Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Théo Mercier, « Mess » pour un temps présent

Magali Lesauvage 27 mars 2013

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Théo Mercier est un collectionneur qui plaît aux collectionneurs. Son succès, notamment depuis l’exposition Dynasty au Palais de Tokyo, est incontesté mais semble contestable. Il expose au Lieu Unique, à Nantes, son Grand Mess, entre bazar kitsch et grand mezzé plus ou moins digeste.

Théo Mercier, L’archéologie pour les chiens, 2013 © Erwan Fichou.

Comment l’idée de l’œuvre d’art germe-t-elle dans le cerveau d’un artiste ? Quel est le processus qui aboutit à l’objet final ? Grand mystère qui a de multiples réponses possibles : tel artiste élabore un dessein précis avant l’exécution (le fameux disegno des théoriciens de l’art de la Renaissance, c’est-à-dire l’œuvre comme projet), tel autre répète inlassablement la même méthode et les mêmes motifs, celui-ci procède par collage d’éléments divers, celui-là laisse advenir le hasard, etc.

L’artiste Théo Mercier, né en 1984, serait plutôt de la catégorie des assembleurs d’aléatoire. Son exposition Le Grand Mess au Lieu Unique, à Nantes, fera frémir les tenants du bon goût, et se réjouir les amateurs de trains fantômes, de blagues visuelles et de collages bon enfant. Mais l’art de ce jeune homme, qui se destinait au design, a fait ses classes dans l’atelier de Matthew Barney à New York et débute une résidence à la Villa Médicis à Rome, ne se réduit pas à cela.

De l’auteur du Cremaster Cycle, Mercier a sans doute conservé le goût du baroque effréné, voire du maniérisme, et la capacité à inventer des créatures hybrides. Glaneur, Théo Mercier se revendique chasseur-cueilleur d’objets, comme « principale inspiration de l’artiste ». Et cite Michel Leiris : « Presque tous les phénomènes de la vie collective sont susceptibles de se traduire par des objets donnés, à cause de ce besoin qui a toujours poussé les hommes à imprimer dans la matière la trace de leur activité ». Os en plastique pour chiens, poteries dotées de nez ou d’oreilles, zizis sauteurs, la grande mercerie de Mercier révèle des montages inédits, des greffes improbables. Entre cabinet de curiosité surréaliste et foire à la brocante, l’artiste assume le kitsch et fait grincer les dents des suiveurs de la tendance minimale.

Vue de l’exposition de Théo Mercier Le Grand Mess au Lieu Unique, Nantes © Martin Argyroglo.

Théo Mercier utilise le grotesque pour dénoncer la fausse culture (les couvertures de livres fictives comme mobilier de bibliothèques), l’accumulation pour moquer l’iconographie érotique (les briquets aux femmes nues), les faux masques africains pour révéler l’ambiguïté du goût ethnographique, l’« empilement » à la Brancusi pour désigner d’un simple geste d’enfant la « facilité » de l’art moderne.

Mais il n’y a ici pas de sarcasme ni de volonté de réduire la culture à une dichotomie entre high et low. L’artiste révèle plutôt l’envers du décor, les dessous plus ou moins cachés de notre culture. Il les montre dans l’exposition comme s’ils étaient présentés, justement, comme les « modèles d’exposition » d’un grand magasin, dans lequel on déambulerait jusqu’à se perdre dans l’arrière-boutique. Là est mis à découvert, sans recherche de mise en valeur ou de hiérarchie, ce fatras quotidien, assez peu différent de ce qui est exposé sous verre de l’autre côté. Mess pour un temps présent.

LE GRAND MESS

02/03/2013 > 28/04/2013

Le Lieu unique

NANTES

Remarqué depuis l’exposition collective Dynasty (Paris) et la Fiac (Paris) en 2010, notamment avec sa pièce maÎtresse « Le Solitaire ...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE