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À Marseille, le MuCEM donne vie au musée

Magali Lesauvage 13 juin 2013

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À l’occasion de Marseille-Provence 2013, la capitale de la région PACA a inauguré début juin le MuCEM, joyau architectural posé entre ciel et mer, à l’orée du Vieux Port et face à la cathédrale la Major. Visite de ce musée des civilisations, lieu désormais indispensable du paysage culturel français.

Vue de la cathédrale la Major depuis le MuCEM, Marseille.

Cela aura pris une douzaine d’années, coûté 167 millions d’euros, entraîné la fermeture d’un musée national – le Musée des Arts et Traditions Populaires (ATP), en 2005. Mais il est là, le bâtiment signé Rudy Ricciotti, déployant sa résille anthracite en contrebas du Fort Saint-Jean, face à la mer, à proximité de la futuriste Villa Méditerranée.

Parallélépipède sombre qui impose sa massivité cubique dans la lumière blanche de Marseille, le MuCEM évoque une Kaaba, sorte de boîte noire aux contours abstraits, comme une promesse de trésors. La résille de Ductal® (du béton fibré) qui enveloppe deux ailes du musée tel un filet de pêcheur, laisse filtrer la lumière à l’intérieur, strié de rais changeants. La surface trouée prolonge le miroitement des vagues, tandis que sur le toit, visible depuis une terrasse menant par une passerelle vers le Fort Saint-Jean, ce réseau solide évoque un désert de sel craquelé. À l’intérieur, les espaces sont simples, fonctionnels, quoique assez sombres : de grands plateaux sont desservis par des escaliers intérieurs et une coursive (en accès libre) longe les parois du bâtiment pour monter aux étages, sur lesquels elle livre une vue plongeante.

Harnais, vue de la Galerie de la Méditerranée au MuCEM.

Objets et storytelling

Le MuCEM est le musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée. Le ministère de la Culture (à l’époque, en 2000, occupé par Catherine Tasca) a choisi un recentrage vers le sud pour le plus grand musée d’ethnologie de France, qui n’expose qu’une infime partie des collections des ATP (environ 250 000 objets) et de celles du musée de l’Homme (lui-même fermé pour rénovation, et dont la réouverture est prévue pour 2015). Un choix qui explique l’implantation du MuCEM à Marseille, mais laisse de côté, en grande partie, les autres traditions de France – bretonne, alsacienne, picarde, etc.

Qu’y trouve-t-on pour le moment ? La grande exposition thématique située dans la Galerie de la Méditerranée fournit sur 1600 m² une vision synthétique, mais assez fouillis, de la civilisation méditerranéenne à travers de grands sujets (agriculture, religions, démocratie…), illustrés par des objets emblématiques, d’un moulin à eau à un pan du mur de Berlin. Un ensemble à découvrir de préférence avec un guide, chaque élément permettant de déployer une infinité de fils narratifs et historiques.

À l’étage, deux expositions : Au Bazar du genre. Féminin – Masculin en Méditerranée, qui mêle art populaire et art contemporain pour présenter avec beaucoup d’audace, en ces temps d’intolérance, les problématiques liées au genre et à l’identité sexuelle, et la plus classique Le Noir et le Bleu. Un rêve méditerranéen, qui montre les lumières et les ombres de la Méditerranée comme utopie. Au Fort Saint-Jean, Le Temps des loisirs est une expo semi-permanente (3 à 5 ans), qui mêle les thèmes, centraux dans la recherche ethnographique, du jeu, du spectacle et des rites de passage.

Vue du MuCEM depuis la passerelle qui mène au Fort Saint-Jean.

Un musée d’ethnologie, comme l’a bien compris le directeur scientifique du musée, Zeev Gourarier, c’est avant tout une merveilleuse ressource à storytelling. Un métier à tisser permet d’évoquer aussi bien l’histoire industrielle que la condition féminine ou les routes de commerce. Une lanterne magique est prétexte à parler de cinéma, de l’histoire des images, de l’enfance, des contes, etc.

Le MuCEM accomplit ainsi un retour à une certaine sacralisation de l’objet : chaque élément du réel, que ce soit une cuillère en bois ou un tableau de maître, contient en lui-même des « savoirs structurants », agissant les uns par rapport aux autres de manière dynamique. Il nous rappelle que chaque objet a une histoire, et a par conséquent toute légitimité à être montré dans un musée, où il peut être « habillé » de divers discours possibles. La « muséification » ne signifie plus alors la mort des objets, mais leur retour à la vie.

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