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Keith Haring, artiste viral, artiste vital

Magali Lesauvage 18 avril 2013

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Avec Keith Haring – The Political Line, la Ville de Paris expose en deux lieux (Musée d’Art moderne et 104), et de manière spectaculaire, le versant politisé et militant de l’œuvre fugace (1978-1990) de l’artiste américain. Où l’on découvre, sous les couleurs éclatantes et les figures frénétiques, les sombres angoisses d’un jeune homme des années 1980 qui sut faire de la diffusion de ses œuvres une puissante stratégie militante.

 Keith Haring, Untitled © Keith Haring Foundation.

De Keith Haring on connaît, via les badges, mugs et t-shirts vendus partout dans le monde depuis trente ans, les bébés rayonnant, les cœurs chatoyants, les chiens aboyant. Une iconographie joyeuse noyée dans ses grandes peintures sur toile de bâche, où le motif devient signe, hiéroglyphe. Une image non-conforme que les deux expositions parisiennes contredisent en ne montrant pas seulement les jolis logos ornant nos tapis de souris, mais aussi des images de violence, de mort et d’horreur – notamment dans l’impressionnante chapelle des Dix Commandements reconstituée au 104 –, qui dénotent l’angoisse profonde de l’artiste face au monde.

Signe de cette angoisse, Keith Haring emprunte l’esthétique de la « peur du vide » à Klee, Alechinsky ou Pollock, mais aussi aux comics américains (on songe aussi aux sculptures ou émaux romans) pour remplir ses formats carrés de traits têtus. Le jeune artiste a commencé à étudier l’art à New York à la fin des années 1970, au moment où le graffiti dépasse les frontières de sa clandestinité originelle pour atteindre les milieux artistiques – et prendre le nom de street art. La ville bouillonne alors d’une énergie que l’on retrouve dans les dessins de Haring, qu’il brosse à larges traits au son du hip hop naissant.

Comme son comparse Jean-Michel Basquiat, Keith Haring envahit l’environnement en peignant un peu sur tous les supports (murs du métro, portes métalliques, statues de jardin, et surtout bâches en vinyle). Très tôt exposé et collectionné, il est représenté dès l’âge de 24 ans par le galeriste Tony Shafrazi. Sa cote grimpe en flèche, et l’ouverture en 1986 de sa boutique, Pop Shop, dans le quartier de SoHo, marque les débuts du merchandising à outrance de la « marque » Keith Haring. Un choix stratégique qui vaut à l’artiste de nombreuses critiques et une certaine méfiance du milieu de l’art.

Keith Haring, Les Dix Commandements, décembre 1985, installation au 104 © collection Keith Haring Foundation.

Artiste viral avant l’heure, Keith Haring a en effet fait de la stratégie de diffusion de son œuvre une arme politique. C’est toute la démonstration de cette double exposition : suivre la « ligne politique » tracée par l’artiste dans l’espace public (notamment via les Subway Drawings), et jusque, via l’objet commercialisé, dans l’intimité des individus. Dénonçant l’homophobie, le racisme et la drogue, luttant pour la recherche sur le SIDA, la défense de l’environnement et la tolérance, Keith Haring serait-il un moraliste ? Son œuvre démontre en tout cas une conscience aiguë des maux et causes majeurs de son temps, tout en soulignant un certain nombre de paradoxes et d’ambiguïtés caractéristiques de son époque. Épigone de Warhol, il dépeint le capitalisme et les médias comme des monstres cannibales dévorant les individus par paquets, mais fait de son travail un business très lucratif et se fait photographier en pleine action à multiples reprises. Ainsi use-t-il des méthodes même qu’il dénonce – au risque de la confusion.

Très émouvante, la dernière partie de l’exposition du MAMVP montre les ultimes œuvres réalisées alors que Keith Haring se sait séropositif. Il met alors son style graphique fourmillant au service de la représentation de la diffusion implacable du mal et peint avant de mourir le triangle rose de l’association Act Up : Silence = Death. Mais l’œuvre de Keith Haring, contaminant l’espace public et le décor de chacun, reste vivant.

KEITH HARING

19/04/2013 > 18/08/2013

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris (MAM)

PARIS

L’exposition Keith Haring (1958 – 1990) présentée au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris permettra d’appréhender l’importan...

Exposition terminée
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