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Navid Nuur, juste une idée entre le scotch et le mur

Magali Lesauvage 12 juin 2013

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Le jeune artiste néerlandais Navid Nuur expose en deux lieux du Centre Pompidou – au sud aux côtés de trois autres artistes, au nord dans la Galerie des Enfants. L’occasion de découvrir un travail basé sur la participation du public et le droit à l’imagination pour chacun.

Navid Nuur, Just another day at the office :), 2013, détail de l’installation dans l’exposition Ta-Da ! au Centre Pompidou.

De quand date une œuvre ? Du moment où elle est conçue ou du jour de sa réalisation finale ? Selon Léonard de Vinci, la peinture est cosa mentale : une chose de l’esprit. Tout œuvre préexisterait donc dans le cerveau de l’artiste à son avènement au monde. On retrouve cette vision platonicienne d’une sphère des idées précédant la réalisation effective dans l’art conceptuel du XXe siècle. Duchamp, par le ready-made, établit que tout objet « choisi » par l’artiste accède de fait au statut d’œuvre. Les représentants de l’art minimal vont plus loin en affirmant que la réalisation est secondaire : selon l’artiste américain Lawrence Weiner, « une œuvre d’art conceptuel peut être 1/ réalisée par l’artiste ; 2/ réalisée par un autre ; 3/ pas réalisée du tout ».

De l’image mentale à l’image virtuelle, il n’y aurait qu’un pas sémantique, mais il est de taille. Car si les images n’ont jamais été aussi présentes dans notre quotidien, démultipliées et démultipliables – voir la vogue d’Instagram et du réflexe à photographier chaque micro-événement du quotidien – elles ne sont pas pour autant plus « réelles » qu’auparavant. À charge pour les artistes, donc, de continuer à alimenter le monde d’images neuves et de situations inédites.

Navid Nuur, I am just an idea between the wall and the tape, 2013, œuvre produite pour l’exposition L’Image dans la sculpture au Centre Pompidou.

Interimodule et interrelation

Navid Nuur fait partie de ces jeunes artistes – il est né à Téhéran en 1976 – dont le travail est assimilé à de la sculpture. Même s’il lui préfère le terme d’« interimodule », ou module intérim, dans l’idée que l’œuvre est un work in progress, non-fini par essence, rejoignant là les préoccupations de l’art conceptuel. L’exposition est, elle, conçue par l’artiste comme une « interrelation » : « une relation avec son propre corps, élément essentiel de sa création, avec l’œuvre elle-même, le spectateur, voire l’espace public », explique Christine Macel, co-commissaire avec Navid Nuur de l’exposition L’Image dans la sculpture au Centre Pompidou. Celle-ci réunit dans l’Espace 315, transformé en une sorte d’appartement-témoin avec sièges, paravents et étagères, les œuvres récentes de Navid Nuur et de trois autres artistes de sa génération nés autour de 1980 – la Danoise Nina Beier, le Néo-Zélandais Simon Denny et le Grec Yorgos Sapountzis. En commun, l’interdisciplinarité et la déhiérarchisation des médiums. Mais la légèreté et l’humour sont propres à Nuur.

Né en Iran et élevé aux Pays-Bas, Navid Nuur vient de la culture skate et graff. De ces pratiques performatives in situ, l’artiste a gardé l’habitude d’agir directement sur son environnement, d’être autant dans l’action que dans le faire, et de laisser littéralement son atelier déborder dans le cadre de l’exposition. Les grands blocs de mousse verte (celle que l’on utilise pour le jardinage) qu’il déploie dans l’Espace 315 portent les marques répétées de ses doigts, tandis qu’une phrase est écrite sur un scotch collé au mur – « I am just an idea between the tape and the wall ». L’œuvre est toujours mouvante et indéfinie, éphémère, insaisissable. Ainsi en 2011, pendant l’édition de la FIAC, l’artiste présentait dans le Jardin des Tuileries une sculpture monumentale : un rocher dans lequel était inséré un puissant aimant, sur lequel fut répandue de la limaille de fer, formant une sorte de fleur métallique à sa surface, soumise aux aléas climatiques.

Navid Nuur, Untitled, 1988-2012.

Au Centre Pompidou, Navid Nuur investit également la Galerie des Enfants pour une « proposition interactive », Ta-Da !, qui invite les plus jeunes à explorer le « potentiel créatif » de leur environnement. Des pots de nouilles prennent la forme de la Colonne sans fin de Brancusi, une grande caisse trouée permet de sculpter collectivement « à l’aveugle », un dispositif invite à imiter des œuvres célèbres et à les poster sur le site boredatthemuseum.com.

Tout cela semblerait assez anecdotique si la démarche participative de Navid Nuur n’était pas au cœur de son travail – et de celui d’une partie de sa génération. Si la notion d’« esthétique relationnelle » théorisée par Nicolas Bourriaud à la fin des années 1990 (à propos notamment des œuvres de Rirkrit Tiravanija ou Pierre Huyghe) apparaît aujourd’hui assez dépassée, l’intention de faire participer le public semble faire un retour chez les artistes actuels. Pour Navid Nuur, il peut s’agir de proposer au visiteur de déchirer des pages de magazines (d’art, évidemment), de les rouler et d’en faire des fléchettes pour sarbacane. L’intérêt réside moins dans les œuvres de Navid Nuur elles-mêmes que dans le processus qui y mène, la liberté qu’elles impliquent, l’invention qu’elles convoquent. Cosa mentale.

TA-DA!

27/04/2013 > 23/09/2013

Centre Pompidou

PARIS

À l’invitation du Centre Pompidou, Navid Nuur prend possession de la Galerie des enfants pour en faire son nouveau terrain d’expérimen...

Exposition terminée
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