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Voyage en terre inconnue avec Daido Moriyama

Laura Heurteloup 11 janvier 2013

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Une allure de rockstar, une Peace au bec, Daido Moriyama, malgré ses 74 ans, a le regard vif et le cliché affûté. En fixant son visage marqué, on pense à Warhol, modèle majeur pour le Japonais dont le carnet de voyage, présenté dans le dernier volet de l’exposition triptyque que lui consacre la galerie Polka, nous entraîne en terre inconnue. Portrait.

Daido Moriyama, Sans titre © Courtesy Polka Galerie.

« Je suis un chien errant, un chat de gouttière »…  Enfant de la guerre, Daido Mariyama porte des séquelles qui transparaissent dans ses clichés, pris dans une précipitation maladive, comme si l’instant présent pouvait lui échapper instantanément. Son inspiration, il l’a puisée au contact d’artistes influents, Warhol dans un premier temps, puis William Klein et son esthétique du chaos, qui resteront sa référence. 

Formé à la peinture et au graphisme, Daido Moriyama va rapidement troquer son pinceau contre un appareil photo et redéfinir le langage photographique. Chef de file du mouvement Provoke dans les années 1970, il bouleverse les conventions en bannissant toute démarche esthétique et en privilégiant le reportage d’images, comme témoignage des mœurs et coutumes de la société japonaise moderne. Sur ce concept artistique, il va créer la revue du même nom, excluant les légendes et les textes. Sorte de journal intime photographique du quotidien, ce premier magazine reflète la volonté de Daido de ne pas exposer ses clichés dans leur individualité, mais d’écrire une histoire avec un ensemble.

Daido Moriyama, Sans titre © Courtesy Polka Galerie.

Il affirme « prendre ses photographies plus avec le corps qu’avec les yeux », pense et vit la photo comme une expérience intime transpirant par tous les pores de sa peau. Reflets de sa personnalité de vagabond au regard perdu dans l’immensité du monde, ses photographies sont floues, les gros plans explosent sous le poids des grains et des saturations, les cadrages sont hasardeux (il déclenche sans même viser), mais enrichissent ses séries d’une très grande poésie. 

Lorsqu’il déroule sa pellicule à New York et Paris pour la première fois, Daido Moriyama ne sait plus où donner de la tête. Dans une compulsion maladive, il déclenche à tout va, multipliant les errances urbaines, l’œil pétillant, le doigt frétillant. La plupart du temps il ne comprend pas ce qu’il photographie, mais l’instinct est là. Ce n’est qu’en tirant ses clichés, l’esprit apaisé, que le fil rouge d’un récit mystique se dessine. De ces photographies contrastées, il fera une série de sérigraphies. Le portrait de Warhol trône au centre de cette rétrospective comme un père posant un regard bienveillant sur les créations du fils prodigue. À y regarder de plus près, l’artiste américain pourrait être le personnage principal de cette fable, rébus aux multiples interprétations.

Daido Moriyama, Sans titre © Courtesy Polka Galerie.

Du noir au blanc, la saturation et le contraste atteignent leur paroxysme, brouillant les pistes, dissimulant les secrets d’un vivier urbain violent, suintant de violence et de saleté. La douceur et le détail de la photographie d’origine ne deviennent alors que des traces d’encre épaisse, des tâches indélébiles renforçant la puissance de l’image. Les vastes étendues fantomatiques des premières sérigraphies, suspendues par un fil de chaussures pendantes, laissent rapidement place au brouhaha des villes lumineuses, enfermées dans leurs enseignes clignotantes, phares signalant la catastrophe qui se prépare à quelques centimètres de là.

Chacune des photographies de Daido Moriyama est un périple, une aventure complice portée par le regard attentif du passant face à celui d’un homme hanté par la quête de la folie, de la misère, de la violence, de la vie dans un rythme effréné. Et dans le monde poétique de Daido Moriyama, le hasard fait bien les choses.

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