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Mathieu Mercier : « Être artiste, c’est un état plus qu’une activité »

Magali Lesauvage 14 décembre 2012

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Mathieu Mercier, 42 ans, bénéficie d’une expo solo à la Fondation d’entreprise Ricard. Prix Marcel Duchamp 2003, cet artiste que l’on a souvent situé dans la lignée du ready-made duchampien, revient pour nous sur sa manière de concevoir ses œuvres, l’échec de la modernité ou encore la recherche du sentiment. Rencontre dans l’atelier.

Vue de l’exposition Mathieu Mercier à la Fondation d’entreprise Ricard, Paris, 2012 (au premier plan, Last Day Bed).

[exponaute] Vous avez vous-même conçu votre exposition à la Fondation Ricard. Comment articulez-vous votre statut d’artiste et votre rôle de commissaire d’exposition ?

[Mathieu Mercier] Pour moi, les deux choses vont ensemble. Le commissaire d’une expo perso est surtout là pour faire tampon entre l’artiste et l’institution, présenter l’œuvre par un texte, etc. Personnellement, je préfère assurer le commissariat moi-même, et ça m’intéresse de le faire aussi pour les autres : ça n’est pas vraiment du commissariat, mais plutôt de l’analyse de contexte, et une mise en espace. Mais je ne suis pas historien, j’apporte plutôt un regard sur les œuvres. L’exposition chez Ricard, je ne l’ai envisagée qu’au dernier moment. Ce sont des pièces très récentes, certaines terminées trois jours avant, d’autres qui ne sont pas datées, car je ne sais pas quand je les ai pensées.

Mathieu Mercier, Drum and Bass, 2003, collection privée.

Comment concevez-vous vos œuvres ? Y a-t-il en premier lieu une idée, ou est-ce la forme qui vient d’abord ?

Il n’y a pas de règle. J’ai réalisé certaines choses à la dernière minute, alors que j’y pensais depuis dix ans sans les faire, alors même qu’il n’y avait de problème technique. Mais parfois le point de départ d’une œuvre, ça peut être la couleur du plafond, par exemple, ou les fenêtres, les angles, les prises de courant… Dans la conception d’une exposition, j’inclus l’ensemble des éléments visuels. Les moments où tout apparaît en même temps – l’image de l’œuvre, l’idée, la méthode, le titre, etc. –, c’est rare. C’est arrivé pour les Drum and Bass [voir photo ci-dessus], je marchais dans New York, et paf ! Mais ça n’a rien à voir avec les Broadway Boogie Woogie de Mondrian ! Quand on est artiste, on peut gérer son temps comme on veut, mais en réalité on travaille tout le temps. Être artiste, c’est un état plus qu’une activité. On peut avoir des moments d’intense concentration qui ne donnent rien et génèrent de la panique. L’atelier est la plupart du temps un lieu dramatique.

Prenons par exemple Last Day Bed, un lit réalisé dans un matériau, le corian, avec lequel on fabrique des cuisines, mais qui évoque le « lit de mort ».

C’est plutôt un matériau qui rappelle le granit, mais en effet on construit des cuisines avec… Last Day Bed fait référence au « daybed » : c’est une sorte de méridienne des années 1950 qui implique une certaine relation à l’architecture, à la culture. Là ça ressemble plutôt à un monument funéraire, mais ça pourrait être aussi un banc public. Ça joue sur le rapport confort/inconfort. Mais pourquoi pas faire un vrai monument funéraire ! Peut-être simplement en attachant des cailloux aux pieds du mort pour le balancer dans l’océan…

On a évoqué au sujet de votre travail le « style bricolo ». Que pensez-vous de ce qualificatif ?

Le bricolage m’a intéressé, parce que j’y voyais une pratique populaire, individuelle, qui permettait de repenser l’art, dans un processus assez simple permettant de créer du sens. En bricolant, les gens refont ce qui est déjà disponible dans le commerce. Le bricolage est moins une activité en tant que telle qu’une forme de sacrifice, car cela coûte moins cher de réaliser soi-même certains objets. C’est une économie, plus qu’une activité artistique. Il y a de la maîtrise, mais pas de l’invention – c’est aussi parce que ce qui est proposé sur le marché du bricolage ne permet pas vraiment la créativité.

Vous aviez d’ailleurs organisé en collaboration avec Bernard Marcadé une exposition au BHV, avec des œuvres réalisées à partir d’éléments trouvés dans le magasin.

