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Tom Wolfe, Art Basel Miami Beach et les milliardaires qui « se tortillent comme des vers »

Magali Lesauvage 10 décembre 2012

Quelle meilleure matière à œuvre littéraire que l'art contemporain ? La caricature est facile, les trajectoires humaines fascinantes de dramaturgie, le contexte riche de situations absurdes. Le romancier américain Tom Wolfe fait de la foire Art Basel Miami Beach, qui se tenait la semaine dernière en Floride, le cadre de son dernier roman, Back to Blood. Extraits.

Preview VIP d'Art Basel Miami Beach 2012, Edward Tyler Nahem Fine Art, Miami Beach Convention Center © Mike Coppola/Getty Images for Art Basel Miami 2012.

La foire d'art contemporain Art Basel Miami Beach a fermé ses portes hier. On y a vu de l'art, certes, mais aussi le rappeur américain Pharrell Williams parler de son goût pour Charlotte Perriand, les célébrités Kim Kardashian et Kanye West fêter un champagne fameux, ou encore Damien Hirst en bonne compagnie. Les clichés sur l'art contemporain comme apanage d'une riche élite sont faciles – il faut dire qu'il n'est pas forcément nécessaire de forcer le trait pour arriver à la caricature. La littérature d'aujourd'hui s'en inspire parfois pour alimenter le portrait d'une société malade d'elle-même, plus que pour en célébrer le génie – ainsi Michel Houellebecq décrivant l'ascension d'un artiste insensible à son propre succès dans La carte et le territoire. Une matière qui devait nécessairement un jour se retrouver dans les romans de Tom Wolfe, l'auteur du Bûcher des vanités (1987), son best-seller qui décrit l'univers impitoyable de Wall Street.

Dès 1975, Wolfe montrait son intérêt (en même temps que son dégoût) pour l'art contemporain en publiant Le Mot peint, récit acerbe de l'art moderne, puis en 1981 Il court, il court le Bauhaus, « essai sur la colonisation de l'architecture ». À 81 ans, il publie Back to Blood (à paraître), qui prend pour cadre la foire de Floride, et comme sujet les milliardaires qui s'y « tortillent », vus par Magdalena, une jeune Cubaine. Le numéro d'octobre du magazine américain Vanity Fair en publie un large extrait, dont nous traduisons librement quelques passages.

Dessin de Paul Cox pour Vanity Fair.

Les gens ordinaires ne savent pas et ne doivent pas savoir que les milliardaires et les millionnaires à neuf chiffres se tortillent comme des vers... 15 minutes avant Miami Art Basel, moment dédié à l'argent et au combat viril. Ils sont tous très excités. (…) Regarder les donc !... les milliardaires ! Ils ressemblent à des clients massés devant Macy's [fameuse chaîne de grands magasins américains, nldr] à minuit pour les 40% de remise de Noël. Non, ils sont pires que ça. Ils font plus vieux et plus gros et plus lessivés...

......

Elle pouvait harceler de questions 60 experts au courant à la minute. À cet instant, A.A. [abréviation d'« art advisor », conseiller artistique, nldr] dit : « Donc je lui demande ce qui l'intéresse, et elle me dit ''Je cherche quelque chose de pointu... comme un Cy Twombly. Je me dis ''Un Cy Twombly ?'' Cy Twombly était à la pointe dans les années 1950 ! Il est mort il y a deux ans. La plupart de ses contemporains sont morts aujourd'hui ! Vous n'êtes pas à la pointe quand toute votre génération est morte ou mourante. Vous pouvez être génial. Vous pouvez être une icône, comme l'est Cy Twombly, mais vous n'êtes pas à la pointe ».

......

C'était comme si l'une de ces fées de contes que les enfants aiment tant avait brandi sa baguette magique sur Miami... et – Abracadabra ! – l'avait transformé en Art Basel Miami Beach... Le sort ne durait pas plus d'une semaine, une semaine magique chaque mois de décembre... quand la foire d'art Miami Basel se réunit au Miami Beach Convention Center et des hordes provenant de tous les Etats-Unis, d'Angleterre, d'Europe, du Japon, même de Malaisie, même de Chine, de Hong Kong et de Taiwan, même d'Afrique du Sud, de todo el mundo, tombaient du ciel en nuées de jets privés... pour acheter de l'art contemporain cher... ou pour voir les hordes l'acheter... pour s'immerger dans une atmosphère mentale d'art et d'argent... pour respirer le même air... bref, pour être là où ça se passe... jusqu'à ce que la fée ne relève sa baguette magique une semaine plus tard et – Abracadabra ! – ils disparaissaient... l'art provenant du monde entier, les jets privés, les gens chics qui étaient descendus du ciel, et – poof ! – toute trace de sophistication et de matérialisme avait disparu.

.......

De chaque côté, dans les stands près de l'entrée... des points rouges. C'était stupéfiant. Tant d'œuvres avaient été vendues si vite... Des points rouges, des points rouges, des points rouges... « l'éruption de rougeole »... Tous les points rouges... 17 millions de dollars pour Fleischmann. Qui savait combien de millions représentaient tous ces autres points rouges ?! Ça commença à la rendre malade. Penser à quel point ces gens étaient superficiels et gaspilleurs ! Ces americanos ! Penser à Fleischmann dépensant quasiment 17 millions de dollars pour six œuvres en verre obscènes... 17 millions en 13 ou 14 minutes, de peur qu'un gros Russe ne mette la main sur cette stupide camelote avant lui... Tout pour la frime !

......

Pas de mains – c'est un concept important maintenant. Ça n'est pas comme un artiste utilisant son soi-disant « savoir-faire » pour décevoir les gens. Ça n'est pas la dextérité de la main. C'est : pas de mains du tout. Cela devient conceptuel, bien sûr. De cette manière on transforme ce qu'un artiste manuel utiliserait pour créer... un effet... en quelque chose que vous aimez à considérer d'une manière plus profonde. C'est presque comme si on inventait une quatrième dimension. Et vous avez là la meilleure, la plus contemporaine des œuvres de toute la génération montante.

 

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