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« The End of Fun » : les frères Chapman créent la polémique à Saint-Pétersbourg

Laura Heurteloup 12 décembre 2012

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Exposer Jake et Dinos Chapman comporte toujours un risque, pris par le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg avec The End of Fun.  Depuis l’ouverture de l’exposition le 20 octobre dernier, la justice a reçu une centaine de plaintes d’extrémistes jugeant blasphématoires les œuvres des deux frères, qui ont quant à eux décidé de continuer à rire.

Le clown Ronald MacDonald crucifié par les frères Chapman © The Malaysian Insider.

Exposer en Russie de l’art contemporain, qui plus est signé Jake et Dinos Chapman – appelons-les Controverse et Dérision, voir leur fameuse installation Fucking Hell évoquant une apocalypse morbide –,  est un défi qu’a décidé de relever le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, l’ancienne capitale impériale russe. Depuis le 20 octobre dernier, il propose The End of Fun, titre de l’œuvre centrale de l’exposition où de petites figurines en plastiques, certaines vêtues d’uniformes nazis, sont mises en scène dans neuf vivariums, qui, vus du dessus, forment une croix gammée.

Cette représentation de la guerre n’est pas le seul sujet de la polémique, suscitant des centaines de plaintes reçues par le parquet de Saint-Pétersbourg. Au cœur de la controverse se trouvent également un Ronald MacDonald, emblème de la restauration rapide, crucifié, ou encore une œuvre représentant le scientifique Stephen Hawking, défenseur de la théorie du big bang, discutant avec Adam et Eve. Il n’en fallait pas moins pour éveiller la colère des militants chrétiens orthodoxes de Russie, où la censure est toujours aussi vive, surtout quand il s’agit de créations artistiques remettant en cause les dogmes de l’Église. En septembre, une exposition d’art contemporain consacrée au groupe Pussy Riot avait déjà fait l’objet de manifestations de la part de ces militants, tout comme l’exposition Icônes du galeriste russe Marat Guelman à Saint Pétersbourg, dont certains tableaux et sculptures représentaient des motifs religieux, et qui avait dû être annulée.

 Jake et Dinos Chapman, The End of Fun, 2010 ©  Hugo Glendinning.

Pour l’équipe du musée et plus particulièrement le directeur de l’Ermitage, Mikhaïl Piotroski, les choses sont claires : « Les goûts du plus grand nombre ne peuvent dans ce cas servir de référence, ni du point de vue esthétique, ni du point de vue moral ». Malgré les 117 plaintes déposées depuis début octobre, il considère que « le musée est le seul établissement qui a le droit de décider ce qui est de l’art et ce qu’il veut exposer », avant de souligner dans un communiqué : « Des personnes pensent que des croix chrétiennes ont été profanées parce qu’un ours en peluche et le clown de McDonald ont été cloués dessus. Il n’y a rien de blasphématoire là-dedans ». Il dénonce « l’inculture croissante dans la société » (Next Libération). Pour le moment, le bureau du procureur a décidé de procéder à des vérifications afin de juger et de déterminer le caractère extrémiste de l’exposition, avant de prendre une décision sur une quelconque annulation ou retrait des œuvres.

Pour les deux artistes britanniques, cet affront n’est pas des plus agréables mais ils prennent la polémique avec humour et philosophie, présentant même des excuses « extrêmes » ponctuées d’ironie à la BBC : « Nous sommes extrêmement désolés d’entendre que certains spectateurs de The End of Fun à l’Ermitage ont été extrêmement contrariés, c’est extrêmement contrariant d’être accusé d’extrémisme – surtout par des groupes religieux. Nous espérons que le procureur nommé pour enquêter sur ces accusations d’extrémisme pourra accepter nos excuses extrêmes », avant d’ajouter : « Nous n’irons plus jamais en Russie ».

Espérons que les artistes d’art contemporain à polémique ne vont pas se passer le mot. Saint Pétersbourg prévoit, pour 2014, l’ouverture du projet Ermitage 20/21, un département dédié à l’art moderne et contemporain dont le but est de collecter, exposer et étudier l’art au XXe et XXIe siècle.

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