effectuer des recherches personnelles avant de certifier à son tour l’authenticité de l’œuvre ».

Du coup, la justice française les a tous deux condamnés in solidum et chacun doit payer la moitié de la somme réclamée par Monte Carlo Art SA. Alors que la Fondation Beyeler ouvre l’exposition Max Ernst, conçue par Werner Spies, le fait qu’un expert puisse être condamné pour avoir donné une opinion scientifique personnelle fait débat outre-Rhin : « La conception dominante ici est que l’expert n’est pas responsable mais simplement exprime une opinion scientifique au mieux de ses connaissances sur l’authenticité d’une œuvre », précise l’avocat Winfried Bullinger dans Le Journal des Arts.

Biographie d’un faux

Toile probablement de la main de Wolfgang Beltracchi, vendue chez Sotheby’s en 2009 comme une œuvre de Max Ernst, titrée Tremblement de terre et datée de 1925.

Une généalogie sommaire des ventes de Tremblement de terre et des griefs qui l’entourent semble nécessaire pour saisir l’étrange destin de cette toile.

C’est en 2004 que le négociant d’art et galeriste Jacques de la Béraudière a acheté l’œuvre après qu’elle eut été authentifiée ». La toile fut revendue, la même année, par sociétés interposées, au spéculateur et collectionneur néerlandais Louis Reijtenbagh : la société Lontel Trading SA, domiciliée à Panama, a facturé l’œuvre 900 000 dollars à la société Minneba Ltd Corp, immatriculée aux Îles Vierges britanniques.

Pour plus de clarté, précisons que celle-ci est renommée Monte Carlo Art SA en 2005, et que son unique associé n’est autre que Louis Reijtenbagh. Mais notre collectionneur néerlandais, criblé de dettes, décide de vendre une partie de sa collection chez Sotheby’s à New York : Tremblement de terre est cédé en novembre 2009 pour 1,1 millions de dollars et la société Monte Carlo Art SA, après déduction des frais, empoche la somme de 969 000 dollars.

C’est alors que les problèmes commencent puisque Sotheby’s commandite une expertise scientifique qui finit par contredire l’idée admise que la toile ait pu être réalisée en 1925. Sotheby’s décide d’annuler la vente de Tremblement de terre. La société Monte Carlo Art SA est alors contrainte de rembourser la somme qu’elle a touchée – soit 653 000 euros – et riposte en attaquant en justice Jacques de la Béraudière et Werner Spies, pour avoir vendu ou authentifié un tableau de faussaire.

Le Tribunal de grande instance de Nanterre a donc tranché. Jacques de la Beraudière a fait appel du jugement qui pourrait faire jurisprudence. Quant à Werner Spies et à son avocat, ils ne se sont toujours pas prononcés.

 

MAX ERNST

26/05/2013 > 08/09/2013

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