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Art nouveau vs Art déco à la Pinacothèque de Paris

Maxence Quillon 18 avril 2013

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La Pinacothèque de Paris accueille une exposition en deux volets qui met en lumière l’évolution esthétique qui s’est jouée entre les années 1895 et 1935, de l’Art nouveau à l’Art déco (personnifié par la peintre russe Tamara de Lempicka).  L’occasion de faire le point sur ces deux courants esthétiques.

Eugène Grasset, Affiche pour le salon des Cent, 1894 © Arwas Archives.

Avec cette exposition double, la Pinacothèque de Paris a choisi de mettre en regard l’Art nouveau français et l’Art déco qui lui succède en s’y opposant. Le site de la Pinacothèque 1 accueille sur deux niveaux L’Art nouveau et la révolution décorative qui rassemble plus de 200 œuvres de différents artistes. On trouve ainsi, pêle-mêle, des tableaux, sculptures, gravures, meubles et objets de créateurs tels qu’Alphonse Mucha, Hector Guimard ou encore Eugène Grasset. Le site de la Pinacothèque 2 accueille quant à lui Tamara de Lempicka, la reine de l’Art déco qui présente essentiellement quelque 130 tableaux et lettres manuscrites de la peintre russe. Les commissaires des expositions – Paul Greenhalgh et Gioia Mori – montrent un grand nombre d’œuvres d’artistes différents dans le premier volet de l’exposition, et les œuvres d’une seule et même artiste dans le second. Ce choix n’est pas un hasard et recoupe la distinction entre l’exubérance naturelle de l’Art nouveau, et la rigueur géométrique de l’Art déco. Les deux volets de l’exposition permettent de comparer les deux courants esthétiques, et nous aident à comprendre comment ils ont chacun traité les thèmes récurrents de la nature, de la féminité et de l’Au-delà.

L’Art et la Nature

L’Art nouveau, mouvement né dans les années 1890 en Europe, rompt avec les conventions esthétiques du néoclassicisme d’alors. Il imite la nature par la présence de formes organiques et souples. L’exposition de la Pinacothèque permet au spectateur de voir un échantillon varié d’œuvres dont les volutes sont à l’image de la nature ; elle s’attache également à montrer des objets utiles – tables, meubles, miroirs – pour rappeler que les artistes de l’Art nouveau ne concevaient pas de divorce entre l’art et la vie, la beauté et l’utilité.

L’exposition Tamara le Lempicka, la reine de l’Art déco montre une toute autre esthétique. Les détracteurs de l’Art nouveau dénigraient ses courbes molles et son « style nouille ». Les tableaux de Tamara de Lempicka s’éloignent de l’imitation de la nature et offrent des formes géométriques, d’un style néo-cubiste, avec des paysages coupés à la serpe, des visages déformés aux bouches pulpeuses. Tout au long de l’exposition, se dessine une personnalité d’artiste brillante et mondaine, qui habitait avec brio la superficialité des choses. La muséographie très soignée nous fait découvrir, de façon chronologique et thématique, « le curieux mélange d’extrême modernisme et de pureté classique » de son art ; elle accorde une large place aux nus féminins, revient sur la relation de l’artiste avec le poète italien D’Annunzio, explicite les liens entre mode et Art déco.

Tamara de Lempicka, L’écharpe bleue, 1930 © Tamara Art Heritage/Licensed by Museum Masters International NYC/ADAGP, Paris 2013.

L’Art et la Femme

La figure féminine est centrale dans les deux expositions et sa représentation varie largement de l’Art nouveau à l’Art déco. Les figures féminines de l’Art nouveau sont des naïades entourées de  fleurs, au regard rêveur. Elles envahissent les gravures où plane, diffuse, une sensualité assumée qui fit scandale à l’époque. Art nouveau et la révolution décorative illustre l’érotisme de cette époque en convoquant, notamment, la figure de la danseuse Loïe Fuller ou les gravures de femmes dénudées de Georges de Feure ou Eugène Grasset.

L’Art déco a largement influencé la mode et le costume et il n’est pas étonnant que Tamara de Lempicka accorde à la figure féminine une place prépondérante. Seulement, la peintre russe décline les figures féminines sur un mode bien différent de celui de l’Art nouveau. De la sensualité, nous passons à une sexualité transgressive bien plus poussée ; et les figures de la « garçonne » et de la femme fatale, élégante et sophistiquée, vont remplacer celles de la naïade Art nouveau.

Tamara de Lempicka, Mendiant à la mandoline, 1935 © en.lempickacatalogue.com.

L’Art et l’Au-delà

Riche et audacieuse, Tamara de Lempicka ressemblait aux femmes qu’elle peignait. Pourtant, l’exposition de la Pinacothèque montre une série de tableaux où point une inquiétude existentielle forte, dans la section intitulé « Crise et dépression ». Les tableaux présentés manifestent le mal-être de l’artiste après son divorce en 1928. Tamara de Lempicka représente sur la toile la pauvreté des gens simples, qui contraste avec le luxe dont elle fait preuve généralement dans l’art et dans la vie. Il n’y a certes pas, dans les tableaux, de méditation artistique sur l’Au-delà en tant que tel, mais du moins une certaine représentation de ce qui existe par-delà les apparences factices et mondaines.

L’Art nouveau, quant à lui, est largement influencé par le mysticisme des auteurs et des peintres symbolistes. Les artistes exposés manifestent dans leurs œuvres une quête spirituelle. L’exposition L’Art nouveau, la révolution décorative montre dans une section « Mysticisme et monde moderne » des femmes prêtresses d’une religion mystérieuse et ésotérique, qui ne sont pas sans rappeler les influences médiévales de l’Art nouveau – on peut citer par exemple la Brunnhild de Gaston Bussière (1898). À mille lieues de la modernité idéalisée mais bien concrète de l’Art déco.

 

L'ART NOUVEAU

18/04/2013 > 08/09/2013

La Pinacothèque

PARIS

En réaction au classicisme, l'Art nouveau n'impose aucune obligation à l'artiste. Conçu comme l'art de la liberté, il se dégage des con...

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