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Antoine d’Agata, dans l’enfer des corps

Magali Lesauvage 21 février 2013

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L’exposition Anticorps d’Antoine d’Agata au BAL présente une installation photographique poignante, qui fait l’inventaire de souffrances humaines. Plongée en abysses.

Vue de l’exposition Anticorps d’Antoine d’Agata au BAL, 2013.

On pénètre au sous-sol du BAL comme dans l’antre d’un lieu mal famé. Des images d’extase et de douleur s’y téléscopent, des visions de plaisir et de terreur, des visages difformes, des corps tors emmêlés. On a d’abord du mal à les regarder en face, puis l’œil s’habitue à ce zapping de la perversité. Portraits en gros plan de visages usés, scènes d’ébats en clair-obscur, chairs un peu sales violemment éclairées : les photographies d’Antoine d’Agata, où ombre et lumière sont en duel amoureux, ont quelque chose de la terribilità baroque d’un Caravage. L’installation photo qui couvre les murs du BAL donne d’ailleurs à la pièce des allures de chapelle votive Renaissance – de celles dédiées aux cercles de l’Enfer plutôt qu’à la vie des saints.

L’ensemble forme un magma de corps et de visages, un trombinoscope de la violence saisie dans la nuit moite ou le jour gris. Antoine d’Agata photographie les prostituées, les toxicomanes et les déshérités aux quatre coins de la planète. Une laideur et un inventaire de la souffrance humaine dont il s’approche de près, au point de s’y fondre complètement, dans une confusion entre sujet et objet, actifs et passifs, auteur et protagonistes. À la manière d’un Larry Clark, l’intimité des scènes représentées démontre une proximité rare et dangereuse avec le sujet. Le « ça a été » de Barthes a rarement eu autant une saveur soufrée : Antoine d’Agata est présent dans les chambres mornes pour photographier les actes tristes, c’est son propre visage qui frôle ces faces révulsées, son être même qui assiste aux corps-à-corps bestiaux et prend entre quatre yeux les mines vieillies. Et comme chez Francis Bacon, auquel il emprunte la furie des êtres qui semblent vouloir s’échapper de leur corps, l’obscénité de d’Agata est cruelle mais n’accuse pas, impitoyable mais empathique.

En ce sens, car il fusionne avec ses propres images et élimine la distance qui en ferait un objet froid, Antoine d’Agata ne fait pas de la pornographie – bien que ses images ne montrent pas autre chose. Photographe de l’agence Magnum, il travaille aussi parfois le jour pour, dit-il, « rendre compte de l’état du monde », mais dans ce cas, c’est « de manière froide et distancée, dans une économie émotionnelle complètement à l’opposé de l’investissement qui est le [sien] dans les lieux et temps de [ses] expériences extrêmes, la nuit ». Une distance vitale pour le photographe, car c’est peut-être dans les photos de « l’horreur économique » que se situe la vraie pornographie, dans la banalité d’une désindividualisation délayée chaque jour dans les médias. Ainsi dans l’installation, une série d’images de réfugiés de Sangatte, vus de dos, compose-t-elle la prédelle de ce vaste retable infernal. Une violence exposée mais invisible, loin de celle des « anticorps » que d’Agata photographie la nuit.

ANTICORPS

24/01/2013 > 14/04/2013

Le BAL

PARIS

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Exposition terminée
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