L’exposition était « autour » de Marcel Duchamp. Le BHV voulait ramener le Porte-bouteilles dans le magasin [en 1914, Marcel Duchamp réalise le premier ready-made en « choisissant » un porte-bouteilles au Bazar de l’Hôtel de Ville, ndlr], mais ça ne me semblait pas très intéressant. Je préférais faire une expo sur le fait que le geste duchampien soit complètement acquis par les artistes d’aujourd’hui. L’idée c’était que les artistes, qui pour la plupart sont allés ou vont au BHV pour acheter leurs fournitures, montrent des œuvres liées à ce qui est vendu dans le magasin.

Mathieu Mercier, Pliage (Soufflet/Cocotte), papier plié, 2012.

Vous y présentiez Drum and Bass, qui reprend la fameuse grille de Mondrian. On retrouve souvent dans votre travail des références formelles à l’art moderne, notamment au constructivisme et au surréalisme, comme par exemple avec ces origamis – Pliage (Soufflet/Cocotte) – que vous montrez à la Fondation Ricard, et qui jouent à la fois sur la monumentalité, le totem, l’autonomie de l’œuvre, l’aura.

C’est vrai qu’avec la projection, la pièce agit à différentes échelles, ce que je n’avais pas prévu au départ. J’aimerais en faire un livre pop-up. L’idée de série m’intéresse, mais aussi la monumentalité. Quant à l’autonomie, c’est exactement ce que je recherche. Pour moi l’efficacité d’une œuvre se mesure aux réminiscences qu’elle provoque plus tard, à des moments inattendus. C’est une manière de lier le temps et l’espace. En ce qui concerne le rapport à la modernité, ce ne sont pas des hommages directs, c’est plutôt une manière de la recycler, avec le dérapage qui suit. Mais ça n’est pas de l’ironie, l’échec du projet moderne me rend triste, je ne me moque de personne ! Je ne me mets pas à distance du problème.

C’est quoi le problème ? La fin de l’art ?

C’est l’impasse générale dans laquelle on se retrouve, entre l’idée que le progrès est forcément vecteur de bonheur, et le constat de cette erreur, que l’on arrive pas à stopper. Mais je ne suis pas là pour dénoncer. La fin de l’art, ça n’existe pas. D’ailleurs, on a voulu nommer le début, alors qu’il n’y en a pas non plus. L’art c’est ce qui permet de donner du sens à nos vies.

Mathieu Mercier, Sans titre (Scan Pantone 25,7M), impression sur papier baryté encadrée, 2012.

Vous intéressez-vous aux autres arts ? Vos expositions peuvent faire penser dans leur scénographie à des « chorégraphies d’objets », avez-vous déjà songé à faire de la mise en scène ?

Je m’intéresse au cinéma, car c’est un art total, complet et enveloppant, qui fait appel à l’imagination, à l’ensemble des sens, à la réalité de l’image, à la manipulation des émotions, au rapport à la musique, etc. Mais aussi à la danse. Dans mes expositions, j’anticipe la manière de penser, de bouger du visiteur, ses mouvements de tête. Mais le corps est toujours absent tout en étant nommé, comme par exemple dans cette exposition, avec un chapeau, une chemise, une ceinture, etc. Faire de la mise en scène impliquerait de penser avec un chorégraphe et des danseurs, et je pense que j’aurais du mal à faire ça. Par ailleurs, l’espace scénique est relativement identique tout le temps, et j’aime travailler avec des espaces différents.

Votre travail est en effet assez désincarné, le corps n’y est pas. C’est assez formaliste, mais pas très « bavard »…

C’est vrai, même moi si je pouvais ne pas y être, ça serait bien ! Je suis plus attaché aux objets déjà produits par l’homme : ainsi dans la série des scans, la machine se montre et l’image se donne, sans être une photographie. Et puis, si j’avais quelque chose à dire, je le dirais à voix haute ! Je ne suis pas dégagé des problématiques actuelles, mais je n’ai pas envie de les illustrer. Personnellement j’en ai marre de voir des expos où il faut lire quatre pages pour comprendre une œuvre, et lire des photocopies aux murs. Mon travail est formaliste, mais selon moi la forme doit contenir suffisamment d’informations (proportions, matériaux, couleur…) pour créer du sens. C’est cette autonomie qui m’intéresse. Le spectateur doit pouvoir recomposer les éléments pour arriver à un sentiment. Car c’est bien de ça dont il est question !

Propos recueillis par Magali Lesauvage.

MATHIEU MERCIER

27/11/2012 > 12/01/2013

Fondation d’entreprise Ricard

PARIS

Mathieu Mercier développe depuis le début des années 1990 une pratique protéiforme et mouvante, à la limite des catégories esthétique...

Exposition terminée
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