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Créatures, kitsch, mort, érotisme… : typologie en images du romantisme noir

Magali Lesauvage 5 mars 2013

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L’exposition L’Ange du bizarre – Le romantisme noir de Goya à Max Ernst, au musée d’Orsay, revient sur la vague de noirceur et de folie qui envahit l’art européen, de la Révolution française aux lendemains de la Première Guerre mondiale. Une descente aux Enfers qui traduit les tourments de la grande période de bouleversements que fut le XIXe siècle. Foisonnante, l’expo mêle peinture, sculpture, dessin, photo et cinéma – romantisme, symbolisme et surréalisme. Pour mieux s’y retrouver, voici une typologie en images du « romantisme noir ».

Légendes

Franz von Stuck, La Chasse sauvage, 1899, Paris, musée d’Orsay © dist. RMN/Patrice Schmidt.

Shakespeare, Dante, Milton, Edgar Poe, Sade, Shelley… Le romantisme noir est d’abord un mouvement littéraire. Mythes et légendes issus de récits anciens plus ou moins obscurs occupent l’imaginaire des artistes. « Recueille-toi profondément devant ta peinture et ne pense qu’au Dante », déclare Delacroix.

Kitsch

Séraphin Soudbinine, Les Monstres endormis, 1906, Paris, musée d’Orsay.

« Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire », affirme Baudelaire. À la liberté dans le choix des sujets correspond celle de la forme plastique. Les sculpteurs notamment, comme Séraphin Soudbinine (ci-dessus) ou Jean Carriès (voir son Grenouillard de dos, en arrière-plan) usent de nouveaux matériaux, n’hésitent pas à colorer leurs statues et projettent en trois dimensions d’étranges figures hybrides.

Humour

Julien Duvocelle, Crâne aux yeux exorbités, Paris, musée d’Orsay © RMN/Jean-Gilles Berizzi.

Au kitsch répond souvent l’humour, qui prend plutôt la forme d’une ironie noire. Les squelettes dansent chez James Ensor, les araignées de Redon affichent un large sourire, les crânes sont également morts de rire, comme celui de Julien Duvocelle dans son cadre d’ossements.

Érotisme

Pierre Bonnard, Femme assoupie sur un lit ou L’Indolente, 1899, Paris, musée d’Orsay © RMN/Thierry Le Mage © ADAGP, Paris 2012.

La femme est l’un des thèmes de prédilection des artistes de la période. Rarement sainte, souvent fatale. Son traitement traduit la grande misogynie de l’époque. Tantôt vampire (chez Munch), sorcière (chez Ranson), sirène (chez Gustave Moreau), sphinge (chez Von Stuck), elle est la femme facile, assoiffée de luxure et destructrice. L’érotisme sensible chez la plupart des artistes est teinté d’impureté. 

Mort

Paul Gauguin, Madame la Mort, 1890-1891, Paris, musée d’Orsay, conservé au musée du Louvre © RMN/Franck Raux.

Mais la grande figure qui hante les romanciers et les artistes, c’est celle de la Mort, que l’on respecte, voire vénère. La Mort à la terrible beauté, chantée par Baudelaire, celle qui emporte les vivants au visage verdâtre dans les toiles de Munch, celle, élégante et superbe, qui brandit sa faux et mène la danse chez Ensor, celle, aussi, qui rassure et apaise chez Carlos Schwabe. Gauguin la fréquente de près en Polynésie, et en donne ici un portrait tourmenté en Madame la Mort.

Dessin

Max Klinger, Cauchemar, plume, 1879, Hambourg, Hamburger Kunsthalle.

Ce que révèle l’exposition du musée d’Orsay, c’est le génie des dessinateurs et graveurs du XIXe siècle, et la liberté d’expression acquise grâce à ce médium « intime ». Goya, Max Klinger (ci-dessus), Victor Hugo, Ferdinand Fellner, Alfred Kubin, Odilon Redon, Félicien Rops laissent libre cours à la fantaisie et à l’horreur pour dépeindre leurs fantasmes les plus troublants, tout en annonçant parfois la bande dessinée ou l’univers de Walt Disney.

Photographie et cinéma

 Charles-François Jeandel, Femme nue de dos, attachée, bras le long du corps, 1890-1900, cyanotype, Paris, musée d’Orsay.

Avec une douzaine d’extraits de films (Nosferatu de Murnau, Frankenstein de James Whale, Un chien andalou de Luis Buñuel, Rebecca de Hitchcock, Dracula de Tod Browning…), l’exposition rappelle comment cette « humeur noire » a été reprise dès ses débuts par le cinéma. Idem pour la photographie, qui, en tant que pratique plus ou moins cachée, permettait d’exprimer librement ses fantasmes. Ainsi ceux de Charles-François Jeandel, auteur de sublimes cyanotypes sadiens de femmes ligotées.

Paysage

Léon Spilliaert, Digue la nuit. Reflets de lumière, Paris, musée d’Orsay © RMN/Jean-Gilles Berizzi .

Le paysage est lui aussi le reflet du mal-être, comme le montre très bien l’exposition. Les ruines morbides de Caspar David Friedrich placent l’homme face à sa finitude, les personnages de Munch sont absorbés par une Nature cannibale, les lumières nocturnes des toiles de Degouve de Nuncques prennent une fluorescence inquiétante. Chez Léon Spilliaert (ci-dessus), le paysage se dissout dans une nuit sans fin. 

Créatures

Lucien Levy-Dhurmer, Méduse, dit aussi La Vague furieuse, 1897, Paris, musée d’Orsay © RMN (Musée d’Orsay)/Hervé Lewandowski.

Le romantisme, le symbolisme, puis le surréalisme voient le règne de la créature hybride, des personnages légendaires et des métamorphoses. Les hommes s’accouplent à la Nature pour donner naissance à d’étranges bêtes, la Nature elle-même se fait anthropomorphe dans un animisme surréel. La figure fascinante de Méduse, notamment, revient fréquemment en peinture comme en sculpture.

L'ANGE DU BIZARRE

05/03/2013 > 23/06/2013

Musée d'Orsay

PARIS

Sous le terme de « romantisme noir » forgé par l’historien de la littérature Mario Praz, on désigne un vaste pan de la littérature e...

Exposition terminée
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