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Julio Le Parc : qu’est-ce qui nous fascine donc tant ?

Magali Lesauvage 3 mai 2013

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Dans le cadre de sa saison Soleil froid, le Palais de Tokyo chamboule ses espaces d’exposition et les plonge dans l’obscurité pour accueillir une rétrospective spectaculaire de l’artiste argentin Julio Le Parc – dont on peut voir également de nombreuses pièces dans l’expo DYNAMO au Grand Palais. À 84 ans, celui-ci connaît un regain de succès, tout comme un certain nombre de représentants de l’art cinétique et de l’Op Art. Pourquoi ? Réponses. 

Vue de l’exposition monographique de Julio Le Parc, Palais de Tokyo © ADAGP, Paris 2013. Photo : André Morin.

Ça bouge et c’est lumineux

Installé en France en 1958 après des études d’art à Buenos Aires où il rencontre Max Bill et Lucio Fontana, Julio Le Parc subit l’influence de l’abstraction européenne, et met en œuvre le précepte de Marcel Duchamp (celui des Rotoreliefs et de la réaction à la « peinture rétinienne ») : « Obtenir un effet semblable aux émotions de la foire, faire quelque chose que les yeux ne peuvent supporter ». Dès ses débuts, l’artiste combine mouvement et lumière pour créer un art de la perturbation.

D’après Matthieu Poirier, conseiller scientifique de l’exposition du Palais de Tokyo, « la lumière est piégée par la structure, démultipliée et diffusée sous forme de faisceaux tous azimuts sur cet écran panoptique de projection qu’est devenue la salle d’exposition ». Des mouvements infimes créent des variations de lumière plus ou moins subtiles. Celle-ci n’est jamais figée et, via le battement, crée des effets d’apparition-disparition et de vertige. La semi-obscurité dans laquelle sont plongées les œuvres en amplifie l’effet.

C’est minimal

Influencé par Mondrian, Vasarely ou encore Morellet, Julio Le Parc crée un art sans affect ni psychologie, une esthétique industrielle et utopique. Artiste sans concession, il est expulsé de France après sa participation aux « ateliers des personnes » en mai 68, et, hostile à l’institution, joue à pile ou face sa rétrospective au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1972 (qui n’aura pas lieu).

Le G.R.A.V. (Groupe de Recherche en Art Visuel, 1960-1968) dont fait partie Julio Le Parc, cherche alors à « retourner les lois de la perception et de la géométrie contre elles-mêmes afin de traduire dans l’espace phénoménologique la destruction de la forme, de la lumière et de la vision », explique Matthieu Poirier. Cette froideur géométrique va à l’encontre de la sensibilité esthétique subjective que l’on trouve une décennie auparavant dans l’expressionnisme abstrait d’un Jackson Pollock. Un radicalisme et une rationalité (par exemple les couleurs des Cibles sont choisies en fonction de leur ordre dans le spectre chromatique) qui sont proches de ceux qu’adoptent un peu plus tard les artistes membres de BMPT (Buren-Mosset-Parmentier-Toroni).

Vue de l’exposition monographique de Julio Le Parc, Palais de Tokyo © ADAGP, Paris 2013. Photo : André Morin.

On agit sur l’œuvre

« Par mes expériences, j’ai cherché à provoquer un comportement différent du spectateur, pour trouver avec le public les moyens de combattre la passivité, la dépendance ou le conditionnement idéologique, en développant les capacités de réflexion, de comparaison, d’analyse, de création, d’action », annonce Julio Le Parc. Les œuvres du G.R.A.V. sont présentées dans des Labyrinthes où il est « interdit de ne pas participer », et à partir de 1965 Julio Le Parc crée des Salles de jeu où l’on peut viser des figures du pouvoir (prêtres, hommes politiques, policiers…) représentées sur des cibles, ou un Ensemble de onze jeux surprise (1965) qui se mettent en mouvement en appuyant sur un bouton. Par leur monumentalité, certaines installations incluent totalement le spectateur, qui se retrouve parfois à devoir activer l’œuvre : impliqué, il est incité à vivre l’expérience lui-même, à rebours de sa passivité ordinaire.

Ça perturbe les sens

Les effets des œuvres de Julio Le Parc sont multiples : trouble perceptif, dématérialisation, vertige, désorientation, impossibilité de captation photographique… L’objet de l’artiste est de « faire effet ». Si on a pu évoquer au sujet de ses œuvres le régime de l’illusion (notamment via les jeux de miroir, lieu instable par excellence sur lequel glisse l’image) et de la théâtralité, c’est paradoxalement leur neutralité machinique qui perturbe le plus le spectateur.

C’est précurseur

Glaces sans tain de Dan Graham, flashs lumineux de Carsten Höller, projections en sfumato d’Ann Veronica Janssens, miroirs concaves d’Anish Kapoor, carrousel réfléchissant de Jeppe Hein, géométrie lumineuse des frères Quistrebert… la liste est longue des artistes contemporains qui sont redevables des expérimentations de Julio Le Parc – et dont on peut voir actuellement les œuvres, aux côtés de celles de leur maître et de ses acolytes, dans l’exposition DYNAMO au Grand Palais. Grâce à ces deux  événements majeurs, Paris n’aura jamais autant mérité son nom de « ville-lumière ».

JULIO LE PARC

27/02/2013 > 13/05/2013

Palais de Tokyo

PARIS

Artiste historique, figure influente de la création la plus contemporaine, Julio Le Parc bénéficie pour la première fois en France d'une...

Exposition terminée
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