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Ai Weiwei, artiste prisonnier à Venise

Maxence Quillon 3 juin 2013

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L’œuvre que l’artiste chinois Ai Weiwei (dont on a pu voir l’an passé une exposition contestable au Jeu de Paume) présente lors de la 55e édition de la Biennale de Venise ne manque pas d’interpeller : intitulée S.A.C.R.E.D., elle met sous les yeux des visiteurs les conditions de détention que l’artiste eut à subir, en Chine, au printemps 2011.

Une scène de S.A.C.R.E.D. de Ai Weiwei © DR.

L’art, parfois, peut exprimer une expérience difficilement communicable autrement. Depuis le 28 mai, Ai Weiwei montre dans l’église Sant’Antonin de Venise l’exposition S.A.C.R.E.D. (Supper, Accusers, Cleansing, Ritual, Entropy, Doubt) où il donne à voir sa réclusion.

L’édifice accueille dans sa nef six boîtes métalliques rouillées, de 2,5 tonnes chacune : elles renferment six tableaux troublants de la vie quotidienne de l’artiste, emprisonné dans les geôles chinoises pendant 81 jours. On y voit Ai Weiwei assis à table, debout dans sa cellule, aux toilettes et sous la douche, couché dans son lit ou soumis à un interrogatoire. Le plus inquiétant étant les deux gardiens chinois en uniforme qui jamais ne le lâchent d’une semelle dans tous les actes de sa vie (voir le diaporama publié par Le Monde).

Le visiteur double ainsi le regard des gardiens au sein d’un œuvre qui révèle ce qui devait rester caché. Faute de passeport, Ai Weiwei n’a pu se rendre à Venise et son œuvre est arrivée discrètement en Europe. L’artiste dissident, critique envers le régime chinois, avait été accusé d’évasion fiscale : arrêté le 3 avril 2011, il fut mis au secret dans un lieu qui reste inconnu. Il vit encore aujourd’hui sous surveillance et son incarcération avait suscité l’indignation à travers le monde.

L’exposition S.A.C.R.E.D., produite par la Lisson gallery de Londres, sera visible jusqu’au 15 septembre. Le directeur artistique de la galerie, Greg Hilty, a expliqué à l’AFP qu’Ai Weiwei avait éprouvé le besoin « d’exorciser » une expérience traumatisante, dans une œuvre qui est aussi « la recherche par un homme de son identité ». L’artiste dissident a également créé un clip vidéo sur You Tube, intitulé Dumbass (« crétin » en français) – sans grand intérêt artistique, prévient-on –, où il se met en scène dans une cellule semblable en tous points à celle où il dut vivre. De l’exposition à l’exhibition, l’artiste ne cesse depuis sa libération (certes relative) de ressasser dans ses œuvres sa captivité : une inspiration qui tourne en rond, et dont on espère qu’il s’affranchira bientôt.

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