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Shomei Tomatsu : la vie en noir et blanc

Laura Heurteloup 18 janvier 2013

Autodidacte, père de la photographie japonaise aux clichés meurtris, Shomei Tomatsu s’est éteint le 14 décembre dernier à l'âge de 82 ans. Modèle de discrétion et de raffinement, il se contentait de regarder pour saisir un instant, un visage, une blessure. Hommage en images à un artiste marqué par la guerre qui voulait « transformer les ruines en pensée ».

Shomei Tomatsu, Untitled, de la série Chewing Gum and Chocolate, Hokkaido, 1959.

Daido Moriyama et Yutaka Takanashi ont perdu un père. Modèle incontesté et figure de la photographie d’après-guerre, Shomei Tomatsu est célèbre pour ses séries Chewing-gum et chocolat, et Nagasaki. La première laisse entrevoir des instants légers et ironiques étalant l’américanisation dont est victime le Japon dans les années 1950, quand la seconde plaque en noir et blanc des clichés aux regards décomposés et aux cicatrices profondes. Quinze ans après la bombe atomique, en 1961, il va à Nagasaki pour rendre compte des séquelles toujours intactes d’une population dévastée et meurtrie, pour montrer que le temps n’efface rien, ni dans les objets, ni sur le visage des survivants.

Shomei Tomatsu voyait la vie en noir et blanc, une fantasmagorie éclatante où se côtoyaient des images d’une douceur infinie et d’autres aux plaies encore vives. Il semblerait que seul le noir et blanc étaient capables chez lui d’éveiller les sens en toute honnêteté. En éliminant toutes les prétentions que la couleur apporte à un cliché, ses photographies font figure de franchise et de délicatesse. Mais à l'aube de sa disparition, au point le plus culminant de sa création, il a dévoilé, en novembre dernier, à Paris Photo, un travail inédit en couleurs, des compositions abstraites, comme une dernière signature. Une d'entre elle (à voir plus bas) représente un paysage urbain éclaboussé de tâches d'un rouge chatoyant.

Shomei Tomatsu avait un regard de philosophe bienveillant sur la photographie, certain que « les photographes ne sont pas des médecins qui soignent, des avocats qui défendent, des intellectuels qui analysent, des prêtres qui offrent un soutien moral, des conteurs qui divertissent, des chanteurs qui soulèvent l’enthousiasme. Ils se contentent de regarder. C’est bien assez, c’est là tout. Pour un photographe, le regard fait tout ».

Shomei Tomatsu, Prostitute, 1957.

Shomei Tomatsu, Untitled, de la série Chewing Gum and Chocolate, Hokkaido.

Shomei Tomatsu, Untitled de la série Chewing Gum and Chocolate Yokosuka, 1966.

Shomei Tomatsu, Coca-cola, Tokyo, 1969.

Shomei Tomatsu, Card Game, Kanagawa, 1964.

Shomei Tomatsu, Untitled, de la série Protest, Tokyo, 1969.

Shomei Tomatsu, Untitled, de la série Protest, Tokyo, 1969.

Shomei Tomatsu, Christian with Keloidal Scars de la série Nagasaki, 1961.

Shomei Tomatsu, Japan World Exposition, 1969.

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