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Friche Belle de Mai : la culture pousse à Marseille !

Magali Lesauvage 29 janvier 2013

Dans « friche » il y a riche et il y a free. La liberté est une richesse, et celle qu'a acquise la Friche Belle de Mai depuis vingt ans en est un exemple rare. Visite, à l'occasion du lancement de Marseille-Provence 2013, d'un phare de la culture à Marseille.

Le Panorama de la Friche Belle de Mai, ARM Architecture.

Alors que Marseille-Provence 2013 vient de débuter (voir un résumé en images), les regards sont braqués sur « Marseille capitale », en particulier, parmi les architectures attendues, sur le MuCEM qui doit ouvrir ses portes au public en juin prochain, et où Jean-Marc Ayrault a prononcé ses vœux à la culture le 12 janvier. Le cube noir dessiné par Rudy Ricciotti, dont la sévérité est allégée par une résille évoquant un filet de pêche, est déjà l'un des buts de promenade favoris des Marseillais, non loin de la cathédrale de la Major et de la futuriste Villa Méditerranée. Mais c'est plus au nord, dans le quartier de la Belle-de-Mai, là où la mer n'est visible que par éclats bleutés, que l'avènement de Marseille à la culture pourrait enfin se faire. La Friche Belle de Mai se veut être « un espace public, de fabrique et de découverte que tous les Marseillais pratiquent et revendiquent », annonçait récemment son directeur Alain Arnaudet dans La Provence.

Responsabilité illimitée

Le site de l'ancienne manufacture de tabac de la Seita, fermée en 1990, est depuis 1992 un espace de liberté artistique en perpétuelle métamorphose. Une utopie rêvée par le poète Jean Blaine et Philippe Foulquié, directeur du théâtre Massalia, qui, loin d'amnésier la mémoire sociale de ce quartier pauvre, ont laissé résonner le souvenir des 10 000 employés qui travaillèrent là. Cette mission d'« ouvroir d'art potentiel » est reprise par l'architecte Patrick Bouchain, qui crée en 2007 une Société coopérative d'intérêt collectif (Scic), où les résidents n'ont pas de loyer à payer, mais la responsabilité d'entretenir les lieux.

Skate park à la Friche Belle de Mai.

Jamais finie, ouverte sur la ville, la Friche est trop vaste pour être embrassée d'un seul coup d’œil, trop multiple pour être uniforme, trop soumise aux aléas économiques et politiques pour que l'ennui s'y installe. On y tourne Plus belle la vie, on y émet les ondes de Radio Grenouille. Une crèche, bientôt des jardins et des logements, près de 5000 m² d'ateliers d'artistes « frichistes », des studios de musique, 70 structures résidentes animées par 500 personnes, deux salles de spectacle (dont une scène de musiques actuelles, le Cabaret aléatoire), un restaurant de 400 couverts (Les Grandes Tables, qui invite des cuisiniers en résidence), plusieurs milliers de mètres carrés d'espaces d'expo, un atelier de sérigraphie (L'atelier du Dernier Cri), un street park, une librairie (la Salle des machines), un marché paysan, un espace de pratique d'art numérique (le Transistor), une villa des Auteurs, une aire de jeux : avec ses 45 000 m² qui font d'elle la plus grande friche culturelle d'Europe, la Friche Belle de Mai serait-elle un paradis socio-culturel ?

Métamorphose architecturale

Mal reliée au centre, en retrait dans un quartier calme et mal desservi, la Friche constitue un contre-poids au pôle situé sur la mer (MuCEM, Villa Méditerranée...). Pour Matthieu Poitevin (agence ARM), auteur de sa métamorphose architecturale – un familier des lieux puisqu'il est le fils de Jean Blaine –, « à Marseille, il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas ». À l'image d'une ville qui ne se dévoile pas immédiatement, la Tour-Panorama et les Magasins de la Friche offrent des points de vue, des passages, des introspections, des révélations.

Le Panorama et la Terrasse à la Friche Belle de Mai.

Matière brute, les espaces de la Friche se déploient comme des pages blanches, surfaces vierges qui appellent aux œuvres, mais sans la froideur d'un Palais de Tokyo, grâce notamment aux nombreuses percées sur la ville, le ciel et la mer. Une architecture si vaste qu'elle s'apparente à un paysage, à une cité animée de rues et de perspectives... Dans ce port où la mer n'est paradoxalement pas si présente, la Terrasse de 7000 m² est une aire de respiration, une rampe de lancement, un horizon offert. De là on aperçoit, vers le nord-ouest, l'Estaque (et surgit le souvenir de Cézanne), et les toits de Marseille découpée en frise cubiste. En porte-à-faux au-dessus des Magasins, le Panorama, boîte légère qui accueille le visiteur d'un geste fier planté à douze mètres du sol, permet de prolonger les salles d'expo et d'accueillir des œuvres de grand format. Visible depuis les rails du TGV, il est un signe fort dans la ville.

La programmation d'un tel lieu est impossible à résumer, mais parmi les événements qui devraient marquer l'année 2013 à la Friche Belle de Mai, citons l'exposition inaugurale Ici, ailleurs (suivie de La Dernière Vague, sur art et surf, puis d'une invitation à l'Atelier Van Lieshout pendant six mois), This Is (Not) Music au printemps (dédié aux cultures urbaines), un festival de performance (en juin et décembre), une expo photo du CNAP cet été, du cinéma en plein-air en juillet-août, un village hip hop et un festival de théâtre arabe à l'automne... De quoi donner envie de sauter directement du TGV pour s'évader à la Friche.

À voir et à écouter : la conférence de Matthieu Poitevin au sujet de la Friche Belle de Mai le 31 janvier à 19h au Pavillon de l'Arsenal, à Paris, dans le cadre de 1 bâtiment, 1 architecte.

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