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Un « Cahier d’histoire des arts » truffé de dangereuses erreurs

Laura Heurteloup 31 janvier 2013

En septembre 2012, l’Inspection général de l’Éducation nationale, à la demande de professeurs d’arts plastique, a remis au Ministère un rapport d’expertise sur le Cahier d’histoire des arts pour préparer l’oral au brevet, publié par les éditions Hatier. Leurs remarques sont sans appel : le support éducatif est truffé d’« inexactitudes ».

Cahier d'histoire des arts pour préparer l'oral au brevet © Editions Hatier.

Lorsque l’histoire des arts a fait son entrée aux épreuves du brevet des collèges, la maison d’édition Hatier a lancé la publication  du Cahier d’histoire des arts pour préparer l’oral au brevet, support pédagogique réalisé par deux professeurs d’histoire-géographie (alors que les historiens de l'art ne manquent pas en France), et accompagnant les cours des enseignants de troisième.

Selon le rapport, « le choix contestable des œuvres, l’absence de prise  en  compte  de  leur  contexte  artistique, mais aussi et surtout l’indigence du vocabulaire et  des  notions  artistiques  proposées  aux élèves, ainsi que les inexactitudes en matière d’histoire de l’art, trahissent un défaut de compétence des auteurs et une absence de supervision scientifique et pédagogique ». Truffé de maladresses pédagogiques, le cahier de quarante-huit pages aborde les courants artistiques de façon superficielle. Ainsi « les arts du son, autrement dit la musique, ne sont présents qu’à travers le Chant des partisans, dont seules les paroles sont étudiées », et « les arts de la scène (théâtre, danse) sont absents ».

Selon le rapport, le Pop Art est présenté comme une « critique de la société de consommation, ce qu’il n’est pas », et la toile de Picasso Guernica est « affichée comme représentative du mouvement cubiste, dont la période est depuis longtemps close » au moment de sa réalisation (en 1937). Plus inquiétant encore, le chapitre concernant l’art du régime nazi serait le plus empreint d’inexactitudes, transmettant aux enfants que le  racisme  nazi  est  un idéal, ou encore que les prétendues caractéristiques de la race aryenne sont une réalité objective, avec notamment des phrases comme : « L’Aryen se définit par un esprit conquérant et un corps sain, vigoureux, parfaitement proportionné », affirmation lancée sans précaution critique objective. Le rapport mentionne également que « le seul propos de critique artistique cité dans tout l’ouvrage est dû à nulle autre plume que celle d’Adolf Hitler »...

Du côté de la maison d’édition Hatier, Célia Rosentraub, directrice générale, trouve la « polémique injustifiée et injuste » et est « indignée que ce rapport puisse faire croire que notre maison tienne des propos tendancieux sur l'idéologie nazie ». Pour elle, « ce cahier n’est pas un manuel scolaire et n’a jamais prétendu à être exhaustif. […] Les experts mandatés [pour écrire ce rapport] sont des spécialistes d’histoire de l’art, or ce cahier est destiné aux classes d’histoire-géographie, l’approche entre les deux disciplines est différente ».

Pour le moment, aucune consigne de retrait du cahier des librairies n'a été mandatée par le Ministère de l'Éducation nationale. En attendant, celui-ci recommande seulement « la plus extrême prudence quant à son utilisation ».

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