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Yue Minjun, le rire comme exutoire

Laura Heurteloup 19 décembre 2012

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Reconnu sur le marché de l’art contemporain depuis sa participation très remarquée à la 48e Biennale de Venise en 1999, Yue Minjun fait son entrée pour la première fois en Europe dans une rétrospective qui lui est dédiée à la Fondation Cartier jusqu’au 17 mars, Yue Minjun, à l’ombre du fou rire. Visite.

Yue Minjun, Sky, 1997 © Yue Minjun.

Premier contact avec l’artiste chinois Yue Minjun : les affiches de l’exposition disséminées à travers la capitale, identifiables par le visage rosé, hilare, porté par les deux mains d’un homme sans tête sur fond de ciel bleu uni et de nuages éparses. Le ton est donné.

Célèbre dans son pays natal, la Chine, Yue Minjun est mal connu en France. Une lacune comblée par la Fondation Cartier qui lui rend un véritable hommage à travers cette première rétrospective européenne. L’exubérance des tableaux donne à voir un artiste qui ose se défaire des codes pour créer un style propre. Dans la grande salle lumineuse, les tableaux immenses de Yue, véritables arcs-en-ciel de couleurs, contrastent avec les murs blancs. Mais ce qui surprend davantage, ce sont ces visages ronds roses, comme brûlés par le soleil, yeux fermés, bouches béantes, aux sourires à s’en faire mal aux joues, soulignés par une ribambelle de dents blanches au nombre surprenant. Le corps, le plus souvent nu,  gesticule quant à lui comme un pantin qu’on secouerait dans tous les sens. En arrière plan, un ciel d’un bleu sans contraste, un ciel de paradis, aux nuages d’un blanc lisse et laiteux.

Yue Minjun et le meilleur des mondes

Tout va bien dans le meilleur de monde et pourtant. Derrière ce rire énigmatique et ce masque de peau trop brillant se cache un réalisme cynique. Depuis les années 1990 et les premières toiles où il représentait ses amis (The artist and his friends, 1991), ses tableaux regorgent d’éléments artistiques reconnaissables, de symboles politiques et sociaux liés à la Chine. Mais la créativité de Yue Minjun atteint son apogée dans l’autoportrait, la répétition mais surtout l’absurdité des situations et la mise à mal des codes du grotesque. Tous ces hommes peints à son image n’en sont pas moins des personnages absurdes, cartoonesques, portés par des vagues dégradées très graphiques (Isolated Island, 2008).

Regarder un tableau de Yue c’est un peu comme jouer au jeu des sept erreurs. Ces individus roses semblent peints à l’identique et pourtant leur différence saute aux yeux (une pommette plus haute que l’autre, un trait plus tiré, un sourire plus large …). Malgré leur ressemblance, tous ont une identité propre. Leur répétition impressionne, comme une armée prête à conquérir le monde, mais cette once de crédibilité souveraine est instantanément anéantie par ce rictus agaçant et ces gestes évoquant une danse satanique. Peintre avant tout, Yue Minjun est aussi un performeur utilisant son propre corps comme matière centrale de certaines toiles. Pour rendre ces hommes dans des postures aussi distordantes, il se fait photographier par son frère pendant des séances de recherche sur son propre corps, puis réalise des croquis, dessins, story boards, avant de commencer la toile.

Yue Minjun, The Sun, 2000 © Yue Minjun.

Dérision ou autodérision ? Yue Minjun touche à l’histoire de son pays et à son iconographie. Dénonciation ou détachement ? Même si l’artiste ne donne aucune clé de lecture sur l’interprétation de ses toiles, le critique d’art Fei Dawei offre un début de réponse : «Yue Minjun est de la génération d’après Tiananmen. Il n’était pas à Pékin le 4 juin 1989. Son rire témoigne d’une période sombre, désespérée, où les réformistes furent chassés au profit des gauchistes. L’art devenait outil de propagande. Restait donc l‘ironie » (Le Figaro).

Ses vignettes colorées et sucrées révèlent un imaginaire riche et éclatant, et des situations cocasses et improbables : diable, dragon  (symbole du pouvoir et de la force de la nature dans la culture chinoise, I am dragon, 2008), animaux préhistoriques côtoyant une Audi noire (AD 3009, 2008), ou encore personnages tordus de rire juchés sur des grues, montures des Immortels et symboles de longévité (Sky, 1997).

Yue Minjun, peintre en série

La série la plus connue et la plus vue  de Yue Minjun est sans aucun doute celle de la mise en scène de ses propres clones souriants. Mais l’exposition donne également à voir, dans une vaste salle en sous-sol, ses tableaux d’absence. Déstabilisantes, ces toiles représentent à l’identique celles de grands maîtres dont seul le décor est peint. Ainsi, La mort de Marat dont l’original fut peint par David est repris par Yue Minjun sans le héros révolutionnaire. Il en va de même pour The Founding Ceremony of the Nation de Dong Xiwen ou La Conférence de Gurian de He Kongde, deux images emblématiques du réalisme socialiste et de l’iconographie maoïste, dépouillées de leurs protagonistes. L’artiste nous invite encore à jouer, à imaginer dans ces décors nus notre propre scénario, notre propre histoire.

Yue Minjun, The death of Marat, 2002 © Yue Minjun.

L’une de ses séries,  plus intime, nous livre une autopsie fantaisiste, révélatrice de ses inspirations. Memory – 2 est un gros plan de son crâne rose d’où s’échappe un bouquet de ballons, petits bonbons acidulés qu’on aimerait croquer, ou encore Water, où Yue Minjun se noie dans sa propre substance, dans une piscine de matière grise translucide.

Qu’il nous fasse rire ou qu’il nous mette mal à l’aise, Yue Minjun est un artiste du grotesque, du cynisme et de l’ironie. En peignant une expression figée, qui pourrait nous laisser de marbre, il réveille en nous des sentiments contradictoires entre agacement, hilarité fugace, tristesse et interrogation. Comme il le dit lui-même : «Vous riez, je ris à mon tour, mais nous ne rions pas vraiment de la même façon ».

YUE MINJUN

14/11/2012 > 24/03/2013

Fondation Cartier pour l’art contemporain

PARIS

L'exposition présente une occasion unique de découvrir le travail de l'artiste chinois Yue Minjun aujourd’hui reconnu et dont la céléb...

Exposition terminée
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