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Au Centre Pompidou, les entailles de Simon Hantaï

Magali Lesauvage 29 mai 2013

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Le Centre Pompidou organise la première grande rétrospective en France depuis plusieurs décennies de l’œuvre du peintre Simon Hantaï, disparu en 2008. En quoi consiste la fameuse méthode de pliage de ce maître de l’abstraction ? Démonstration par l’analyse de l’une des œuvres de sa série Mariale, présentée dans l’exposition.

Simon Hantaï, Mariale m.a.2, 1960, huile sur toile, 278 x 214,5 cm, CAPC, musée d’art contemporain, Bordeaux © Adagp, Paris 2013.

Simon Hantaï, né en 1922 en Hongrie, arrive en France en 1948. Il se frotte au surréalisme, et réalise des œuvres proches de celles de Max Ernst ou de Jean Dubuffet, avant de trouver son style propre au début des années 1960. Celui-ci ce caractérise notamment par ces fameux pliages qui le rendront célèbres, et qu’inaugure la série des Mariales, exécutées entre 1960 et 1962.

Pourquoi intituler ces vingt-sept toiles « Mariales » ? Hantaï a été élevé dans la religion catholique, dans une région où le culte de la Vierge est très répandu. Dans les représentations anciennes, on voit souvent Marie, la Mère du Christ, ouvrant son large manteau en « Vierge de Miséricorde » (comme dans ce panneau célèbre de Piero della Francesca), protégeant les saints et les donateurs, mais aussi tous ceux qui veulent se mettre sous sa protection, hommes et femmes, coupables et innocents. Les vastes surfaces qu’il peint seraient donc pour Hantaï un équivalent à la large cape ouverte par la Vierge, qui déjà dans les peintures du Moyen Âge et de la Renaissance produisait un arrière-plan en all-over coloré.

La couleur est en effet, à partir de cet instant, le grand sujet des toiles de Simon Hantaï. Elle éclate littéralement dans les pliages, et, comme l’écrit dans le catalogue Dominique Fourcade, l’un des commissaires de l’exposition : « La lumière a l’air de venir dans la couleur de par derrière, sur le mode d’un vitrail ». Comment a lieu cette épiphanie ? Quelle est la technique de Hantaï ? La toile est préalablement pliée ou froissée, puis ficelée, avant d’être peinte, puis finalement dépliée. Aussi l’artiste n’a-t-il une vision d’ensemble de l’œuvre qu’au moment du dépliage, comme en une sorte d’éclosion, le résultat variant selon la densité du pliage, qui laisse plus ou moins de blancs en réserve. Dominique Fourcade ajoute : « Un flash : au dépliage, quelque chose est flashé, ce quelque chose est la peinture, mais ce flashage rentre en lui-même ».

Détail.

Face aux toiles pliées-dépliées de Hantaï, on songe aux papiers découpés de Matisse, sculptant directement dans la peinture, aux surfaces miroitantes des chapelles votives, aux feuillages abstraits des jardins de Monet, aux toiles crevées de Lucio Fontana, ou encore aux drippings de Jackson Pollock. L’artiste convoque ici tout à la fois l’aléatoire surréaliste, la relativité théorisée par Albert Einstein (dans l’idée d’un espace-temps qui serait comme un tissu que l’on peut plier pour accélérer les distances), ou la conception du pli baroque selon Gilles Deleuze, par analogie avec les « plis de l’âme ».

Il faut voir de près la toile s’écarteler, s’approcher de biais pour voir les couches de peinture se soulever de leur support, la lumière transpercer l’épaisseur. À la fois creux et reliefs, les plis de Simon Hantaï apparaissent comme des entailles dans la peinture, faisant craquer la couche d’huile colorée pour révéler la toile vierge. Symbole de pureté mariale.

SIMON HANTAÏ

22/05/2013 > 02/09/2013

Centre Pompidou

PARIS

Cinq ans après la disparition de l’artiste, le Centre Pompidou rend hommage à Simon Hantaï, peintre français d’origine hongroise et ...

Exposition terminée
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