Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_une_favori
expo_cercle_1 CY TWOMBLY

30/11/2016 > 24/04/2017

Centre Pompidou

- PARIS

expo_cercle_2 SOULÈVEMENTS

18/10/2016 > 15/01/2017

Jeu de Paume - PARIS
expo_cercle_5 RENÉ MAGRITTE

21/09/2016 > 23/01/2017

Centre Pompidou - PARIS

LA NEWSLETTER

Au Centre Pompidou, un Nouveau Festival sous l’emprise des signes

Magali Lesauvage 25 février 2013

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Nouveau Festival, saison 4. L’édition 2013 (jusqu’au 11 mars prochain) est placée sous le signe des langages inventés et du chaos des signes. Un rendez-vous du Centre Pompidou une fois encore foisonnant et exigeant, mais aussi drôle et ouvert. 

 Berdaguer & Péjus, Paroles martiennes, 2012.

Depuis son lancement en 2009 (voir notre article sur l’édition précédente), ce festival interdisciplinaire orchestré par Bernard Blistène a fait se côtoyer, entre autres, le théâtre déjanté de la compagnie du Zerep, l’« Usine des films amateurs » de Michel Gondry, une expo sur le thème des Mystères de l’Ouest et une autre sur celui de la ventriloquie, un immense sol ondulé (par Vincent Lamouroux) faisant valser le Forum ou des séances de spiritisme.

À ce croisement des langages, qui fait du Centre Pompidou une tour de Babel de la création, fait écho la programmation de cette année, centrée sur les langues imaginaires, thématique élargie à l’invention du signe. Expos, spectacles, lectures, projections, rencontres : une centaine d’événements ponctuent les trois semaines de ce festival pointu, mais qui fait appel aux cultures communes.

Guy de Cointet, Tell me…, 1979, vue de la performance, Rosamund Felsen Gallery, Los Angeles, avec Denise Domergue, Helen Mendez, Jane Zingale © Photo D.R., Courtesy Guy de Cointet Estate/Air de Paris, Paris.

Connaissez-vous le klingon ? Parlez-vous le martien ? Le kobaïen, né du cerveau de Christian Vander, batteur-fondateur du groupe Magma, vous dit-il quelque chose ? Sauriez-vous reconstituer la narration d’une pièce de Guy de Cointet, dans laquelle les objets de la vie courante sont des cubes ? À dessein, les items présentés dans la galerie Sud du Centre Pompidou déroutent le spectateur, détournent le sens, voire l’ignorent complètement. On en perd son latin, à suivre les méandres de la langue martienne « recueillie » par la médium Hélène Smith et modélisée en trois dimensions par les artistes Berdaguer et Péjus. On les invente au fur et à mesure qu’on les lit, les épopées des poèmes elfiques de J.R.R. Tolkien. On s’égare dans les incantations délirantes d’Antonin Artaud, on se prend à oublier la recherche du sens dans les alphabets nouveaux et les graphies surgies du néant.

C’est là tout l’intérêt de cette exposition, Khhhhhhh, à l’intitulé méchamment imprononçable.  L’étrangeté même des langages inventés les fait glisser sur la mémoire pour se perdre dans un magma de mots, tout en imprégnant le cerveau d’une indifférence au sens. On se surprend à ne plus chercher à comprendre les signes et les langues, que l’on ait sous les yeux du klingon de la planète Kronos, parlé dans la série Star Trek, des glossolalies de Hildegarde de Bingen, ou du bon français.

Idem pour les documents présentés dans la rétrospective de Guy de Cointet, artiste français exilé en Californie et disparu en 1983, où la langue se dilue dans la forme et vice-versa. Sa pièce la plus célèbre, Tell Me…, créée en 1979 et reprise au Centre Pompidou par ses interprètes féminines d’origine, joue avec humour de la confusion entre signifié et signifiant, nom et objet. L’art moderne en prend lui aussi pour son grade lorsque l’une des protagonistes de ce trio de femmes (quoique l’une d’entre elles se nomme Michael…) s’extasie sur un tableau abstrait dont elle vante la « chaleur », jusqu’à en tirer un réel plaisir physique. Un recours aux formes modernes dans une scénographie très léchée, façon white cube, que l’on peut voir reconstituée dans la galerie Sud et qui se déploie comme une vraie exposition de sculpture.


Pierre Faucheux, Écartelage, portrait de Frank Popper, 1967 © Pierre Faucheux.

Ce chaos des signes prend un tour graphique dans l’exposition The Crystal Maze IV – 1 + 2 + 3 = 3, prenant pour point de départ le génie créatif du graphiste Pierre Faucheux (1924-1999). Proche des surréalistes, celui qui se surnommait « l’homme aux 100 000 couvertures » a conçu à partir des années 1960 des centaines de couvertures pour le Livre de Poche, se basant notamment sur la notion de « dépaysement des images » et de ce qu’il nomme « l’écartelage », méthode graphique qui consiste à démultiplier un même motif. Cette grammaire visuelle, qui déforme la réalité pour en créer une nouvelle « surréelle », est mise en regard avec des œuvres d’art moderne (comme par exemple le portrait de la marquise Casati par Man Ray), pour former la constellation d’une culture visuelle commune. Les images se répondent les unes aux autres sans que leur sens ne soit donné délibérément, jouant le jeu de correspondances plus ou moins cryptiques.

Dans ce Nouveau Festival édition 2013, les langages semblent ainsi s’inventer eux-mêmes, acquérant une autonomie troublante. Une forêt de signes, à l’image de la Clairière imaginée par Fanny de Chaillé et Nadia Lauro dans l’espace 315, dans laquelle on préfèrera se perdre, plutôt que de tenter de suivre les chemins balisés de la Raison.

…………………………..

A suivre d’ici le 11 mars (sélection) : jeudi 28 février à 19h : conférence de Marina Yaguello, professeur de linguistique, sur l’invention des langues / vendredi 1er mars à 11h : documentaire sur le groupe Sigur Rós / samedi 2 mars à 20h30 : Marcel Duchamp, pièce de Guillaume Désanges et Frédéric Cherboeuf / dimanche 3 mars à 14h30 : conférence de Matt Mullican / mercredi 6 mars à 20h : conférence de Mark Okrand, inventeur de la langue klingon parlée dans Star Trek / samedi 9 mars à 16h : projection de Koko, le gorille qui parle de Barbet Schroeder (en présence du cinéaste) / dimanche 11 mars à 15h30 : la langue de Guy de Cointet à l’épreuve de la lecture.

Voir toute la programmation ici.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE