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Le musée de la Chasse prend l’amour pour cible

Magali Lesauvage 8 janvier 2013

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Nul besoin de trouver un prétexte pour une visite au musée de la Chasse et de la Nature, établi dans l’élégant hôtel de Guénégaud, au cœur du Marais. On ne redira jamais assez le plaisir enfantin qu’il y a à visiter cette arche de Noé où nature et culture se marient à merveille. Mêlant art ancien et art contemporain, vie et trépas, tragique et plaisirs, réalité et magie, le musée accueille une exposition, Cibles, dont le sujet principal est non pas la mort, mais l’amour. Résumé en trois images.

La cible comme jeu

Cible d’honneur de Carl Castenauer, 1672, diamètre 101 cm, Tittmoning, Heimathaus Rupertiwinkel.

Prétexte à l’exposition : la tradition des cibles peintes, qui à partir du XVIe siècle se diffuse dans toute l’Europe centrale. Ces panneaux étaient réellement utilisés pour le tir lors de fêtes de villages. Ici, la cible représente une jeune fille portant le « noir » (ou le mille) à hauteur de son sexe. Elle est associée au désir et à la pulsion scopique : le regard vise l’être aimé, l’objet convoité, et le fait de tuer (c’est-à-dire de faire d’un être vivant un objet), est associé à l’appropriation. Ainsi le mythe de Diane et Actéon revient-il fréquemment dans l’exposition : blessée par le regard du jeune homme, la déesse chasseresse le transforme en cerf, véritable cible dévorée par ses propres chiens.

Le jeu de l’amour

Niki de Saint-Phalle, Hors-d’œuvre ou Portrait of my lover ou Portrait of myself, 1960, courtesy NCAF et galerie G.P. et N. Vallois, Paris.

Le thème de la cible réapparaît à l’époque surréaliste, notamment chez Picabia et De Chirico – qui peint en 1914 un Portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire, dont la tempe est marquée d’une cible blanche. Pour l’artiste Niki de Saint Phalle, dans les années 1960, les Tirs sont une véritable catharsis esthétique et sentimentale. « C’était une sensation étonnante de tirer sur un tableau et de voir comment il se transformait lui-même en un nouveau tableau, explique-t-elle. C’était excitant et sexy, mais tragique en même temps, parce que nous devenions dans le même moment les témoins d’une naissance et d’une mort ». Niki de Saint Phalle donne ainsi forme à la cible comme motif assumé de destruction par l’eros et au jeu dangereux de l’amour.

L’amour à mort

Pierre et Gilles, Saint Sébastien, 1987, courtesy galerie Jérôme de Noirmont.

D’Actéon à saint Sébastien, il n’y a qu’un pas, que seule la morale réprouve. Depuis le Moyen Âge, la représentation du martyr percé de flèches incite à y voir une symbolique sexuée. Victime maintenue à un poteau, contrairement à Actéon en perpétuel mouvement, Sébastien est généralement montré quasi nu, le corps adolescent légèrement vrillé en une ambiguë torsion mêlant douleur et extase, savant mélange dans lequel réside tout le secret de son érotisme mystérieux.

Mantegna en fait un corps minéral et solide, Cima un poseur, Guido Reni un jeune éphèbe attendant patiemment le supplice, Georges de la Tour un pantin de bois à chair tendre, Ribera un homme, Puget une figure dansante. Au XXe siècle, Pierre et Gilles reprennent l’iconographie du saint Sébastien en assumant pleinement, grâce à la sensualité de leur modèle Bouabdallah Benkamla, la connotation homosexuelle du corps masculin pénétré.

CIBLES

21/12/2012 > 31/03/2013

Musée de la chasse et de la nature

PARIS

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Exposition terminée
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