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Syrie : bilan d’une catastrophe patrimoniale

Magali Lesauvage 29 avril 2013

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La terrible guerre en Syrie, qui apporte quotidiennement son lot de pertes humaines, ravage également le patrimoine inestimable du pays, creuset de civilisations qui a vu se succéder Grecs, Romains, chrétiens, musulmans. Après la destruction du minaret de la grande mosquée d’Alep, bilan d’un désastre patrimonial.

Le minaret de la grande mosquée des Omeyyades d’Alep au moment de l’attaque et après sa destruction © source.

Daté de 1090, le minaret de la grande mosquée des Omeyyades d’Alep, en Syrie, a été détruit par un obus mercredi 24 avril lors d’un combat entre rebelles et armée syrienne. Les deux camps opposés se rejettent l’un l’autre la faute : selon RFI, « la Coalition de l’opposition accuse directement le régime et évoque « un crime contre la civilisation » », tandis que la télévision d’État affirme que « cette destruction est le fait des jihadistes du Front al-Nosra, organisation qui a récemment prêté allégeance à al-Qaïda en Irak ». Le nord de la Syrie, où se situe la ville d’Alep, est particulièrement touché par les combats en raison de la présence d’aéroports et de bases militaires, l’un des objectifs des opposants au régime étant de provoquer la désertion des soldats de l’armée syrienne.

Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, la grande mosquée d’Alep a déjà été endommagée en octobre dernier – des reliques de Mahomet, trois cheveux et un fragment de dent, avaient été alors volés. À l’intérieur se trouve le sanctuaire de Zacharie, censé abriter les restes de ce personnage, père de Jean-Baptiste, à la fois saint chrétien et prophète de l’islam comme son fils. Le site de la mosquée est une superposition de strates archéologiques qui pourrait résumer l’histoire culturelle de la région : le premier bâtiment a été bâti par les Omeyyades en 715, quelques décennies seulement après la mort du prophète Mahomet, sur le site de la cathédrale chrétienne Sainte-Hélène, elle-même construite sur l’ancienne agora de la période grecque hellénistique. Le minaret érigé trois siècles plus tard par les Seldjoukides (turcs) avait la particularité d’être orné de caractères coufiques, la plus ancienne forme de calligraphie arabe, très géométrique. En 1260, la mosquée – sauf son minaret – a été entièrement détruite par l’invasion mongole, avant d’être reconstruite à la fin du XIIIe siècle par les Mamelouks d’Egypte, qui dessinèrent au sol une somptueuse mosaïque géométrique noire et blanche. Mosquée et minaret ont fait l’objet d’une restauration en 2003.

 

 Dégâts infligés au palais ancien d’Agha à Homs, XIXe siècle, époque ottomane © source.

Alors que la guerre entre partisans et opposants au régime de Bachar el-Assad a déjà fait plus de 70 000 morts en deux ans, le patrimoine syrien est lui aussi fortement menacé (voir le recensement des destructions sur la page Facebook Le patrimoine syrien en danger). Euromed Heritage, programme financé par la Communauté européenne, note « différents types de dégradations manifestes et systématiques commis par l’armée régulière syrienne à l’encontre des lieux de cultes, [qui] constituaient des foyers de contestation aux premiers temps de la révolution ». Ainsi, outre les souks et la vieille ville d’Alep, ont été endommagés, entre autres, les mosquées proto-islamiques de Bosra et Inkhil, ou le monastère Notre-Dame de Saidnaya, daté du VIe siècle. Dans la mosquée de Der’a, l’armée a pratiqué des excavations « pour fabriquer des caches d’armes et discréditer les opposants qui s’étaient réfugiés dans le bâtiment », rapporte Euromed Heritage.

Par ailleurs, des fouilles clandestines, encouragées par les autorités en échange d’informations sur la rébellion, ont été menées un peu partout, notamment dans la ville antique d’Apamée. Le centre archéologique d’Ebla (ville dont les premiers vestiges remontent au IIIe millénaire av. J.-C.) a été pillé, tandis que les forces armées ont vidé de leurs objets un certain nombre de musées du pays, notamment le musée national d’Alep, pour des destinations inconnues. Les citadelles de Homs et de Qal’at el-Hosn (le Krak des Chevaliers, forteresse datant de l’époque des Croisades) ont été bombardées, des « tells » (monticules archéologiques) ont été transformés en cantonnement militaires, et les chars et l’armement lourd de l’armée ont été positionnés dans les ruines antiques de la cité de Palmyre.

Une situation de conflit aggravée par la corruption d’une partie des fonctionnaires syriens, qui selon Euromed Heritage « ont trouvé le moment propice pour faire passer des projets illégaux (construction dans les zones protégées) ou piller des sites ». Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, appelle depuis plusieurs mois à la protection du patrimoine syrien, et dit l’UNESCO prête à « apporter son concours dans ses domaines de compétence ». Un appel qui ne s’accompagne d’aucune action réelle.

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