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« Brume matinale » de Friedrich, chef-d’œuvre de l’art allemand à voir au Louvre

Magali Lesauvage 23 avril 2013

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La somptueuse exposition De l’Allemagne au Louvre déroule un panorama exceptionnel de l’art allemand de la fin du XVIIIe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Parmi ces chefs-d’œuvre est exposée une toile rare du peintre Caspar David Friedrich, la Brume matinale dans les montagnes, à la fois mystique, introspective et emblèmatique de la germanité.

Caspar David Friedrich, Brume matinale dans les montagnes, 1808, Rudolstadt, Thüringer Landesmuseum Heidecksburg © Erich Lessing, Vienne.

De l’Allemagne, 1800-1939. De Friedrich à Beckmann a provoqué dans la presse outre-Rhin une polémique assez confuse (parfaitement résumée ici), qui accuse les commissaires de produire un raccourci simpliste qui ferait du nazisme l’aboutissement logique de la culture allemande. Le choix des œuvres peut en effet être discuté (présence de la cinéaste nazie Leni Riefensthal, absence du Bauhaus et du Blaue Reiter…), et force est de constater que le fil général de l’exposition, qui mène de l’harmonie lumineuse néoclassique des Nazaréens au sombre expressionnisme de Beckmann et Otto Dix, en passant par le symbolisme baroque de von Stuck et Böcklin, évoque une chute irrémédiable, une sorte de damnation.

En son centre, cependant, la section consacrée à « l’hypothèse de la nature » livre une série exceptionnelle de paysages de la main de peintres de l’âge romantique : montagnes et landes glabres de Carl Gustav Carus, Caspar David Friedrich, Joseph Anton Koch ou encore Ludwig Richter. Brume matinale dans les montagnes, de Friedrich, est un tableau rarement vu en France. Daté de 1808 et conservé au Thüringer Landesmuseum Heidecksburg de Rudolstadt, non loin de Weimar, il est exposé à proximité de l’extraordinaire Haute Montagne de Carus. Tandis que ce dernier choisit une vision en contre-plongée, qui mène le regard du spectateur vers le haut, dans une ascension transcendante, Friedrich se situe face au sommet lui-même, en vis-à-vis frontal avec la nature, dans un gros plan qui élude tout alentour. Autre différence entre le paysage « géognostique » de Carus et le tableau quasi monochrome de Friedrich : le premier choisit une description géologique précise, quand le second fait disparaître la masse minérale derrière nuages et neiges impressionnistes, désagrégeant l’image en matière pulvérulente pour la pousser aux limites de l’abstraction.

Voir d’abord avec ton œil de l’esprit

« Clos ton œil physique afin de voir d’abord avec ton œil de l’esprit. Ensuite fais monter au jour ce que tu as vu dans ta nuit », c’est ainsi que Caspar David Friedrich exprime sa façon de concevoir le paysage : il mue l’observation de la nature en véritable vision mystique. C’est cette apparition fantastique que le peintre nous fait voir ici, dans une intimité à la fois terrifiante et rassurante avec la nature, mais dont l’homme est absent – contrairement à la plupart des toiles de Friedrich, comme par exemple Matin en montagne, où il est représenté souvent petit, de dos, et défiant l’immensité. Une sensation qui mène paradoxalement au sentiment religieux ou à son équivalent philosophique, le « sublime » théorisé par les philosophes allemands d’alors (Kant, Hegel, Schopenhauer), comme transcendance du Beau qui élève l’âme et exprime l’inexprimable.

Vaste all-over brossé dans un large mouvement en diagonale, Brume matinale amène le spectateur à la limite du visible et de l’intelligible, dans un précipité de sensations qui rappelle les paysages philosophiques la peinture chinoise et la mystique baudelairienne de la Nature-temple – à méditer devant la toile, on parvient presque à ressentir les odeurs vivifiantes des forêts d’épineux, le silence du matin blême et le vent piquant de l’altitude. Dans son élan romantique, la composition fait songer aux grandes œuvres musicales de l’époque, notamment à celles de Beethoven ou Schubert, qui expriment en symphonies l’harmonie du monde se dégageant du magma originel. Ode à la beauté et à la grandeur de la nation germanique par la description d’un paysage pittoresque, la toile matérialise le Zeitgeist romantique, moment exceptionnel de l’art allemand à la poésie médusante.

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