Votre action a été enregistrée avec succès !

Publiez une expo

Magazine » Voir + loin

expo_cercle_2 GARRY WINOGRAND

14/10/2014 > 08/02/2015

Jeu de Paume - PARIS
expo_cercle_3 PARIS MAGNUM

12/12/2014 > 28/03/2015

Hôtel de Ville de Paris - PARIS
expo_cercle_4 7 ANS DE RÉFLEXION

18/11/2014 > 22/02/2015

Musée d'Orsay - PARIS
expo_cercle_5 FRANK GEHRY

24/10/2014 > 16/03/2015

Fondation Louis Vuitton - PARIS

Guy Debord, l’art comme champ de bataille

Magali Lesauvage 17 juin 2013

L'exposition de la Bibliothèque nationale de France consacrée au chef de file des situationnistes (à voir jusqu'au 13 juillet) est sous-titrée « Un art de la guerre ». Une expression que l'on peut inverser pour évoquer les stratégies artistiques de Guy Debord, mises au service de la révolution à venir. L'art debordien, c'est quoi ?

Image extraite du film In girum imus nocte et consumimur igni de Guy Debord, 1978.

On n'est pas à une contradiction près quand il s'agit d'évoquer la pensée et l'œuvre de Guy Debord. À ceux qui s'offusquent de voir la BnF consacrer une exposition à l'ennemi de la « société du spectacle », on rappellera que celui-ci en organisa lui-même, et utilisa avec brio toute forme de propagande disponible pour faire entendre sa bonne parole. Car, Guy Debord finit par l'admettre, le spectacle – c'est-à-dire l'artifice, l'illusion, les faux-semblants – est partout. Lutter contre la représentation comme fin ultime de nos pensées et de nos actes, telle fut la mission impossible que s'imposèrent Guy Debord et les situationnistes, qui déclaraient avec panache : « Il faut se lancer dans tout aventure intellectuelle susceptible de repassionner la vie ».

Dès lors, comment concevoir un « art situationniste » ? « Nous avons beaucoup d'orgueil, mais pas celui d'être Rembrandt dans les musées », affirme Guy Debord. L'activité artistique est pourtant mise au service de la révolution annoncée. Elle devient alors elle-même une esthétique, reproduisant le schéma dadaïste : détruire l'art revient à en créer un autre. Ainsi, en 1963, Guy Debord peint des slogans sur des toiles (Les Directives), les expose et les vend (elles furent présentées l'an passé au Palais de Tokyo dans l'expo Les Dérives de l'imaginaire), tandis que les couvertures de la revue de l'Internationale Situationniste arborent une belle couleur métallisée, un intérieur en papier glacé, et un graphisme dont la rigueur formelle s'inspire du Bauhaus, des lettristes et de Max Bill.

Infiltrer l'espace public

En 1952, Debord écrit : « Je n'aime pas beaucoup les arts – même comme sensations esthétiques – mais je crois que ces domaines de l'intelligence sont ceux où quelques pauvres types subversifs et isolés ont des pouvoirs et tirent plus à conséquence que par exemple dans le crime ou la politique ». L'art sera son champ de bataille. Les œuvres, dit celui qu'on sait fasciné par la guerre, sont des modes d'infiltration de l'espace public. La subversion, l'appel à la révolte et la dérive en sont les armes.

Cette dernière notion de dérive, que l'on retrouve plus tard dans les performances ambulatoires de Bas Jan Ader, Francis Alÿs ou Hamish Fulton, participe d'une forme de reconquête de l'espace, contre les habitudes et la rentabilité des déplacements. L'idée de l'« œuvre en marche » rejoint celle de la construction de « situations sans avenir » : « La beauté nouvelle sera DE SITUATION, c'est-à-dire provisoire et vécue », déclare Debord. Le situationnisme, c'est l'« union du jeu et de la philosophie ». Et de la vie, pourrait-on ajouter, pour placer Debord et consorts dans le même sillage que le mouvement Fluxus qui lui est contemporain, et célèbre l'union de l'art et de la vie. Au divertissement spectaculaire, Debord oppose le jeu situationniste.

Guy Debord, Guide psychogéographique de Paris. Discours sur les passions de l'amour, 1957, Paris, BnF, Manuscrits, fonds Guy Debord.

Le grand détournement

Concrètement, quel forme cela prend-il ? En 1952, âgé de tout juste 20 ans, Guy Debord réalise une œuvre d'avant-garde : inspiré du cinéma « discrépant » d'Isidore Isou, où son et image sont désynchronisés, le long-métrage Hurlements en faveur de Sade ne comporte pas d'images. En 1978, dans In girum imus nocte et consumimur igni, il exhibe la vérité des images, reproduisant la technique du collage, déjà employée au début des années 1960 à partir de photos érotiques du magazine Lui, transformées en tracts politiques. C'est la stratégie du « grand détournement », qui met en exergue l'obscénité des représentations et des discours. Pour Debord, la beauté doit se dissoudre dans le décor général de la vie contemporaine. Aussi s'intéresse-t-il à l'architecture et à l'urbanisme : « Je ne vois guère que ces deux ports à la tombée du jour peints par Claude Lorrain, qui sont au Louvre, et qui présentent la frontière même de deux ambiances urbaines les plus diverses qui soient, pour rivaliser en beauté avec les plans du métro affichés dans Paris ».

Mais l'œuvre essentielle de Guy Debord, ce sont ces fiches, exposées magistralement à la BnF, qui objectivent la pensée de l'intellectuel : série de notations lapidaires et d'extraits de textes qui forment une géographie de sa recherche, multiple, contradictoire, radicale. Ce trésor aujourd'hui conservé par l'État français, et qu'il était indispensable de présenter au public, est, comme matière pure et brute, l'œuvre anti-spectaculaire par excellence.

GUY DEBORD

27/03/2013 > 13/07/2013

BnF - Bibliothèque nationale de France – site François-Mitterrand

PARIS

A la fois poète, artiste, penseur révolutionnaire, directeur de revue et cinéaste, Guy Debord (1931-1994) a livré, avec ses archives, n...

exposition terminée
PRESSE
MEMBRES
AJOUTER UN COMMENTAIRE