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À Bruxelles, les artistes mis à nu par Duchamp, même

Magali Lesauvage 13 mai 2013

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Plus que Picasso ou Matisse, Duchamp est LA figure tutélaire de l’art du XXe siècle. Tel un Belphégor des musées d’art moderne, il hante le travail de nombreux artistes contemporains. L’exposition Les Gestes de la pensée, à la Verrière – Fondation d’entreprise Hermès, à Bruxelles, en montre diverses modalités. Inventaire de gestes duchampiens.

Ann Veronica Janssens, Aerogel, 2003 © Fabien de Cugnac, 2013.

L’art à l’état gazeux

Étant donnés, 1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage est l’ultime œuvre de Marcel Duchamp, et pas la moins énigmatique. Fumiste, l’artiste dont le catalogue raisonné tient dans une simple boîte ? Loin s’en faut, malgré une certaine fascination pour l’art à l’état gazeux (voir les « vapeurs » de sa Mariée mise à nue par ses célibataires, même), que l’on retrouve dans cette fascinante œuvre d’Ann Veronica Janssens, un bloc d’aérogel, composé à 99,9 % d’air.

Hans-Peter Feldmann, Handprint from Charlotte Wolff (Marcel Duchamp). Courtesy Hans-Peter Feldmann et galerie Martine Aboucaya, Paris.

L’infra-mince

Du gazeux, on passe à l’infra-mince, espace inquantifiable, invisible, imperceptible. C’est cette quatrième dimension que Duchamp tente de matérialiser dans l’épaisseur transparente du Grand Verre, dans le dessin de vitesse des Rotoreliefs, ou l’ombre d’un porte-manteau sur un mur. L’exposition évoque cette notion d’infra-mince dans le profil changeant des cercles concentriques d’Elias Crespin, ou encore dans l’empreinte brûlée de la main de Duchamp par Hans-Peter Feldmann, qui rappelle la présence de l’artiste comme un flash ectoplasmique.

Benoît Maire, Armes du matin, 2012. Courtesy de l’artiste.

L’art en boîte

À la fois artefact de miniaturiste, d’historien de l’art et de malletier, la Boîte-en-valise contient toutes les œuvres de Marcel Duchamp – du moins celles dont il a achevé l’exécution. Métonymie d’un musée monographique virtuel plus que du cerveau de l’artiste, elle est une œuvre en soi. L’artiste Benoît Maire rassemble lui aussi des objets dans des boîtes, mais plutôt dans le but de créer des correspondances inattendues entre formes de la nature et formes du savoir.

Hubert Duprat, Sans titre, 2009 © Fabien de Cugnac, 2013.

Le ready-made

Quand on dit Duchamp, on pense ready-made – même si, comme on l’a vu, ça n’est pas le seul mode opératoire qui influence les artistes d’aujourd’hui. De l’acte révolutionnaire consistant à prélever dans le réel un objet banal – par exemple, un porte-bouteilles – pour le présenter dans un contexte muséal, on est passé à la pratique du télescopage poétique : galets d’ambre fichés dans la mousse, par Hubert Duprat, « Apparition d’une pelote de ficelle » dans une gangue métallique par Michel François.

Irene Kopelman, 268 Picture Planes, 2009. Hubert Duprat, Sans titre, 2011. © Fabien de Cugnac, 2013.

Le hasard

Qui dit ready-made dit hasard. C’est lui qui préside à la courbe du Stoppage-étalon, et à la fêlure non-désirée du Grand Verre lors de son transport, et que Marcel Duchamp souhaita conserver comme part intégrante de l’œuvre – plus tard complétée par un Élevage de poussière qui y ajouta littéralement une couche d’entropie. Émerveillée elle aussi par la beauté du hasard, Irene Kopelman reproduit en peinture les formes d’un verre brisé, soigneusement inventoriées comme autant de formes mises à nu par l’aléatoire.

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