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Affiches peintes de vidéoclubs du Ghana : le trash à l’africaine

Magali Lesauvage 13 mars 2013

Le rire, l'horreur et la mort : le titre de la savoureuse petite exposition que le musée du quai Branly consacre aux « affiches peintes des vidéoclubs et images des morts au Ghana » résume bien son contenu. Témoignages d'un art populaire récent, celui de la représentation syncrétique de films destinés au marché ghanéen de la vidéo, les œuvres présentées ici, acquises par le musée en 2003, n'ont rien de naïf. Analyse de trois d'entre elles.

Affiche du film Species II, Ghana  © musée du quai Branly, photo Claude Germain.

Réalisées à la main et à la demande par des artistes locaux ou des ateliers collectifs, les affiches de films peintes sur des sacs de toile récupérés sont destinées à orner les vidéoclubs qui se multiplient à Accra et Kumasi, les deux principales villes du Ghana. Elles témoignent de la popularité grandissante du cinéma à partir des années 1980, et de sa diffusion via les cassettes VHS.

Ce sont généralement des films d'horreur de série B, du type de celui-ci, Species II, dont le contenu est résumé en une scène montrant deux personnages : un homme debout affublé d'un masque à gaz, d'où sort un tube (à moins qu'il ne s'agisse d'un serpent) qui plonge dans la gorge d'une femme. Du ventre de celle-ci surgit un monstre, qui évoque à la fois la créature d'Alien et un Gremlins. Le film s'inspire d'un film de Roger Donaldson réalisés dans les années 1990 (en français La Mutante), eux-mêmes inspirés d'Alien. Cet épisode-ci montre la naissance d'un monstre engendré par un astronaute – avant sa propre mutation.

 Affiche du film Project shadowchaser, beyond the edge of darkness, Ghana  © musée du quai Branly, photo Claude Germain.

Les années 1980 voient l'explosion d'un cinéma ghanéen populaire, diffusé notamment lors de projections collectives. Les films reflètent avec humour et sous la forme de fantasmagories délirantes les conflits sociaux et économiques du pays. Ils s'inspirent souvent du cinéma hollywoodien, comme ici dans cette affiche inspirée du film éponyme de John Eyres, lui-même proche de la série des Terminator. L'action est déplacée dans le contexte africain, et se teinte de références aux contes et croyances locaux.

Les affiches des films sont généralement anonymes (exception faite notamment de celle-ci, signée au centre et à gauche ZAAGP).

 Affiche du film Demonic Cat © musée du quai Branly, photo Patrick Gries/Valérie Torre.

Créature à la fois familière et mystérieuse, le chat est ici symbole et arme du démon. Sur cette affiche, un félin aux yeux pâles dévore un bras humain que lui donne un enfant au crâne déformé. Sur le registre inférieur, trois chats dévorent un homme. Des éclairs zébrant le ciel indiquent un contexte surnaturel.

D'après Jean-Paul Colleyn, anthropologue spécialiste des cultes de possession en Afrique,  les « Juju films » (films de magie et de sorcellerie), « jouent généralement sur deux tableaux : ils partagent un message évangélique condamnant les rites occultes mais se nourrissent des croyances en des sociétés secrètes vouées aux cultes maléfiques ». Ils montrent, ajoute-t-il, « des paradoxes existentiels, avec des individus qui payent pour leurs crimes ou reçoivent un excès de force vitale de la part des ancêtres ou de Dieu ». Avec une juste dose de trash et d'humour pour assurer le succès du film.

LE RIRE, L'HORREUR ET LA MORT

26/02/2013 > 19/05/2013

Musée du quai Branly

PARIS

L'installation présente une sélection d'affiches acquises en 2003 par le musée du quai Branly, peintes pour les vidéoclubs qui prolifèr...

exposition terminée
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