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Du Fayoum à Ron Mueck, petite histoire du portrait

Magali Lesauvage 22 mai 2013

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L’exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier pour l’art contemporain est l’occasion (rare, ses œuvres étant peu montrées en si grand nombre) de voir de près les sculptures hyperréalistes (quoique non réalisées à l’échelle) de l’artiste australien. La fascination pour le portrait réaliste n’est pas nouvelle. Rappel historique, en 5 étapes.

Portraits du Fayoum : défier la mort

Portrait de jeune femme, Égypte romaine, IIIe siècle ap. J.-C., Paris, musée du Louvre.

Si les Grecs font progresser l’art vers le réalisme, notamment anatomique, ce sont les Romains qui réellement inventent l’art du portrait, en particulier d’hommes politiques. Le métissage entre le pragmatisme de l’art romain et la subtilité picturale de l’art égyptien aboutit, dans les premiers siècles de notre ère, à une tradition de portraits réalisés pour des sarcophages, dont la plupart ont été retrouvés dans la région du Fayoum. Plus ou moins idéalisés, ce sont les plus anciens portraits peints connus, et ils nous renseignent non seulement sur le type physique des Égyptiens de l’époque, mais aussi sur leur vêtement et leurs ornements. Ce sont aussi, pour certains, de réels portraits psychologiques, qui montrent, les yeux grands ouverts, des êtres disparus défier la mort.

Les autoportraits de Dürer : l’introspection

Albrecht Dürer, Portrait de l’artiste tenant un chardon, 1493, Paris, musée du Louvre.

Si le portrait de Jean II le Bon, conservé au Louvre et daté du milieu du XIVe siècle, est considéré comme le premier portrait post-Antiquité de l’Histoire, les autoportraits qu’Albrecht Dürer réalise à partir des années 1480, et tout au long de sa vie, montrent l’intérêt que les artistes portent alors, à la Renaissance, à un nouveau sujet : eux-mêmes. C’est non seulement son caractère volontaire, mais aussi sa fierté d’artiste que Dürer, âgé de 22 ans, montre ici, isolant son image dans une œuvre spécifique – et non pas la mêlant à celle des autres, comme c’est le cas dans de nombreuses fresques de l’époque. C’est en inspectant son propre être que l’artiste fait face avec le plus d’intégrité à la vérité, et donc au réel qui l’entoure.

Rembrandt : le passage du temps

Rembrandt van Rijn, Autoportrait, 1660, New York, Metropolitan Museum.

Un siècle et demi plus tard, c’est également via la représentation de lui-même que Rembrandt fait évoluer l’art du portrait, en réalisant en l’espace d’une quarantaine d’années quelques cent autoportraits. Avec Rembrandt, la peinture s’anime en montrant sur le visage même de l’artiste le passage du temps, comme dans un morphing. L’acuité psychologique, en particulier dans les derniers autoportraits, participe du réalisme recherché. Bien plus complexe que celui de la simple représentation fidèle des traits, c’est la vérité de l’être intime, des tourments et des élans d’une âme, que l’on décèle dans un œil légèrement humide, une ombre au coin de la bouche, une ride d’amertume.

La photographie : plus réaliste que la peinture ?

 

Félix Nadar, Portrait d’Eugène Delacroix, 1858.

On y croyait moyennement lorsque la photographie fut « inventée » en 1839, avant d’être rapidement démocratisée, notamment par la multiplication des portraitistes en chambre noire. Parmi ceux-ci, Nadar fut le plus célèbre et le plus prolifique. Mais un portrait photographique est-il réellement plus « réaliste » qu’un portrait peint ? Ainsi de cette image du grand peintre Eugène Delacroix, photographié au sommet de sa carrière, mâchoire volontaire et regard dur, prenant la pose. Il faudra attendre quelques décennies – et l’invention du Kodak dans les années 1880 – pour que la spontanéité et le naturel, chèrement acquises depuis longtemps par la peinture, soient appropriés par la photographie.

Ron Mueck : la technologie au service du réalisme

Atelier de Ron Mueck, janvier 2013 © Ron Mueck. Photo © Gautier Deblonde.

Suite au travail de sape du réel perpétré par l’art moderne, le réalisme est rare dans l’art contemporain, mais semble revenir en force en ce début de XXIe siècle. La réalisation des sculptures de Ron Mueck procède d’un long processus, du croquis au crayon sur papier à l’incorporation des accessoires (vêtements, bijoux…), en passant par la statuette en argile de la figure, d’abord nue et sans cheveux, moulée ensuite pour obtenir une sculpture en plastique, cire ou Plasticine. Celle-ci est recouverte de silicone transparent teint (pour la peau), de poils et de cheveux peints et coupés, de globes oculaires minutieusement colorés, etc. Ces mois de travail aboutissent-ils à la vérité du modèle ? Ron Mueck trompe le spectateur par le changement d’échelle de ses figures, qui malgré tout perturbent, mais peinent à émouvoir. Sans doute parce que la perfection de leur réalisme pèse sur la légèreté de leur être.

RON MUECK

16/04/2013 > 27/10/2013

Fondation Cartier pour l’art contemporain

PARIS

la Fondation Cartier pour l’art contemporain invite le sculpteur australien Ron Mueck à présenter ses œuvres émouvantes et troublantes...

Exposition terminée
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