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Versailles et l’antique, une vitrine à la gloire du roi

Magali Lesauvage 27 décembre 2012

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Versailles fut pendant plus d’un siècle l’écrin de l’une des plus grandes collections d’antiques d’Europe, un véritable musée de sculptures avant l’heure. Le temps d’une exposition, le château retrouve une part de ce glorieux prestige, qu’évoque pour nous Alexandre Maral, conservateur en chef chargé des sculptures au château de Versailles.
Artémis de Versailles, Diane chasseresse accompagnée d’une biche, deuxième moitié du IVe siècle av. J.C., Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre)/Hervé Lewandowski.
[exponaute] Pourquoi une exposition sur Versailles et l’antique ?

[Alexandre Maral] C’est une composante assez peu perceptible aujourd’hui, car les œuvres antiques rassemblées par Louis XIV à Versailles sont parties pour le Louvre au moment de la Révolution française et n’ont pas été remplacées. Ce que le public voit à Versailles aujourd’hui, ce sont avant tout les créations faites pour Louis XIV. L’ambition de cette exposition est de montrer à quel point l’Antiquité était très présente à Versailles. Louis XIV prétend alors être le plus grand souverain d’Europe, et à cette époque-là, le prestige, la puissance, le rayonnement se mesurent à l’aune, notamment, de la collection, en particulier des œuvres antiques. Parmi celles-ci, un certain nombre ont été acquises par ses prédécesseurs, ou faisaient partie de collections qu’il a achetées.

Les artistes sont-ils eux aussi fascinés par l’antique ?

Dans le bosquet de la Salle des Antiques se trouvaient vingt-quatre sculptures, dont huit sont aujourd’hui connues, et rassemblées pour la première fois dans cette exposition. On les croyait toutes datées de l’Antiquité, mais ça n’est pas le cas. Il y a notamment trois œuvres de la collection Mazarin, sans doute le plus grand collectionneur du XVIIe siècle – dont un célèbre Faune. Elles sont alors restaurées par des sculpteurs romains. Ces œuvres sont révérées parce que très anciennes et liées à une civilisation qui est un modèle de pouvoir politique et institutionnel, mais aussi esthétique. Ce Faune arrive en 1665 à Paris, où le Bernin dit regretter de l’avoir vu car il lui fait savoir qu’il est « un mauvais sculpteur »… On parle souvent de querelle des Anciens et des Modernes à cette époque-là, mais la référence absolue reste l’antique : les Modernes ne veulent pas faire table rase du passé, mais aller plus loin, faire mieux que les Anciens, par assimilation du modèle.

                                                Vue de l’exposition Versailles et l’antique au château de Versailles © Thomas Garnier.

Quelles sont les pièces les plus prestigieuses de la collection royale ?

La Diane est la vedette de l’exposition. Elle est présente dans les collections royales depuis le règne d’Henri II, auquel elle est donnée en 1556 comme présent diplomatique par le pape Paul IV, qui a alors besoin du soutien de la France. Elle est d’abord disposée à Fontainebleau, puis au Louvre en 1602, avant que Louis XIV ne l’emmène dans la galerie des Glaces, à Versailles en 1684, soit deux ans après l’établissement de la cour au palais. 

Versailles est d’abord conçu dans les années 1660 comme une résidence d’agrément, de plaisirs et de fête. En 1682, cela devient une résidence d’Etat, le siège du pouvoir, une sorte de seconde capitale de la France. Naît alors l’idée nouvelle que le pouvoir doit être lié à un lieu fixe – jusque-là la cour, le gouvernement sont des institutions itinérantes. Quand ces institutions s’installent à Versailles, l’antique colonise les lieux très rapidement : la Diane est installée dans la galerie des Glaces, qui est conçue comme la vitrine des collections antiques du roi – et qu’on ne visite pas alors uniquement pour sa voûte peinte par Le Brun et ses miroirs, comme c’est le cas aujourd’hui. En 1680, le roi acquiert, pour lui faire pendant, l’Apollon de Smyrne, actuelle Izmir, auprès du régime ottoman qui est exposé en pendant : c’est une manière, pour Louis XIV, de montrer qu’il est capable d’être « au niveau » de la collection dont il a hérité. En 1685 arrive la Vénus d’Arles, qui est le symbole de l’Antiquité nationale, française (la Diane est romaine, l’Apollon proche-oriental) : découverte en 1651, elle passe dans l’atelier de Girardon qui lui ajoute des bras et s’ensuit un débat pour déterminer s’il s’agit d’une Vénus ou d’une Diane. Louis XIV tranche : c’est Vénus. Et les archéologues lui donnent aujourd’hui raison ! Ainsi le sculpteur moderne travaille-t-il à partir d’une œuvre antique et aboutit à une création.

Jean-Marc Nattier, Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour représentée travestie en Diane chasseresse, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © RMN – Grand Palais (château de Versailles)/Gérard Blot.

Comment les artistes de Versailles reprennent-ils le modèle antique ?

Latone, première sculpture en marbre réalisée pour Versailles en 1670 par les frères Marsy, est aux côtés de son fils Apollon, symbole solaire de Louis XIV. Tous les thèmes choisis dans le décor ont un sens : ici Latone, poursuivie par les paysans de Lycie, implore Jupiter de la protéger, elle et ses enfants, Diane et Apollon. Jupiter transforme les paysans en grenouilles et protège Latone, mais aussi Apollon, donc le roi. Cela traduit l’idée de Providence divine qui veille sur le gouvernement de Louis XIV.

Mais l’Antiquité, ça n’est pas que Rome et la Grèce – ça c’est notre vision, héritée du XIXe siècle –, c’est aussi l’Egypte, le Moyen-Orient, ou les Scythes. Exemple avec le tableau de Rubens Thomyris fait plonger la tête de Cyrus dans un vase rempli de sang, acheté par le roi en 1674 : selon Hérodote, la reine des Scythes Thomyris a vaincu Cyrus, roi des Perses, victime de son hybris, et fait plonger sa tête dans le sang, lui disant « Rassasie toi de ce sang que tu as trop aimé verser ». C’est une image épouvantable, mais Rubens en fait une scène de cour, qui signifie : « Prenez garde dans votre appétit de conquête à ne pas aller trop loin ». C’est étonnant que Louis XIV ait voulu voir ce message affiché à Versailles, lui qui disait sur son lit de mort : « J’ai trop aimé la guerre »…

À l’enjeu esthétique s’ajoute l’enjeu moral : ces événements, ces personnalités sont des exemples à méditer pour la propre gouverne du roi. Plus tard, au milieu du XVIIIe siècle – on est dans la période galante du classicisme –, s’épanouit la mode du portrait de cour en travestissement mythologique : les femmes sont représentées notamment sous les traits de Diane. L’antique à Versailles, c’est donc très vivant !

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

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